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Sciences po : bilan mitigé des 10 ans des Conventions éducation prioritaire


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V.Tiberj (à gauche) R.Descoings (au centre)
V.Tiberj (à gauche) R.Descoings (au centre)

Après 10 ans d’existence pour les CEP (Conventions éducation prioritaire), Richard Descoings, directeur de Sciences po, a tiré le bilan, mardi 6 septembre 2011, de ce dispositif d’ouverture sociale qui avait provoqué la polémique, dès sa création en 2001.

Depuis leur création, 860 étudiants sont entrés à l’IEP par cette procédure spécifique, qui concerne 85 lycées partenaires (contre 7 au départ). Un dispositif qui est monté en puissance en même temps que le nombre d'étudiants de l'institut : 17 étudiants ont intégré l'institut via les CEP en 2001, 130 en 2011 (soit 10% d'une promo de 1ere année).

Première question à laquelle Vincent Tiberj, chercheur à l’IEP, a tenté de répondre avec une étude intitulée "Sciences Po, dix ans après les Conventions éducation prioritaire" : les étudiants passés par les CEP sont-ils des diplômés qui s'insèrent comme les autres, dans le monde du travail ?

Une insertion professionnelle aussi bonne que les autres...

Sur ce point, "on nous attendait au tournant", sourit le directeur. Et c'est un succès : ces diplômés suivent le même parcours d’insertion que les autres, rapide et avec la même qualité concernant le type d’emplois obtenus, détaille l'étude maison.

Deux nuances intéressantes à noter : ces diplômés sont plus nombreux à rejoindre le secteur privé. Seuls 10 % d’entre eux s'insèrent dans la fonction publique, contre 26% pour l'ensemble des jeunes diplômés. Le risque que représente la préparation aux concours de la fonction publique, et l’année supplémentaire d’étude souvent nécessaire, peuvent expliquer cette différence.
Autre constat : leur salaire est … supérieur à celui des autres diplômés (salaire médian net mensuel: 2500 € contre 2200€) ! Attention : un chiffre à nuancer étant donné que les diplômés CEP interrogés sont, pour une part d'entre eux, depuis plus longtemps sur le marché du travail que l'ensemble des étudiants (promo 2009) auxquels ils sont comparés.

... mais une démocratisation de l'IEP très limitée

C'est à un autre niveau que la procédure CEP obtient un résultat mitigé : concernant la démocratisation du recrutement d'une grande école comme Sciences po.

Même si le nombre de boursiers a fortement progressé en 10 ans (6% à 26%), et si la voie d'entrée CEP est bien la plus ouverte socialement (24% des admis par cette voie sont des enfants d'ouvriers, 20% des enfants d'employés, contre au maximum respectivement 6% et 15% pour les autres voies d'admission), cela n'a pas suffit à renouveler profondément l'origine sociale des étudiants de l'IEP, qui restent très majoritairement issus des milieux sociaux les plus favorisés (68%).

Un blocage qui s'explique par plusieurs biais sociaux, comme le profil très "upper class" des candidats aux autres voies d'admission de l'IEP, ou encore le caractère discriminant socialement du concours.

Pour ouvrir socialement les grandes écoles, "nous n'en avons pas fini avec la réflexion", conclut Vincent Tiberj.

Lire aussi

- L'étude Sciences Po, dix ans après les Conventions Education Prioritaire (PDF - par Vincent Tiberj, docteur en science politique, chercheur au Centre d’études européennes de Sciences po)

- La biographie de Richards Descoings, directeur de Sciences po

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