1. Handicap au collège : le plaisir d’être scolarisé avec des copains du quartier
Reportage

Handicap au collège : le plaisir d’être scolarisé avec des copains du quartier

Envoyer cet article à un ami

"Tout le monde a intérêt à ce que l'école s'ouvre aux handicapés", lance Christelle Prado, présidente de l'UNAPEI une association de parents d'enfants handicapés. À commencer par les élèves en situation de handicap. Franck en 3e dans le collège de son secteur à la Garenne-Colombes est bien de cet avis : "Je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que j'ai du mal à bouger les membres du côté gauche et que je suis un peu lent à apprendre, je ne pourrais pas aller dans le même collège que mes copains de quartier", s'insurge-t-il.

Franck n'est pas un cas isolé. Interrogés, les jeunes collégiens handicapés témoignent de leur plaisir à avoir des copains "normaux". C'est à celui qui en aura le plus ! En atteste un sondage réalisé par le l'institut de sondages CSA pour la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité) en décembre 2010. Il en ressort que 74 % des collégiens en situation de handicap scolarisés en classe ordinaire ne souhaiteraient pas être scolarisés autrement. 92 % d'entre eux déclarent qu'il est important pour eux d'être scolarisés dans un collège ordinaire, les trois quarts (75 %) disent même que cela est "très important". Cet attachement est exprimé par l'ensemble des collégiens, quel que soit leur type de handicap.


Les mêmes préoccupations que les autres ados


Christelle Prado avance une explication : "L'école est un lieu où l'on apprend à vivre ensemble. Les handicapés ont besoin de se confronter à des jeunes du même âge qui ne sont pas porteurs d'un handicap. Tous les collégiens ont les mêmes préoccupations propres à l'adolescence qu'ils soient handicapés ou non", renchérit la présidente de l'association. Marine, 17 ans, infirme moteur cérébral, ne dit pas autre chose : "Même si en cours j'ai souvent du mal à suivre, ça va souvent trop vite, je ne voudrais surtout pas retourner dans un structure spécialisée [elle a été scolarisée dans une structure ordinaire qu'à partir de la 5e, ndrl], je n'ai pas du tout envie de ne me retrouver qu'avec des élèves handicapés", lâche la jeune fille, décidée.


Apprendre à se confronter à la différence

Pour Patrick Duros, principal du collège Les Champs-Philippe à la Garenne-Colombes, qui accueille 10 élèves handicapés moteur dans le cadre d'une ULIS, "permettre à des élèves handicapés de suivre une scolarité qui se rapproche le plus possible de celle des élèves dits 'normaux' donne l'occasion à chacun de se confronter à la différence, de s'y habituer et finalement de ne plus la voir". Suzanne Richard, CPE (conseiller principal d'éducation) au collège confirme : "Les élèves se mélangent tellement bien que l'on en oublie presque que certains présentent un handicap. Ils font les mêmes bêtises que les autres. Un jeune en fauteuil roulant a même réussi à faire 'le mur' avec ses copains valides !", se souvient-elle.

Si dans leur très grande majorité les élèves handicapés disent se sentir bien au collège, c'est surtout parce qu'ils ont l'impression d'y être bien acceptés. En témoigne Antoine en 3e dans un collège de Meudon (92) qui trouve naturel que des élèves autistes assistent de temps en temps à des cours dans sa classe : "Je suis habitué, depuis l'école primaire je fréquente des handicapés." Embana, arrivée en 4e au collège de la Garenne-Colombes, va plus loin : "Côtoyer de jeunes handicapés au quotidien, m'a permis de les connaître et de mieux accepter la différence", explique la jeune fille. Au point que lorsqu'elle entend un de ses camarades qualifier de "bizarre" le comportement d'un handicapé, elle se met "très en colère".


Une culture positive du handicap

Pour Suzanne Richard, "l'énorme avantage d'ouvrir le collège aux jeunes handicapés, en plus de leur permettre de suivre une scolarité la plus normale possible, c'est de développer une culture positive autour du handicap qui profite à tout le monde". Quelque soit le handicap, moteur ou cognitif. "Même si un enfant qui a des capacités cognitives très restreintes ne passe que très peu de temps en cours avec les jeunes de son âge, l'important c'est qu'à la cantine ou pendant la récréation il soit avec les autres, martèle Christelle Prado. C'est parce que la différence fait peur, qu'il faut habituer nos enfants à la côtoyer dès le plus jeune âge."


La scolarisation d'élèves en situation de handicap en chiffres 
En 2011-2012, 66 % des écoles primaires, 90 % des collèges, 82 % des lycées professionnels et 67 % des lycées généraux et technologiques ont accueilli au moins un élève handicapé. 
Les élèves porteurs de déficiences intellectuelles et cognitives sont les plus nombreux (90.700 élèves, soit 43 % des effectifs), suivis des élèves ayant des troubles psychiques (40.800 élèves, soit 19 % des effectifs), et des jeunes présentant des troubles du langage et de la parole (29.700 élèves, soit 14 % des effectifs). Les autres déficiences (motrices, associées, visuelles, auditives et autres) constituent 23 % de l'ensemble des élèves handicapés. 
Source : ministère de l'Éducation nationale.

Sommaire du dossier
Retour au dossier Handicap au collège : le plaisir d’être scolarisé avec des copains du quartier Accueil du handicap à l’école : du mieux mais des progrès restent à faire Reportage : à la rencontre de collégiens déficients visuels