1. Les sections internationales parisiennes fermées aux banlieusards ?

Les sections internationales parisiennes fermées aux banlieusards ?

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Au lycee international de Saint-Germain-en-Laye, la section américaine est payante, contrairement aux sections internationales des lycées parisiens. // © Nicolas Tavernier / R.E.A
Au lycee international de Saint-Germain-en-Laye, la section américaine est payante, contrairement aux sections internationales des lycées parisiens. // © Nicolas Tavernier / R.E.A

Le rectorat de Paris a refusé à des élèves de banlieue leur admission en section internationale. Ces élèves bilingues, qui avaient réussi les tests d’entrée, n’ont pu intégrer ces classes car ils n’habitent pas dans la capitale. Des famillles ont déposé une requête devant le juge administratif. L'audience est prévue le 8 juillet.

Les banlieusards n'auraient-ils plus le droit d'intégrer les sections internationales des collèges et des lycées parisiens ? 14 familles ont déposé une requête auprès du tribunal administratif afin de demander, en référé, une révision de leur affectation. En effet, cette année, des associations de parents d'élèves des collèges-lycées parisiens Maurice-Ravel (XXe), Camille-Sée (XVe) et Balzac (XVIIe) ont constaté que les familles habitant au-delà du périphérique avaient été systématiquement exclues.

"Ces élèves ont pourtant passé les tests d'admission avec succès, mais le rectorat a bloqué leur candidature et a privilégié les parisiens, alors que dans le décret en vigueur [n° 2006-1193 du 28 septembre 2006, NDLR], la notion de secteur scolaire n'apparaît pas", affirme Isabelle Dennieau, représentant l’association des parents d’élèves du lycée Balzac. Afin d'appuyer les demandes des parents d'élèves, Sébastien Pietrasanta, député des Hauts-de-Seine, Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers (92), et Marie-George Buffet, députée de la Seine-Saint-Denis ont tous les trois écrit à la ministre de l’Éducation nationale pour demander que les élèves de banlieue ne soient pas écartés.

Un recrutement interacadémique, mais une priorité académique

Les sections internationales font partie des classes à recrutement "interacadémique" au même titre que les lycées parisiens Louis-le-Grand et Henri-IV, ainsi que les classes à horaires aménagés (danse, musique). Le document en ligne du rectorat de Paris est formel : "Pour ces formations, tous les élèves peuvent se porter candidats qu’ils soient domiciliés dans l’académie de Paris ou dans une autre académie".  Chaque année, les candidats postulent directement auprès des établissements scolaires concernés et passent des tests d'admission. Ensuite, la liste des admis est transmise par le proviseur au rectorat qui affecte les élèves. Ces classes étant rares en banlieue, les élèves viennent de toute la région. Mais cette année, en raison sans doute du baby-boom, il semblerait qu'il manque des places dans les établissements scolaires pour les collégiens et les lycéens parisiens.

Interrogé par l’Etudiant, le rectorat de Paris se justifie : "Même si ces classes ont un recrutement interacadémique, il existe malgré tout une priorité académique, et les parisiens sont prioritaires, c'est un principe d'équité, et puis il ne faudrait pas vider les classes internationales de banlieue." Et d’ajouter : "l’idée est de répartir au mieux les élèves dans les lycées de la région, même si nous examinons chaque cas, car il arrive qu'un élève soit plus près de Paris que du lycée international de son académie".

Un problème de communication avec les familles

C’est le cas justement de Lucie-Belle Dejoux, dont les parents habitent Levallois (92), et qui a postulé en sixième dans la section britannique de la cité scolaire Balzac, porte de Clichy à Paris. "Notre fille a été refusée, alors qu'elle avait réussi le test, pourtant nous habitons à 18 minutes du lycée Balzac, quand le lycée international de Sèvres (92), dans notre académie, est à plus d’une heure", nous explique son père, qui fait partie des familles ayant déposé une requête au tribunal administratif. Du côté du rectorat, on reconnaît malgré tout "un problème de communication avec les familles".

Enfin, l’aspect financier n’est pas à négliger. À Paris, les sections internationales sont gratuites quelle que soit la section, les assistants étrangers étant payés soit par l'ambassade quand il s'agit d'une langue rare, soit par le rectorat. Mais dans les autres académies, les sections internationales, qui ne sont pas financées par les ambassades, sont payantes. Ainsi, au lycée international de Saint-Germain-en-Laye (78), dans l’académie de Versailles, la section américaine coûte 8.150 € au collège, et 10.450 € au lycée !