1. Décrypter le cas de Claire
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Décrypter le cas de Claire

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Démotivation, chute des notes, conflits relationnels… face à ces difficultés rencontrées par de plus en plus de jeunes, les parents sont souvent démunis. À partir de cas réels d'adolescents en souffrance scolaire, Maria Poblete, journaliste, propose des solutions concrètes dans son ouvrage "Comment mettre mon ado au travail" (Ed. l’Etudiant). Interview et extraits.

Quand on a élevé un enfant sans heurts, sans discussion, sans résistances, sans confrontations, il est très difficile pour les parents de changer de point de vue et de méthode.

"On voit bien que dans l’histoire que nous venons de lire, des tas d’éléments craquent, ça craque de partout, à l’école, à la maison, dans les relations avec les autres, explique Jacques-Antoine Malarewicz, psychiatre et psychothérapeute. L’adolescent vit une révolution dans son être profond. Lorsque la pression parentale est trop forte, les jeunes réagissent parfois violemment, comme ici. On remarque que la jeune fille démissionne, un peu comme si elle disait : pouce ! Cette attitude a pour conséquence de mettre ses parents en échec."

Claire a amené ses parents à prendre du recul


Pour le spécialiste, c’est le moyen qu’elle a trouvé pour exprimer à ses parents qu’elle ne souhaitait plus ce mode de fonctionnement. Claire a réussi à faire prendre conscience à ses parents que leur pression était trop importante, ce qu’ils ont entendu en partie. Ils lui ont laissé un peu plus de liberté et ont surtout modifié leur propre point de vue. C’est elle qui les a amenés à prendre du recul.

"Certes, c’est très bruyant, admet le psychiatre, cela peut parfois se révéler ennuyeux parce que tout cela a un coût (des cris, des disputes, des tensions), mais c’est la façon que cette famille a trouvée pour se faire face à ce problème, à ce moment-là. Je pense que les parents n’auront pas les mêmes réactions avec le petit frère et la petite sœur."

Le travail des adolescents est de surprendre les parents. Celui des parents est de les soutenir, de les encourager, d’être présents et de les protéger.

"J’ai acheté énormément d’ouvrages sur la période de l’adolescence, se souvient la mère de Claire, et j’ai compris – et peut-être davantage accepté – comment une adolescente qui avait été jusque-là une petite fille gentille et calme pouvait se transformer subitement en une chipie désagréable ! Et puis revenir vers nous, dans l’heure, calme et sérieuse, exactement l’inverse de la jeune fille sur laquelle on venait de crier !"

Samia sera fortement marquée par la lecture d’un de ces ouvrages, "L’Adolescence aux mille visages" (A. Braconnier, D. Marcelli, éd. Odile Jacob, 1998), où elle a l’impression qu’on lui parle de sa fille. "Ces lectures m’ont calmée ; j’étais préoccupée, inquiète pour les relations avec elle et l’ambiance à la maison, mais aussi pour les études. Je reconnais et j’admets que la réussite scolaire est primordiale pour nous."

Un spécialiste peut aider à gérer la crise


Béatrice Copper-Royer est psychologue clinicienne et reçoit dans son cabinet des familles en crise, des enfants en souffrance, des adolescents désemparés. "L’histoire que vous racontez me fait penser à une jeune fille de 13 ans et demi que j’ai reçue récemment en consultation. Elle était totalement démotivée parce qu’elle ne savait pas comment gérer l’angoisse de sa mère. Celle-ci était tellement obsédée par les études, les notes, les résultats, les commentaires des enseignants, que la jeune fille était engluée dans cette anxiété. Elle ne se moquait pas du tout de ses résultats, elle voulait y arriver, mais la pression était telle qu’elle paniquait devant tous les contrôles, et stressait avant même de démarrer l’apprentissage d’une leçon." La psychologue entame alors avec elle un travail approfondi de réassurance face à l’angoisse et à la peur de l’échec.

"Face à un enfant qui ne va pas bien à l’école, les parents devraient toujours réfléchir à leur rapport aux études, à leur vécu en tant qu’élèves. Cela touche à quelque chose de profond et c’est toujours anxiogène : soit les parents n’ont pas réussi et ce miroir est désagréable, soit ils ont réussi et lorsqu’en face, leur enfant n’est pas identique ou semblable, c’est déstabilisant. Dans les deux cas, le désappointement est fort", explique la psychologue.

Résultat, les enfants deviennent les "otages" de cette anxiété, qui s’ajoute à leur propre inquiétude. Les spécialistes et les éducateurs insistent : aucun enfant ne se moque éperdument de ses résultats scolaires, tout le monde veut réussir.


À retenir
Face à un enfant qui est démotivé à l’école, les parents devraient toujours réfléchir à leur rapport aux études, à leur vécu en tant qu’élève. Cela touche à quelque chose de profond et c’est toujours anxiogène. Lorsque la pression parentale est trop forte, les jeunes réagissent parfois violemment.

POUR ALLER PLUS LOIN
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Comment aider mon ado à trouver sa voie", par Brigitte Calame.



Sommaire du dossier
Retour au dossier Virginie : l’incapacité à gérer ses études quand la famille va mal Virginie : démotivation au lycée, l’appui des professionnels pour "raccrocher avec l’école" Virginie : décrochage au lycée, les solutions quand ça ne va pas fort à la maison Claire, la rébellion de l’enfant modèle. Le rejet face à une pression parentale trop forte Claire : une enfance calme et une scolarité irréprochable Claire : en début de troisième, la rébellion Claire : une crise d’adolescence qui entraîne une baisse des résultats scolaires Claire : faire face au décrochage scolaire, une tâche difficile pour les parents Claire : en seconde, le déclic Décrypter le cas de Claire