1. Virginie : l’incapacité à gérer ses études quand la famille va mal
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Virginie : l’incapacité à gérer ses études quand la famille va mal

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Démotivation, chute des notes, conflits relationnels… face à ces difficultés rencontrées par de plus en plus de jeunes, les parents sont souvent démunis. À partir de cas réels d'adolescents en souffrance scolaire, Maria Poblete, journaliste, propose des solutions concrètes dans son ouvrage "Comment mettre mon ado au travail" (Ed. l’Etudiant). Interview et extraits.

Virginie semble être en dessous de ses capacités. Cette adolescente de 16 ans et demi ne peut pas s’occuper de ses études. Elle utilise son énergie à lutter contre ses angoisses dans un cadre familial peu structurant. Consulter et s’appuyer sur des professionnels est une solution.
Virginie semble toujours pressée : de partir voir ses copains, d’être en week-end, d’aller au prochain concert de son groupe préféré ou de retrouver ses cousines sur le parvis de l’Opéra de Lyon. La jeune fille vit dans l’un de ces quartiers chics et bohèmes du centre de la ville, sur les collines de la Croix-Rousse. Les études ? Elle préfère éviter le sujet, trop polémique à la maison. Car Virginie est en prise avec d’autres soucis personnels. Son chantier à elle s’appelle la famille.


Une enfance gaie et sociable

Autant qu’elle s’en souvienne, Virginie aimait l’école, l’écriture, la lecture. Petite fille appliquée et curieuse, elle faisait le bonheur de ses maîtresses, qui n’auraient voulu avoir que des élèves comme elle.

Bien adaptée au système scolaire, elle poursuit son chemin tranquillement, toujours encouragée par des parents aimants et présents. "On ne me disait que du bien d’elle, tant sur le plan strictement scolaire que sur ses capacités à vivre avec les autres ou son autonomie et sa maturité", se souvient Corinne, sa mère. Pour appuyer son propos, elle sort les livrets scolaires : des "bravos" cohabitent avec des "progrès encore ce trimestre" ou des "continue ainsi, c’est très bien !"
Virginie effectue une primaire sans aucune ombre au tableau. La petite fille bénéficie d’une vie facile, riche culturellement, agrémentée de voyages à l’étranger, d’une expatriation d’un an aux États-Unis et de nombreux échanges avec des amis étrangers.

Au retour de l’année passée aux États-Unis, Virginie a 9 ans, et son frère cadet 2 de moins. Ils intègrent une école bilingue pour maintenir leurs acquis. La réadaptation en France se déroule normalement et les enfants retrouvent leurs anciens copains lyonnais. Tout va bien dans le meilleur des mondes.


Le divorce bouscule tout

La crise coïncide avec l’entrée en seconde de Virginie. Les parents décident de se séparer avec une garde alternée : une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Les domiciles sont proches, les enfants ne changeront donc pas de collège ou de lycée. Ils sont d’accord avec cette nouvelle organisation et le disent au juge aux affaires familiales.

Virginie n’ose pas formuler son désespoir. Elle se souvient : "Le monde était tout rose, il est devenu gris. Tout mon univers m’échappait, j’étais perdue."
Virginie, qui a tout juste 15 ans à l’époque, commence à décrocher. Elle n’arrive plus à écouter en cours, est constamment branchée sur son portable, envoyant SMS sur SMS à ses copines de classe ou d’ailleurs.

Elle écrit aussi des histoires, des poèmes. Elle découvre les romanciers russes, qu’elle lit en cachette en cours de sciences de la vie et de la terre. Elle n’écoute plus les professeurs. D’ailleurs, elle ne prend plus aucune note. À quoi bon ?
Le soir, elle n’arrive pas à rentrer à la maison (mais laquelle ?) et "traîne", selon ses termes, chez des copains dont les parents rentrent tard du travail. Ils regardent des séries, mangent du chocolat, rien de méchant.

"C’était une vie bizarre parce que je ne faisais rien du tout pour le lycée, rien ! Mais je savais bien que j’allais me faire engueuler, dit-elle. Mes parents n’arrêtaient pas de se disputer, ils n’arrivaient à se mettre d’accord sur rien, alors que le divorce avait eu lieu !" La jeune fille ne comprend pas ce monde d’adultes indécis et surtout incapables de poser des limites.
"Je n’ai pas entendu son mal-être, avoue la mère. Il a fallu que la professeure principale me convoque pour me signaler que Virginie n’était plus là mentalement, semblait absente, un peu endormie, et qu’elle pensait qu’elle avait laissé tomber. J’ai alors expliqué ma situation et mes difficultés avec son père, notre mésentente sur tout, y compris sur les enfants. Lui, il voulait les laisser tranquilles, pensant qu’ils seraient autonomes rapidement."
Le résultat est hélas exactement inverse. Le conseil de classe du 1er trimestre a bientôt lieu. Afin de ne pas bloquer davantage la jeune fille et la plonger dans une angoisse supplémentaire, il est nécessaire d’agir.

Pour aller plus loin
À découvrir aux éditions l'Etudiant :
"Comment aider mon ado à trouver sa voie", par Brigitte Calame.



Sommaire du dossier
Retour au dossier Virginie : l’incapacité à gérer ses études quand la famille va mal Virginie : démotivation au lycée, l’appui des professionnels pour "raccrocher avec l’école" Virginie : décrochage au lycée, les solutions quand ça ne va pas fort à la maison Claire, la rébellion de l’enfant modèle. Le rejet face à une pression parentale trop forte Claire : une enfance calme et une scolarité irréprochable Claire : en début de troisième, la rébellion Claire : une crise d’adolescence qui entraîne une baisse des résultats scolaires Claire : faire face au décrochage scolaire, une tâche difficile pour les parents Claire : en seconde, le déclic Décrypter le cas de Claire