1. Écrire des fanfictions en classe, c'est possible !
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Écrire des fanfictions en classe, c'est possible !

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Les élèves écrivent leur fanfiction sur ordinateur et commentent sur un forum les textes de leurs camarades. // © Phovoir
Les élèves écrivent leur fanfiction sur ordinateur et commentent sur un forum les textes de leurs camarades. // © Phovoir

De plus en plus de jeunes écrivent ou lisent des fanfictions sur Internet, ces histoires qui s'appuient sur des œuvres existantes dont l'auteur de la fanfiction est fan. Surfant sur cette nouvelle passion, quelques enseignants commencent à proposer, en classe, d'écrire des fanfictions sur des textes au programme. Une bonne manière d'améliorer son français.

Écrire une fanfiction sur un forum, recevoir des commentaires d'autres personnes sur votre texte et, à l'inverse, commenter sur ce même forum les fanfictions de vos amis : c'est ce que font de plus en plus de collégiens et lycéens, sur des sites tels que fanfic.fr. Mais certains ont la chance de faire tout cela… en classe !

Un forum pour écrire les fanfictions

C'est le cas de Maeva, en troisième au collège Jean-Giono au Beausset (83). Avant de travailler sur les fanfictions en cours de français, elle ne connaissait rien de cet univers. Si vous ne la pratiquez pas encore, la fanfiction est un récit en rapport avec une œuvre inventé par des fans de cette même œuvre. Par exemple, écrire un nouveau chapitre du dernier Harry Potter en tenant compte de l'histoire de départ et des personnages existants. Maeva a été un peu surprise lorsque son enseignante de français, Virginie Schol, lui a présenté son projet : "Elle nous a dit que le travail qu'on allait faire était comme une séance de partage de ses opinions sur une œuvre".

Virginie Schol expérimente depuis la rentrée, avec sa classe de troisième, une séquence fanfiction. "Je réinvestis le concept, je ne le pratique pas tel qu'on le voit sur Internet, tempère-t-elle. En effet, en classe, le livre est imposé. Ce n'est pas possible de le faire sur des livres dont les élèves sont fans car il y aurait 30 livres différents, et puis il faut que ça reste des œuvres ayant un intérêt pédagogique". Ainsi, l'œuvre de départ est-elle "Le Collier rouge", de Jean-Christophe Rufin.

Mais, si la fanfiction perd son côté "fan", en quoi est-ce une fanfiction ? La réponse est, principalement, dans le côté collaboratif du travail. Dans sa classe, l'enseignante a d'abord laissé une semaine aux élèves pour lire le livre. Mais ils ne faisaient pas "que" lire. "On pouvait ouvrir des fils de discussions sur des choses que l'on ne comprenait pas, sur des personnages, et aussi répondre à des questions de la prof", raconte Romain. Ces échanges se déroulaient au sein d'un forum sur Internet créé spécifiquement pour le cours.

"J'étais beaucoup plus motivée que d'habitude !"

Une manière de faire qui a beaucoup plu aux élèves. "Je ne suis pas un grand lecteur mais cette manière de travailer m'a motivé à lire parce que je savais qu'on n'avait pas un contrôle à la fin et qu'on pouvait échanger avec les autres. C'est plus attractif", souligne Romain. "J'étais beaucoup plus motivée que d'habitude !", ajoute Maeva. Le fait que ce partage se faisait en ligne et parfois à la maison a participé à cette "attractivité" : "On travaillait sur Internet, ça changeait de l'ordinaire et c'est plus notre domaine", relève Maeva.

Catherine Reignault, enseignante de français au collège Paul-Harel de Rémalard (61) et qui travaille également sur les fanfictions, dévoile une autre raison de la motivation des élèves : "Ils sont excités par l'idée d'écrire sur l'œuvre par la suite, donc ils sont très concernés dès la lecture". En effet, et c'est l'un des principes de la fanfiction, les élèves écrivent ensuite un texte en rapport à l'œuvre lue. Ceux de Virginie Schol en écrivent même trois chacun : un qui change l'histoire ; un dans lequel ils inventent une nouvelle péripétie ; un où ils racontent le point de vue d'un personnage. Les élèves de Catherine Reignault ont le choix et doivent écrire "un passage qui n'est pas développé par l'auteur ou sur un personnage par exemple".

Mais ce n'est pas tout. Durant le temps d'écriture, qui s'étale sur plusieurs semaines, les élèves échangent régulièrement avec l'enseignante, par l'intermédiaire du forum, qui leur donne des conseils sur l'histoire, l'orthographe ou la grammaire. Une fois l'écriture terminée et le texte intégré à la plate-forme, les élèves lisent et commentent les textes de leurs camarades. "Comme les autres élèves lisent ce qu'on écrit, on n'écrit pas n'importe quoi !", sourit Romain. "Et ça, ça change tout !, s'enthousiasme Virginie Schol. Ils n'écrivent pas pour avoir une note mais pour une communauté de lecteurs. Le regard des autres leur semble plus important que la note. Ils ont envie d'avoir de bons commentaires donc ils font le nécessaire pour cela."  "L'élève devient autonome, écrit ce qu'il a envie et non ce qui est attendu, il est plus lui-même", confirme Catherine Reignault.

Davantage envie de lire et des progrès en écriture

Les élèves s'initient également au commentaire de textes d'autrui, sans blesser l'auteur. "Ils apprennent à débattre dans un cadre, en n'étant pas dans le registre du langage familier. Ils apprennent aussi à aiguiser leur regard sur un texte qui n'est pas le leur et découvrent la critique, l'argumentation", assure Catherine Reignault. "Ils ont également appris qu'une critique n'est pas forcément négative !", sourit Virginie Schol. Ce moment de commentaire "crée une dynamique, poursuit Catherine Reignault. Il y a une communion plus grande, de l'entraide, tout le monde s'y met".

L'analyse est la même chez les élèves : "Le partage avec la prof et les autres élèves, j'ai trouvé ça très enrichissant", explique Maeva. "Comme la prof et les élèves peuvent corriger et commenter, ça nous permet d'améliorer le texte", souligne Romain. Ainsi, les progrès en écriture ont été criants. "Entre le premier et le troisième texte, les différences étaient énormes en termes de qualité. Ils ont pris du plaisir à écrire, ce n'est plus l'acte rébarbatif que c'était", estime Virginie Schol.

"Faire des ponts entre ce qu'aiment les élèves et l'école"

Au-delà du cours, c'est même l'intérêt envers la lecture et l'écriture qui se développe avec le travail sur les fanfictions. "Beaucoup d'élèves sont venus me dire qu'ils lisaient plus, désormais", confirme Catherine Reignault. Prendre du plaisir à lire était un des principaux objectifs de l'expérience. En effet, les enseignants remarquent que les élèves lisent de moins en moins de textes classiques.

Les fanfictions devaient donc servir à réconcilier les élèves avec la lecture. Et pas seulement les bons élèves. "Mes élèves sont assez perturbateurs et ça a marché, se réjouit Virginie Schol. C'est peut-être d'ailleurs les élèves peu scolaires qui ont besoin d'une autre méthode." À tel point qu'à la fin de la séquence fanfiction, ils ont demandé à l'enseignante d'en démarrer une nouvelle. "J'ai encore envie de travailler comme ça !", s'enthouiasme Maeva. "Après la fanfiction, on a fait un travail sur un livre où l'on devait simplement donner nos impressions de lecture, raconte Romain. C'était beaucoup moins intéressant..."