1. Créer sa boîte au collège : ils l’ont fait !
Reportage

Créer sa boîte au collège : ils l’ont fait !

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Chaque semaine, le temps de quelques heures de cours, il sont “pour de vrai” P-DG, webmaster, directeur logistique, commercial… et font tourner leur propre entreprise. Monter leur propre boîte, c’est en effet le pari que se lancent chaque année quelque 9.000 collégiens. Avec de nombreux bénéfices à la clé. Exemple avec les entrepreneurs en herbe du collège René-Coty d’Auffay (76), qui ont créé Clip’s & Moi.

"À la tête de Clip's & Moi, il n'y a pas une mais deux P-DG", explique d'une voix posée Iris, en charge de la publicité dans la mini-entreprise qu'elle a créée en septembre 2012 avec 24 de ses camarades de 3e et deux de leurs professeurs. Son activité ? "Produire et distribuer des pinces pour faciliter l'enfilage des couettes", explique très sérieusement la jeune fille.

Troquer sa casquette de collégien pour celle de P-DG
 

Chaque semaine, pendant les trois heures consacrées à l'option découverte professionnelle, il n'est plus question d'élèves mais de directeur logistique, de webmaster, de directrice de la communication, d'agent de production, de chef de stocks ou encore d'agent commercial. À chacun sa fonction, comme dans une véritable entreprise. "Les présidentes-directrices générales, qui ont été élues à ce poste, ont fait passer des entretiens à chacun pour qu'il soit affecté au service qui correspond le mieux à son profil", détaille Iris du haut de ses 15 ans.

De l'idée à la production

Après plusieurs séances de brainstorming et la validation par une étude de marché qu'ils ont eux-mêmes réalisée, les collégiens d'Auffay ont choisi de créer une pince à couette, "histoire de rendre le changement de draps plus facile", explique notre jeune chargée de publicité. Le principe est décrypté à renfort de photos, sur une fiche qui accompagne le produit.

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À chacun sa fonction, comme dans une véritable entreprise. // © Isabelle Dautresme

"On a également réalisé une petite vidéo que l'on peut voir sur notre site, renchérit Iris. Il faut dire que côté communication, ces jeunes entrepreneurs n'ont pas lésiné sur les moyens : site Internet, page Facebook, clip publicitaire, newsletter...

Une fois l'idée du produit trouvée, il a fallu le faire fabriquer au moindre coût : "On a contacté des fournisseurs locaux, explique Jordan, directeur technique. Pour le bois, on travaille avec le lycée professionnel des métiers du bois à Envermeu [76]. On récupère leurs chutes de hêtre, un bois facile à travailler."


À la conquête des marchés
 

Une fois le produit fabriqué et les supports de communication prêts, il faut vendre les pinces. Là encore, mieux vaut multiplier les canaux. "On a trouvé un supermarché qui est prêt à distribuer nos produits", s'enthousiasme Iris. "Avec les ventes sur le marché d'Auffay et celles de la foire de Rouen [76], on en est déjà à 58 paires vendues ! Et avec l'Armada de Rouen (rendez-vous des plus grands voiliers du 6 au 16 juin 2013, où les mini-entrepreneurs ont négocié un stand, NDLR), on devrait atteindre notre objectif qui est de vendre au moins 105 paires, explique Pauline, directrice commerciale.


La tête dans les chiffes

"Avec un prix de revient de 4,50 € la paire de pinces, il faut que nous en ayons vendu au moins 105 avant la fin de l'année, pour commencer à gagner de l'argent", évalue Mickaël, directeur financier du projet, après avoir précisé que le capital de l'entreprise se montait à 1.000 € : "500 € proviennent d'avances remboursables, ce qui équivaut à des actions, et les 500 autres ont été cédés par la mini-entreprise de l'année précédente qui était excédentaire".

