Marcel Rufo : Pas d’effort sans confort

publié le 21 May 2007
3 min

Régulièrement, le pédopsychiatre Marcel Rufo vous donne des conseils sous la forme d’un courrier au petit-fils ou à la petite-fille que vous pourriez être pour lui.

Il y a quelques années que tu as arrêté le piano, au grand dam de tes parents. Un jour, peut-être, tu t’y remettras. Mais tu seras alors adulte, plus âgé. Durant les études, l’acharnement au travail a très souvent raison des activités de distraction. En fac de médecine par exemple, on connaît l’importance des matières fondamentales pour ­passer l’obstacle du concours classant. Alors, le piano peut bien attendre…

Marcel RufoPourtant, prendre du plaisir dans des activités “décalées” aide à mieux penser, à mieux réfléchir. Pour comprendre l’intérêt de ces moments, il faut se replonger dans l’enfance, période bénie de l’apprentissage. Durant notre 2ème année de vie, notre vocabulaire s’enrichit formidablement : de 150, nous passons à 1.500 mots. Dès l’âge de 3 ans, nous disons "je" et nous associons le vocabulaire pour accéder à la conceptualisation. Aucune autre année de notre existence n’est plus riche en matière de découvertes. Quelques années plus tard, l’apprentissage en classes de CM1 et CM2 constitue un véritable marqueur de la scolarité future. L’enfant, en pleine période de latence, dégagé de tous émois sexués, s’intéresse à tout : archéologie, géologie, histoire, physique, astronomie… Un véritable petit Léonard de Vinci.

Si j’évoque cette période faste de découverte et d’amélioration des connaissances, c’est qu’il faut sans doute toujours s’y référer. À l’adolescence, la préoccupation de l’image de soi – par rapport à soi-même mais surtout par rapport aux autres – occupe tout le champ de la pensée. Puis, quelques années plus tard, la fin des études et le début d’une carrière professionnelle écrasent, par l’idée du statut socioprofessionnel, tout le plaisir de la découverte. Les fragilités psychologiques risquent alors de s’accentuer si l’on mise tout sur un seul numéro et que l’on échoue…

Comment faire, alors, pour bien travailler sans pour autant négliger la notion de plaisir ? À la manière de la prescription "bougez plus, mangez mieux", présente dans les publicités, il pourrait être bon de lancer une campagne nationale du type "pas d’effort sans confort".

Car le plaisir fait partie intégrante de l’apprentissage : un bon film aide à réviser un exercice de maths et un opéra peut parfaitement venir alimenter une dissertation de philo. Alors, c’est d’accord, tu reprends le piano ?

Retrouvez le pédopsychiatre Marcel Rufo dans l’émission "Allô Rufo", sur France 5 tous les jours de la semaine à 10h05 et sur letudiant.fr.

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