1. Marcel Rufo : tricher

Marcel Rufo : tricher

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Régulièrement, le pédopsychiatre Marcel Rufo vous donne des conseils sous la forme d’un courrier au petit-fils ou à la petite-fille que vous pourriez être pour lui.

Tout le monde en a eu envie : quelques formules de maths écrites sur la trousse à stylos, des petits papiers soigneusement pliés enfoncés dans les poches, et maintenant, sur le portable, la possibilité d’explorer de manière encyclopédique les sujets proposés. Tout cela est en somme de la tricherie ordinaire pour lutter contre la crainte de l’échec, ressentie et redoutée par chacun d’entre nous.

Mais en même temps, on en perçoit la dérive : "l’exploration sur la Toile" est indiscutablement une escroquerie contre la mémoire. De même, le désir de connaître à l’avance le sujet n’est pas loin de nécessiter une sanction juridique, tant pour le bénéficiaire que pour celui ou celle qui le dévoile.

Les racines de la tricherie sont sans doute le socle de la construction de la confiance en soi. Qui n’a pas rêvé de faire tourner un dé pour un chiffre plus favorable, ou bien de stocker dans ses mains les cartes maîtresses d’un jeu de cartes préféré ? Le petit garçon va raconter les exploits qu’il n’a pas réalisés et la petite fille ment, en trichant, pour mettre en scène les rencontres merveilleuses qu’elle recherchera toute sa vie.

Pour devenir soi, il faut un coup de pouce du destin, et comme l’on sait que le hasard est volage, on veut toujours l’aider en trichant un peu. Nous sommes souvent outrés par le népotisme, les filiations facilitantes, et cela aggrave encore les possibilités de transgression. Tricher serait alors simplement réparer une injustice ou un favoritisme dû aux origines sociales.

Mais il faut cesser de justifier ces attitudes. En effet, la réussite volée par la supercherie de tricherie va hypothéquer durablement, voire définitivement, la construction de l’estime de soi. Quel plaisir y aurait-il à réussir une épreuve avec des sujets connus ? Quelle joie serait possible d’un succès entaché par une escroquerie ?

Tricher est un mode de développement très archaïque, sans doute nécessaire au jeune enfant pour vaincre la peur de grandir et d’évoluer. Mais elle est aussi un aveu de faiblesse, de doute de soi et de confirmation de ses failles et de ses inaptitudes. Supprimer de son esprit l’idée de tricher est donc en soi un signe majeur d’évolution vers sa propre autonomie. Il faut se construire dans les épreuves, les difficultés et même au travers des échecs, afin d’ajouter une pièce à l’édifice de sa personne. Tricher, c’est pour les petits. S’en affranchir, c’est devenir grand.

Retrouvez le pédopsychiatre Marcel Rufo dans l’émission "Allô Rufo", sur France 5 du lundi au vendredi à 10h00, et sur letudiant.fr
Sommaire du dossier
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