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Interview

Cannabis : comment aider mon ado à s'en sortir ?

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Votre enfant consomme du cannabis. Un peu pour faire comme les copains, pour le goût du risque, vaincre sa timidité ou ses angoisses… Quelle attitude adopter ? Dans son ouvrage "Cannabis : aider mon ado à s'en sortir" (éditions l'Etudiant), Maria Poblete décrypte des cas réels confrontant parents et ados et donne des clés pour installer la communication. Extraits et interview de l'auteur.

Les chiffres de la consommation de cannabis inquiètent. Aujourd’hui, 38% des 15-16 ans scolarisés ont expérimenté le cannabis. Maria Poblete, journaliste spécialisée dans l’éducation et la psychologie, et mère de deux enfants, s’intéresse à cette problématique dans son livre “Cannabis : aider mon ado à s’en sortir ?” (Éditions L’Etudiant). Elle y livre différents conseils à destination des parents pour sortir leur enfant de cette addiction.

Pourquoi écrire un livre sur l’usage du cannabis chez les adolescents aujourd’hui ?

Parce que la consommation de cannabis est massive, contrairement à celle de la cocaïne ou de l’héroïne. Plus de 42% des jeunes de 17 ans déclarent avoir expérimenté le cannabis au moins une fois, ce qui n'est pas du tout le cas des autres drogues. Le cannabis est banalisé dans les discours. Ce qui est vraiment inquiétant aujourd’hui, c’est l’âge des consommateurs. Fumer avant 15-16 ans, c’est se tirer une balle dans le pied ! On gâche ses études et son avenir. Pour autant, cette consommation peut concerner tout le monde : il n’y a pas un profil particulier de jeunes qui seraient plus à même de commencer. Le problème est multifactoriel et met en relation une personne, un produit et un environnement.

Votre ouvrage, à destination des parents, s’article autour de 13 cas d’ados qui sont ou ont été confrontés au problème du cannabis. Pourquoi avoir choisi cette approche ?


J’aime aborder les phénomènes de société par le petit bout de la lorgnette. Le testimonial est alors plus pertinent que les données statistiques. Je voulais intéresser les parents sans trop théoriser. A travers les exemples de cas réels, il leur sera plus facile d’avancer. Ils pourront se demander : "Est-ce que ce cas ressemble à ce que je vis ?"

Comment avez-vous approché ces jeunes ?


Ce fut une très longue enquête qui a duré 8 mois, faite de rencontres très fortes. Je me sentais vraiment engagée. Ces jeunes m’ont souvent été présentés par des psychiatres. C’était vraiment dur pour eux de parler de ça. Je leur ai fait sentir que je n’allais pas les juger, mais essayer de les comprendre.

Certains cas vous ont-ils particulièrement marquée ?


Si je ne peux pas dégager un cas en particulier, je garde cependant contact avec certains d’entre eux. Par exemple Tahar [un jeune de 19 ans qui a commencé à fumer en seconde pour soigner son hyperactivité, NDLR] m’a envoyé un SMS pour m’annoncer qu’il venait d’être pris en médecine alors qu’il avait passé une année terrible.

Pouvez-vous dégager des points communs entre ces jeunes ?


Le point commun de tous ces cas, c’est une absence criante de communication entre parents et enfants. Si j’emploie le terme d’"enfant", c’est parce que ce manque commence dès le plus jeune âge. On parle plus aux bébés qu’aux enfants, car Françoise Dolto et la psychanalyse sont passées par là. Lorsque vient l’adolescence, les parents se taisent. Ils ont tendance à communiquer uniquement sur ce qui touche aux résultats scolaires. Mais je n'accuse pas les parents. Ils ne sont pas responsables des problèmes d'addiction. Les facteurs sont multiples. Et les spécialistes s'accordent à dire que les parents sont une part essentielle de la solution.

Comment peut-on repérer une consommation de cannabis chez son enfant et quand doit-on s’inquiéter ?


Il existe différents signes révélateurs d’une telle consommation : des fringales inhabituelles, des yeux rouges, des sautes d’humeur. Si votre ado s’enferme plus que d’habitude, alors il faut s’alarmer. A 15 ans, on a besoin des autres pour se construire. Il faut dépasser sa peur des mauvaises fréquentations pour son enfant, car un grand isolement est beaucoup plus inquiétant qu’une vie sociale trop active.

Quels sont alors les moyens de communiquer et quel rôle peut-on jouer en tant que parents ?


La première chose à faire quand on découvre que son enfant fume du cannabis est de laisser passer la colère. Il faut à tout prix éviter de le menacer. Des phrases comme "Tu es toxico, tu vas aller en pension…" sont à bannir, sous peine de rompre la communication. On doit lui parler, lui poser des questions : "Qu’est ce que tu penses de ta consommation ?", "Est-ce que tu as un problème ?", "Depuis quand fumes-tu" et "Dans quels moments ?". Et ne jamais tomber dans l’excès en disant "Tu vas en mourir". Les ados connaissent les risques et interprèteraient ça comme un manque de crédibilité. C’est totalement contre-productif. Si le jeune nie, c’est aux parents d’aller consulter un spécialiste et de réfléchir avec lui aux moyens de faire venir l’ado en consultation. S’il admet qu’il ne va pas bien, alors on prend un rendez-vous chez un professionnel et on l’accompagne. Ils font vraiment des prouesses, c’est quasiment magique. Il faut absolument tenir le coup, les ados ont besoin de parents forts. La punition n’est pas d’une grande utilité. On doit leur transmettre notre confiance : "Tu fumes. Soit. Mais ca va aller".

Dans votre livre, on a souvent des exemples de parents qui culpabilisent énormément…


Les échecs de nos enfants – tout comme leurs réussites - ne sont pas les nôtres. On a fait ce qu’on pouvait au moment où c’était possible. Il n’y a pas de culpabilité à avoir. Le problème est multifactoriel. C’est normal de se sentir mal quand son enfant part à la dérive mais il faut rester fort et avancer.

Au final, pourquoi fume-t-on à cet âge-là ?


C’est le goût du risque, de l’interdit. A 15 ans, on veut se mettre en danger pour intégrer un groupe par exemple. Le cannabis fait partie de la culture de l’adolescence. La consommation commence souvent de la même façon : un joint va tourner, un jeune tire une taffe et se dit "bof, c’est pas terrible", un autre va se dire "c’est pas mal, je réessaierais peut-être" et un dernier se dit "c’est génial" parce que ça lui servira d’antidépresseur.

Quelles sont les structures d’aide existantes ?


Il faut toujours consulter un professionnel. Si on est branché psychologie, ne pas hésiter à aller voir un psychologue, psychiatre ou psychanalyste. Les consultations jeunes consommateurs sont aussi une excellente solution. Il s’agit de structures associant divers spécialistes dans lesquelles on peut se rendre anonymement et gratuitement. Il y en a près de 240 en France. En cas de petites inquiétudes, il y a aussi les numéros de téléphone (écoute cannabis :  0.811.91.20.20). En France, on a vraiment ce qu’il faut. Il ne faut pas perdre espoir.

Pour aller plus loin : Mon ado va mal : difficulté passagère ou souffrance ? / Votre ado "fait sa crise"… comment réagir ? / Comment mettre mon ado au travail / Comment retrouver sa motivation à l’école ?

Sommaire du dossier
Mon ado et le cannabis : le cas de Laura, 17 ans Mon ado et le cannabis : le cas de Virgil, 17 ans