Comment la guerre en Ukraine s’immisce dans les cours d’histoire au collège et au lycée ?

Par Océane Delmas, publié le 23 Mars 2022
5 min

#SPME2022. Pour la semaine de la presse et des médias à l'école, l'Etudiant a accueilli trois étudiantes de l'ISCPA. Dans le deuxième article de cette série, focus sur la façon dont on aborde le conflit russo-ukrainien en cours. La guerre russo-ukrainienne est omniprésente dans les médias et sur les réseaux sociaux, depuis le début de l'invasion le 24 février dernier. L'Etudiant a interrogé des enseignants pour savoir comment ils intègrent le conflit dans les cours d’histoire-géographie.

Faut-il évoquer le sujet de la guerre en Ukraine à l’école ? Les enseignants se posent la question depuis le début du conflit, alors même que les offensives russes gagnent chaque jour du terrain. Un sujet omniprésent dans les médias nationaux et sur les réseaux sociaux et donc difficile à contourner pour les professeurs d’histoire-géographie.

Et ce d'autant plus que les informations s’empilent, sans être toujours véridiques. "Nous sommes abreuvés d'actualités qui ne sont pas du tout filtrées. Cela rend les choses complexes", estime Jean-Luc Le Coz, professeur d'histoire-géographie au collège Eugène Noël de Montville (76).

L’enseignant affirme par ailleurs que décrypter ce conflit demande un certain niveau d'expertise. "Nous ne sommes pas formés pour le faire. Il aurait fallu faire des études d’histoire dans un domaine très particulier. Personnellement, mes études ont été très générales, et même si l’on aborde certaines choses dans notre cursus, c’est bien loin de ce qui arrive aujourd’hui." Par souci de déontologie, il est donc épineux de mentionner un sujet peu contextualisé tel que le conflit en Ukraine, estime ainsi le professeur.

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Répondre aux questions des collégiens et lycéens

Kimberley Ries Girton, enseignante au lycée Saint-Erembert de Saint-Germain-en-Laye (78), constate pourtant de nombreuses sollicitations des adolescents vis-à-vis des récents événements. "Je me suis faite assaillir de questions par mes élèves à la rentrée." Cet intérêt soudain n’a fait que renforcer sa volonté d'aborder le sujet. "J’en aurais parlé de mon propre chef, car en tant que professeur d’histoire géographie, c’est une question qu'on ne peut pas éluder", affirme-t-elle.

Jean-Luc Le Coz a, quant à lui, observé de l'inquiétude chez ses plus jeunes élèves. "Ce qui est assez paradoxal, c’est que ceux qui ont ressenti le besoin d’information, ce ne sont pas les élèves de quatrième ou troisième, mais les collégiens de cinquième. Ils étaient dépassés et n’avaient jamais entendu parler de 'guerre froide'. Ils ont juste envie d’avoir des réponses, sans que cela explique ce qui va se passer, mais pour savoir de quoi les gens parlent."

Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’APHG (Association des professeurs d’histoire-géographie) et professeure agrégée au lycée Camille Pissarro de Pontoise (95), nuance la réaction de ses étudiants. "Ce n'est pas parce que des élèves ne posent pas de questions qu'ils ne sont pas intéressés."

Selon la professeure, plus un événement est distant de nous, moins il éveillera l'attention. On appelle généralement ce phénomène "la loi du mort-kilomètre". "Grâce à la modernisation et à la massification des médias, plusieurs générations ont vécu la guerre à distance, via la télévision, et maintenant via les réseaux sociaux. Les conflits gardent une part d'irréalité tant qu'ils ne touchent pas votre territoire", explique-t-elle.

Le conflit en Ukraine absent des examens

L'intégration du conflit dans le programme d'histoire-géographie ou au sein des épreuves du brevet et du baccalauréat n'est pour l'instant pas d'actualité. "Les sujets d'examen ne portent pas sur l'actualité immédiate mais sur des thèmes ou chapitres scientifiquement stabilisés. Une guerre en cours peut être expliquée en classe mais ne peut pas faire l'objet d'un sujet d'examen, car on ne peut pas demander à des adolescents d'analyser l'actualité immédiate", explique Christine Guimonnet.

Des ressources ont été mises à disposition sur la plateforme du ministère de l’Éducation nationale, Educscol, afin d'aborder le conflit russo-ukrainien en cours. La plateforme est régulièrement actualisée et regroupe différentes sources afin de mieux saisir les enjeux de la guerre.

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