1. Brigitte Prot, psychopédagogue : “À 13 ans, difficile de résister aux mille sollicitations dont on fait l’objet”

Brigitte Prot, psychopédagogue : “À 13 ans, difficile de résister aux mille sollicitations dont on fait l’objet”

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Pour Brigitte Prot, “les jeunes ont parfaitement conscience d'être dans un monde extrêmement difficile. Ils n'ont pas d'autre choix que de réussir, ils le savent et ça les angoisse.” // © iStockphoto
Pour Brigitte Prot, “les jeunes ont parfaitement conscience d'être dans un monde extrêmement difficile. Ils n'ont pas d'autre choix que de réussir, ils le savent et ça les angoisse.” // © iStockphoto

Dédramatiser tout en étant attentifs aux difficultés : tel est pour Brigitte Prot, psychopédagogue, le meilleur moyen pour les parents d'aider leurs ados de 4e à vivre autant de changements. Interview.

Avez-vous repéré un moment difficile dans la scolarité des collégiens ?

“Je situe très nettement un passage à vide en 4e, surtout chez les garçons. Pour preuve, le nombre de consultations dans mon cabinet de collégiens de 13-14 ans a très fortement augmenté au cours des cinq dernières années. Le flottement est moins sensible chez les filles.”

Comment l'expliquez-vous ?

“Je l'explique par les attentes du collège qui sont beaucoup plus nombreuses en 4e que dans les classes précédentes, notamment au niveau de la réflexion. Le par cœur ne fonctionne plus. Or les élèves n'ont pas toujours la maturité de réflexion suffisante pour répondre à ces nouvelles attentes de leurs professeurs. Le décalage est très important, une fois de plus, surtout pour les garçons. Face à une situation d'apprentissage complexe, qu'ils ne contrôlent pas, nombreux sont les élèves qui préfèrent renoncer plutôt que de prendre le risque d'échouer !”

Et en 4e, on est de plain-pied dans l'adolescence…

“La classe de 4e correspond effectivement à l'entrée dans cette période si particulière de la vie. Pour cette génération de collégiens, cette étape est particulièrement difficile car ils vivent dans une société elle-même adolescente où les adultes ont du mal à dire non, à fixer des limites. Ils attendent des jeunes qu'ils soient autonomes très tôt, or ils en sont incapables car ils sont en construction, ils ont besoin qu'on les accompagne, pas qu'on leur demande de grandir trop vite et tout seul.”

La pression que mettent certains parents sur leurs enfants pour qu'ils réussissent a-t-elle un impact sur leurs résultats ?

“Oui certainement, mais le plus souvent cet impact est négatif. Le propre de l'adolescence c'est justement d'affronter le désir des parents pour faire le contraire. Plus les parents insistent, moins l'adolescent aura envie d'entrer dans leur désir, en l'occurrence la réussite à l'école. En même temps, ces jeunes ont parfaitement conscience d'être dans un monde extrêmement difficile. Ils n'ont pas d'autre choix que de réussir, ils le savent et ça les angoisse. Au point que certains collégiens que je vois dans mon cabinet travaillent, mais en cachette de leurs parents.”

Que pensez-vous des nouvelles technologies ?

“Les adolescents sont littéralement envahis par les jeux vidéo, les réseaux sociaux, Internet et tout ce qu'il propose. Au final, il reste peu de place pour les apprentissages. Sauf à avoir une volonté de fer, il est très difficile de résister aux mille sollicitations dont ils font l'objet. Le risque, c'est qu'ils se noient. Je vois de plus en plus d'adolescents fatigués d'avoir passé toute ou partie de la nuit à avoir joué ou surfé sur le Net.”

Comment le malaise des adolescents au collège se manifeste-t-il ?

“Les adolescents sont démotivés face au travail, ils éprouvent des difficultés à se concentrer en cours. Ils oublient leurs affaires, sont très souvent en retard, ils somatisent. Ils ont énormément de stress au moment des évaluations mais fuient le travail personnel.”

Quels conseils pouvez-vous donner aux parents ?

“Être attentifs. Les parents doivent suivre la scolarité de leurs enfants au moins une fois par semaine, à défaut de pouvoir la suivre au quotidien mais il faut veiller à ce que ces ‘rendez-vous’ soient l'occasion de dédramatiser la situation. Rares sont les ados qui refusent qu'on les aide.”

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