1. Reportage : à la rencontre de collégiens déficients visuels
Reportage

Reportage : à la rencontre de collégiens déficients visuels

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Collège-handicap visuel-Collège les Ormezux à Rennes-Yvan
Collège-handicap visuel-Collège les Ormezux à Rennes-Yvan

Sweat à capuche et jeans dernier cri, Yvan est assis au 1er rang, visage concentré : pas question de rater une explication de la jeune stagiaire de mathématiques en charge de la 4e 3 du collège Les Ormeaux à Rennes.

À première vue, rien ne distingue Yvan des autres élèves de la classe. Même allure d'adolescent qui a grandi trop vite, mêmes cheveux en vrac. Seul signe distinctif, un ordinateur d'un genre particulier posé face à lui.

"C'est une machine qui me permet d'écrire en braille" (photo ci-contre), explique le jeune homme tout en continuant à taper à une vitesse impressionnante. Yvan est scolarisé depuis la 6e au sein d'une ULIS (unité localisée d'inclusion scolaire) hébergée dans un collège rennais tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

"Les 4 élèves qui appartiennent à l'ULIS sont scolarisés dans leur classe de niveau avec leurs camarades. Ils suivent les cours comme les autres. Seule différence, ils bénéficient d'une heure de reprise de cours (soutien) dans les 3 matières du diplôme national du brevet : français, mathématiques et histoire-géographie. Et le jour de l'épreuve, ils auront droit à un tiers de temps supplémentaire", explique Richard Malfant, le professeur des écoles spécialisé en charge de l'ULIS. Du coup, pas de problème du côté des résultats scolaires, "la plupart sont de très bons élèves", souligne l'enseignant, pas peu fier.


Aux enseignants d'être attentifs

"Les élèves déficients visuels suivent tellement bien en classe, qu'on en oublierait presque leur handicap", renchérit Carole Lebeller, professeur de mathématiques au collège. "Or ils ont quand même besoin que l'on adapte un minimum nos cours", souligne la jeune femme qui n'a pas hésité à apprendre le braille. "Au moins une semaine avant, les enseignants doivent donner les documents, exercices et contrôles qu'ils vont utiliser en classe ou à la maison de façon à ce qu'on les adapte aux besoins de chaque élève handicapé. Ça va du simple grossissement de la taille des caractères pour Élise-Anne, à une retranscription en braille pour Yvan ou Aurélie", explique Richard Malfant.

Pour le reste, en l'absence de formation spécifique, les enseignants se débrouillent. Ainsi, ce professeur qui utilise le TNI (tableau numérique interactif) le plus souvent possible ou cet autre d'histoire-géographie qui demande systématiquement à la classe de décrire les schémas et les cartes qui sont au tableau pour leurs camarades malvoyants. Quelle que soit la discipline, les enseignants du collège ont pris l'habitude de beaucoup travailler à l'oral et d'expliquer en permanence ce qu'ils font "ce qui profite à l'ensemble des élèves et notamment à ceux qui éprouvent des difficultés", remarque l'enseignante de mathématiques.


Un assistant de vie scolaire pour aider

Malgré les gros efforts faits par chacun pour rendre le cours accessible aux élèves déficients visuels, "à certains moments, pour faire leurs devoirs ou mieux suivre en classe, ils peuvent quand même avoir besoin d'une aide individualisée. C'est là qu'intervient l'AVS (assistant de vie scolaire)", explique Richard Malfant qui n'hésite pas à endosser ce rôle si besoin. En témoigne sa présence ce matin pendant le cours d'histoire-géographie aux côtés d'Alexandre, un jeune déficient visuel.

Tandis qu'il est plongé dans la rédaction d'un repère historique, Richard note la leçon et la correction d'exercices dans un cahier destiné aux parents. De temps à autre, il jette un regard au-dessus de l'épaule du jeune homme "pour s'assurer de l'avancée du travail et l'aider si nécessaire". Son objectif : intervenir au minimum. "L'AVS ne doit être qu'un appui. Ce que l'on souhaite c'est que l'élève soit le plus autonome possible, il ne doit pas prendre l'habitude d'avoir quelqu'un en permanence à côté de lui", explique le professeur des écoles spécialisé. Aurélien, en 5e, n'est pas tout à fait de cet avis : "Je préfère quand l'AVS est là, je me sens moins seul", lâche-t-il avec une pointe de tristesse dans la voix.


Une place à trouver parmi les autres élèves

Si au regard des résultats scolaires l'intégration des déficients visuels au collège Les Ormeaux est une réussite, la relation avec les autres élèves n'est pas toujours évidente. "Lors des travaux de groupe, je me retrouve systématiquement seul", regrette Aurélien. Même son de cloche du côté d'Yvan qui "prend pleinement conscience de sa différence dès qu'il s'agit de travailler à plusieurs. Sans parler des sports collectifs où on ne se bouscule pas pour me prendre dans son équipe", témoigne le jeune homme qui dit pourtant avoir beaucoup d'amis bienvoyants, "j'ai même été élu délégué en 6e", glisse-t-il dans un sourire.

"Pendant la récréation, les élèves déficients visuels ont tendance à se regrouper et à rester entre eux", constate Christian Lefeuvre, principal du collège. "Et, quand ils n'ont pas cours, ils préfèrent la petite salle qui leur est réservée à la permanence." Crainte d'être bousculés ? D'être moqués ? Richard avance une explication : "Nos jeunes déficients visuels sont face à un dilemme : soit ils se déplacent discrètement dans le collège sans leur canne blanche, mais, dans ce cas, ils prennent le risque d'être bousculés, soit ils l'utilisent mais se sentent marginalisés à un âge où on souhaite par-dessus tout ressembler aux autres."


Une pédagogie innovante à tous les niveaux

Aux parents qui ne souhaiteraient pas la cohabitation de leurs enfants avec des déficients visuels, le principal répète à l'envi : "C'est une chance pour des jeunes 'normaux' de côtoyer des handicapés. L'accueil de l'ULIS a poussé les enseignants à être innovants, à imaginer et à mettre en œuvre des méthodes pédagogiques différentes de celles qu'ils avaient l'habitude d'utiliser jusque-là, et cela profite à tous", martèle le principal. "On cherche d'ailleurs à généraliser ces pratiques à l'ensemble des classes ! "

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