1. Marcel Rufo : il faut que le bizut passe !

Marcel Rufo : il faut que le bizut passe !

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Régulièrement, le pédopsychiatre Marcel Rufo vous donne des conseils sous la forme d’un courrier au petit-fils ou à la petite-fille que vous pourriez être pour lui.

marcel rufoLes anciens, ceux qui ont intégré une grande école, par exemple, doivent faire payer aux nouveaux élus leur entrée dans le royaume du succès. On peut comprendre qu’il s’agit là d’une résurgence de peurs qu’ils ont éprouvées, de la crainte de leurs propres échecs. En rendant grotesque l’admission, sans doute repoussent-ils loin d’eux le risque de l’échec.

Si l’on considère tout ça comme un rite initiatique, on peut admettre qu’il faut que les épreuves mettent en péril le candidat : pas comparable à la marche sur le feu ou à la capture d’une bête sauvage dans la jungle, qui deviendra un totem. Curieux parallèle entre les peuplades désignées à tort comme primitives et les élites de la nation !

Du côté des victimes du bizutage, il existe une complaisance. La victime se prouve ainsi son succès. Mais le danger de dérapage provient du groupe. Rien n’est plus dangereux qu’une bande qui s’auto-excite et porte sa fureur grégaire contre un sujet fragile.

Souvent aussi, le bizutage sert de prétexte à l’expression abominable du machisme ou de l’homophobie. En ce sens, on peut comprendre la volonté d’interdiction d’une candidate à la primaire socialiste (Ségolène Royal). Un leader peut être pervers et remarquer quelqu’un de fragile, plus apte à être tyrannisé.

Alors, illégal le bizutage ? Ou occasion de puiser dans la tradition la force de la transmission, occasion de respecter le passé et ceux qui nous ont précédés, comme le fait remarquablement l’École navale ? C’est vrai aussi que l’on est à la fois peinés, étonnés, on détourne même nos regards au spectacle donné dans les rues par les étudiants en médecine qui, ayant franchi l’obstacle redoutable de la 1re année, en blouses blanches peinturlurées, nous proposent de pénétrer comme des potaches en salle de garde. On ne peut même pas sourire. Mais bien vite, le classement de sortie, l’internat et la mise sur le marché du travail vont définitivement éteindre ce carnaval ultime de l’adolescence. Alors… l’identité du succès mérite peut-être un temps de dérision, et comme la jeunesse, il faut que le bizut passe !

Retrouvez le pédopsychiatre Marcel Rufo dans l’émission "Allô Rufo", sur France 5 du lundi au vendredi à 10h00, et sur letudiant.fr
Sommaire du dossier
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