L'école est à nous : "Aujourd'hui, les collégiens n'ont plus le temps de rêver"

Par Pauline Bluteau, publié le 28 Octobre 2022
7 min

Jouer aux jeux vidéo, créer un potager, couver des œufs, faire de la pâtisserie… Dans le film L'école est à nous, en salle depuis le 26 octobre, les élèves font ce qu'ils veulent. Une utopie qui s'appuie sur une réalité peu connue où la réussite, la confiance en soi et la liberté sont au centre de la pédagogie. Rencontre avec le réalisateur, Alexandre Castagnetti et l'actrice Sofia Bendra.

"Je vous propose de faire un truc que vous n'avez pas le droit de faire normalement au collège, c'est de faire ce que vous voulez." Lorsque Virginie Thévenot, la prof de maths propose aux élèves de sortir de "la dictature" du collège, c'est un autre univers qui s'ouvre pour eux. En pleine grève des enseignants, elle assure la permanence avec son collègue, Ousmane Gambi, le prof de techno. Avec seulement une dizaine d'élèves au collège, le duo tente d'imposer une nouvelle pédagogie.

Au départ sceptiques, le nez sur leur téléphone (désormais autorisé), les collégiens finissent par goûter à la liberté. Chacun trouve son flow, autrement dit ce qu'il a envie d'expérimenter. Certains jouent à la console et apprennent la théorie des jeux, un autre décide de couver des œufs, la première de la classe s'initie à la cuisine, d'autres jouent au basket, créent un potagerJusqu'à ce que ce collège devienne "un truc de ouf".

Réfléchir à ce que l'on attend de l'école publique

Fils de professeur et père de deux enfants de 12 et 15 ans, Alexandre Castagnetti s'est inspiré de son quotidien pour co-écrire et réaliser ce film. " J'ai regardé l'état de la recherche sur ce sujet, travaillé avec le chercheur François Taddei, je me suis documenté sur ce qu'il se faisait à l'étranger, notamment en Finlande… L'école est à nous n'est pas une douce utopie, ça existe vraiment et ça marche !", insiste le réalisateur, au lendemain de la sortie de son film.

Pourtant, difficile d'imaginer, en France, un pareil scenario. Alexandre Castagnetti met à plat les difficultés des professeurs qui souhaitent sortir du rang en remettant les collégiens au centre de la pédagogie quitte à créer ce que l'on pourrait considérer comme un joyeux bazar. "Vous êtes censée suivre le programme. – Mais ils n'y croient plus au programme ! – Vous voulez qu'on en fasse des glandeurs incultes ?" Dans le film, les répliques fusent et les critiques sont rudes, aussi bien pour l'Éducation nationale que pour les écoles alternatives souvent mal vues. "Les élèves n'ont plus le temps de rêver mais je pense que si l'école devient un terrain de jeu, on va créer des ados heureux, estime le réalisateur. Il faut interroger la réussite, se demander ce que l'on attend de l'école publique, revenir à l'origine."

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Supprimer les notes pour faire souffler un vent de liberté au collège

Selon Alexandre Castagnetti, ce manque d'intérêt pour l'école vient de la pression qu'elle véhicule. Pour redonner le goût d'apprendre aux élèves, la solution serait de supprimer les notes. Dans le film, Mme Thévenot prévient ses élèves : "Si votre priorité c'est la bonne note, je mettrais 18 à tout le monde ce semestre." Bons et mauvais élèves se retrouvent à égalité et si certains se demandent alors quel est l'intérêt de venir en cours, pour d'autres, c'est une révélation.

Sofia Bendra joue Malika, une élève décrocheuse en troisième. Elle parvient à revenir au collège en menant un projet qui lui tient à cœur, avec un seul but se présenter à un concours d'innovation. L'actrice, également lycéenne, résume : "À l'école, je pense 'notes', je vais apprendre pour avoir une bonne note mais dès que le contrôle est fini, je vais tout oublier. Les notes, ça rajoute du stress et de la pression."

Un constat partagé par le réalisateur du film : "La note n'est pas inutile mais elle n'a pas vraiment de sens, de valeur. S'il n'y a pas de notes et qu'on laisse les élèves s'investir, ils vont s'auto-évaluer eux-mêmes. On le dit dans le film : les notes servent à conforter certains mais tous les autres subissent."

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Partir de ce que les élèves ont envie d'apprendre

C'est aussi pour cette raison qu'Alexandre Castagnetti a choisi de mettre en avant une professeure de maths, la matière "reine" qui "crée aussi le plus de blocages" chez les élèves. "Le jugement de soi-même est terrible, on se croit nul parce qu'on a de mauvaises notes", poursuit le réalisateur.

C'est aussi pour cela que les élèves questionnent souvent leurs professeurs sur l'intérêt des maths. "On dirait qu'ils ne savent pas, ils esquivent, ils nous répondent 'à tout', ça veut rien dire", s'exclame la lycéenne, en rigolant. "Ce n'est pas obligatoire de faire des maths mais j'estime qu'au collège, il faut rêver de ce qu'on a envie de faire. On devrait voir les choses à l'envers, commencer par le plaisir plutôt que par la note", complète Alexandre Castagnetti.

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La relation prof-élève basée sur l'écoute

Pour opérer ce changement, il n'y a pas que les élèves qu'il faut embarquer, les profs et les parents d'élèves doivent tout autant être impliqués. Sinon, en continuant ainsi, on se dirige tout droit vers "l'explosion du système avec des élèves mis de côté dû à un sentiment de ne pas être écouté comme Malika dans le film qui elle ne se sent pas à sa place", détaille le réalisateur.

Avoir des enseignants qui font équipe avec leurs élèves, qui les aident à réaliser leurs projets, c'est aussi ce qui ressort de L'école est à nous. "On aimerait tous avoir une école comme dans le film ! Je vois la différence entre les profs qui écrivent la leçon au tableau pour qu'on puisse l'apprendre le soir et ceux qui prennent le temps de nous écouter, confirme Sofia Bendra. En éco-droit, on fait des débats et cela demande de la recherche. J'ai retenu tout ce que j'avais fait donc j'ai eu des bonnes notes et j'adore aller en cours d'éco-droit."

Un dossier pédagogique avec différentes ressources et recherches sur lequel s'est appuyé le réalisateur a été transmis au personnel de l'Éducation nationale à la rentrée. "Ce film doit générer de l'espoir et l'envie d'agir, il faut que des choses se mettent en place, réellement", conclut Alexandre Castagnetti.

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