Collège_mini entreprise_clip's&moi_pinces
Une fois le produit fabriqué et les supports de communication prêts, il faut vendre les pinces.
// © Isabelle Dautresme


Car, comme l'explique explique François Delamare, l'un des deux enseignants qui encadrent le projet, "c'est au moment du conseil d'administration de la mini-entreprise qui se tient en fin d'année, que les détenteurs d'avances remboursables, généralement des membres de la famille ou des proches, décident s'ils souhaitent récupérer l'argent investi au départ. Généralement, ils ne le souhaitent pas, ce qui permet de partir avec un capital de départ plus important l'année suivante."


Des pros pour accompagner le projet

La mini-entreprise Clip's & Moi est soutenue, comme 850 autres en France, par l'association Entreprendre pour apprendre (EPA). Cette association qui a pour objectif de développer l'envie d'entreprendre chez les jeunes, fournit aux chefs d'entreprise en herbe un guide qui présente en sept étapes la création d'entreprise ainsi qu'une documentation très riche qui va de conseils pratiques pour résoudre les conflits, à des fiches de paie types, en passant par des modèles de charte d'entreprise ou des tableaux Excel pour gérer les comptes. "L'idée est de donner les moyens aux jeunes de professionnaliser le plus possible leur mini-entreprise", explique Magalie Vessier, coordinatrice pour la région Haute-Normandie de l'association.

Autre soutien de taille, celui apporté par Guillaume Patin, cadre commercial dans une entreprise de vidéo surveillance dans la région. "C'est un peu notre parrain", glisse Iris. Son rôle ? "Visiter régulièrement la mini-entreprise, donner des conseils, répondre aux questions, guider les élèves", retrace Magalie Vessier avant de préciser "qu'il ne s'agit pas de faire à la place des jeunes mais bien de les accompagner".


Une expérience 100 % bénef !

Autonomie, esprit d'initiative, travail en équipe, meilleure connaissance de l'entreprise... les bénéfices que vous retirez d'une participation à une mini-entreprise sont nombreux. En atteste Isabelle Cornier, une des deux enseignants qui encadrent le projet Clip's & Moi : "La mini-entreprise donne la possibilité aux élèves de prendre des responsabilités dans le monde économique réel. Cela exige beaucoup de sérieux de leur part et ça les fait grandir".

Même son de cloche du côté des élèves."J'ai réalisé à quel point il était important de savoir travailler en équipe, tout seul on ne peut rien faire", lâche Iris avant d'ajouter qu'elle ne s'est jamais sentie aussi responsable, "vis-à-vis de nos interlocuteurs qui sont des professionnels mais aussi des personnes qui ont mis de l'argent dans le projet. Pas question de faire n'importe quoi..."

Pour François Delamare, "la mini-entreprise permet aux élèves de développer des qualités qu'ils n'ont pas souvent l'occasion de déployer au collège ou qui ne sont pas tellement valorisées comme : la créativité, la prise d'initiative, la prise de paroles en public... Cela leur servira dans leur vie professionnelle future". Pour preuve, "les nombreux témoignages d'élèves qui ont participé à une mini-entreprise en 3e et qui maintenant qu'ils sont au lycée se disent nettement plus à l'aise à l'oral, mais aussi lors des travaux de groupe comme les TPE (travaux personnels encadrés)", précise Isabelle Cornier, qui encourage tous les élèves à tenter l'expérience de l'entreprenariat "avec leur professeur ou seuls, avec la soutien de l'association EPA".

Pour l'heure, le défi à relever pour l'équipe de Clip's & Moi, élue le 23 mai 2013 meilleure mini-entreprise de la région Haute Normandie dans la catégorie "Collège", est de décrocher la première place lors du concours national organisé par l'association Entreprendre pour apprendre, qui se tiendra à Paris les 5 et 6 juillet 2013.


L'EPA, l'association à contacter 
Vous avez envie de monter une mini-entreprise ? Prenez contact avec l'association EPA France via sa page facebook. Elle vous accompagnera dans vos démarches et prendra contact avec votre établissement, le cas échéant.