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Polytechnique sous pression

Céline Authemayou
Publié le
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Un élève de l'École polytechnique, lors de la commémoration de l'armistice, le 11 novembre 2013
Un élève de l'École polytechnique, lors de la commémoration de l'armistice, le 11 novembre 2013 // ©  Christophe Guibbaud / pool / REA

Depuis plusieurs années, l’École polytechnique essuie les tirs nourris de certains acteurs du monde politique, désireux de réformer cette "vieille" institution. Dernier épisode en date, le lancement fin décembre 2014 d’une mission confiée par le Premier ministre à Bernard Attali. L'économiste a six mois pour rendre ses conclusions et, surtout, fournir au gouvernement des propositions de réforme.

Une "formation d'élites au service de la Nation." Dans la lettre de mission envoyée le 26 décembre 2014 à Bernard Attali, Manuel Valls résume par cette expression le caractère singulier de l'École polytechnique. La vénérable institution, créée en 1794 et pourvoyeuse d'une bonne partie de la fine fleur de l'économie française, garde son aura et son prestige. Ces derniers ne sont pas remis en question. Mais elle doit se réformer et se repositionner pour mieux répondre aux enjeux actuels, estiment certains.

La mission confiée à l'ex-PDG d'Air France et énarque – et non polytechnicien – est une première réponse au rapport parlementaire présenté le 30 septembre 2014 par François Cornut-Gentille. Dans un texte de 40 pages, le député UMP de la Haute-Marne et rapporteur du budget de la Défense reprochait à l'État de n'avoir mené aucune réflexion globale sur le rôle de l'école depuis plus de quarante ans. "Il est temps de redéfinir l'apport de Polytechnique à l'État, confiait-il à EducPros en septembre 2014. Il faut se poser la question de sa mission, car l'État y investit environ 75 millions d'euros par an et l'école est reliée à la DRH de la DGA. Aujourd'hui, sur une promotion de 400 élèves, il y a un diplômé tout au plus qui intègre les forces armées, et une quinzaine deviennent ingénieurs de l'armement. L'école a désormais des débouchés multiples, ce qui réduit son ambition." Et le député de remettre clairement en cause la tutelle Défense de l'établissement.

Pendant ce temps, l'X poursuit sa route

Attendues au cours du premier semestre 2015, les propositions de Bernard Attali viendront conclure un cycle de trois années difficiles pour Polytechnique sur le plan politique. Après une première alerte en 2003, la Cour des comptes publiait en 2012 une mise en garde sévère et sans appel, pointant du doigt une mauvaise gestion administrative. Un an plus tard, François Cornut-Gentille entamait son travail d'analyse, alors même que l'école présentait sa nouvelle stratégie, incarnée par Jacques Biot, nouveau président exécutif issu du monde civil – une première pour l'X.

Car, face à tous ces rapports à charge émis depuis plus de trois ans, on en viendrait presque à oublier que, pendant ce temps-là, Polytechnique poursuit sa mission. Las de se justifier sans cesse sur sa gestion, l'établissement a décidé de passer en phase silencieuse, pour se concentrer sur son développement. Après avoir revu son cursus ingénieur pour y renforcer la place de la recherche, l'école donne une place de choix à l'entrepreneuriat et à l'innovation, en misant sur la formation continue, symbolisée par le programme Stanford Ignite, inauguré en 2013. Quant à sa fondation, elle va entamer une deuxième campagne de levée de fonds. Signe que l'école n'attend pas les décisions politiques pour dessiner son avenir.

La "pantoufle" dépoussiérée depuis la rentrée 2014
S'il est bien un dossier qui a cristallisé toutes les tensions au cours de ces dernières années, c'est celui de la "pantoufle". Les diplômés de l'X, rémunérés durant leurs études en leur qualité d'officiers sous contrat doivent à l'État dix années de service. Ceux qui rejoignent le secteur privé, les "pantouflards", se voient alors dans l'obligation de rembourser la somme perçue durant leur scolarité, soit environ 31.000 €. Depuis bon nombre d'années, et à la suite de la réforme de la scolarité intervenue en 2000, ce dû n'était plus réclamé aux diplômés.

Suite aux nombreuses levées de boucliers – dont celles de la Cour des comptes et du député Cornut-Gentille –, l'école a décidé de devancer le décret à paraître sur le sujet : désormais, les pantouflards devront bel et bien rembourser la somme perçue. Ce changement, voté par le conseil d'administration de l'école en 2013, s'applique à partir de la promotion entrée en septembre 2014 (X2014), comme le stipule le document mis à la disposition des candidats sur le site web de l'école. De quoi calmer les esprits.
Polytechnique, du statut d'EPA à celui d'EPSCP ?
C'est l'un des axes d'étude évoqués par Manuel Valls dans sa lettre de mission à Bernard Attali. Le Premier ministre souhaite que l'économiste étudie "l'intérêt de faire évoluer le statut de l'École polytechnique vers celui d'EPSCP (établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel) – grand établissement, et l'impact qu'une telle orientation aurait, en particulier, sur la tutelle de l'établissement".

Une demande qui paraît anachronique puisque, le 19 janvier 2015, était présenté au Cneser (Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche) un projet de décret relatif à l'organisation et au régime administratif et financier de l'École polytechnique traitant justement du changement de statut de l'X, aujourd'hui EPA (établissement public à caractère administratif). Le texte a obtenu 13 voix pour et 13 voix contre.

Céline Authemayou | Publié le

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