Newsletter

À l'Essec, les étudiants aussi construisent les cours

Cécile Peltier
Publié le
Envoyer cet article à un ami
L'opération Build your own course à l'Essec.
L'opération Build your own course à l'Essec. // ©  Jean-Michel Sicot

Associer les étudiants au choix puis à la construction complète de plusieurs cours. C'est l'expérience enrichissante, mais périlleuse, à laquelle se livre actuellement l'Essec dans le cadre de l'opération "Build your own course".

Impliquer les étudiants dans la construction d'un cours, quitte à bousculer la sacro-sainte autonomie de l'enseignant ? C'est le pari que s'est lancé l'Essec, dans le cadre de l'opération "Build your own course" (BYOC) – en français "Imagine et construis ton cours" – mise en place en février 2015 auprès des étudiants de M1 du programme grande école.

Déclinaison concrète de la nouvelle stratégie de "design learning" défendue par l'école, l'opération devait permettre d'intensifier les synergies entre recherche et pédagogie et d'impliquer davantage les élèves dans la vie de l'école. Sur la base de ce cahier des charges, Xavier Pavie, professeur à l'Essec et concepteur du projet, a imaginé un dispositif participatif original en trois étapes, inspiré de certaines procédures de l'Imagination Week dont il est aussi directeur.

11 professeurs volontaires sur 140

Au mois de février 2015, 11 professeurs volontaires sur les 140 permanents sollicités ont pitché en six minutes et 20 slides le résultat de recherches qu'ils voulaient transformer en cours. Ils se sont ensuite prêtés à l'évaluation de tous les étudiants du programme grande école dont ils ont écouté les propositions de modifications. Ils disposaient alors de 24 heures pour intégrer ces remarques et rédiger un plan de cours. Les 11 projets ont ensuite été soumis au vote des élèves. Les six propositions arrivées en tête ont été retenues pour être transformées en SPOC (Small Private Online Courses) puis en MOOC. 

Une soixantaine d'élèves se sont portés volontaires dans le cadre d'une UV (unité de valeur) de recherche, pour participer à l'aventure aux côtés des professeurs concernés. Chaque enseignant est libre d'organiser le travail à sa guise. Avant de se lancer dans l'élaboration à proprement parler de son cours "Looking failure in the eyes", Fabrice Cavarretta, professeur de management et d'entrepreneuriat, a pris deux semaines pour tester la motivation des étudiants et cadrer les choses. "Cela permet de leur éviter de passer un mois à réfléchir dans le vide."

Des propositions novatrices ?

Chaque étudiant a reçu un canevas avec huit grandes thématiques et les "artefacts pédagogiques" qu'ils devront produire pour chacune d'elles : un pack de slides qui constitue le matériau du cours, une étude de cas et sa note explicative, un extrait de film potentiellement, et/ou un exercice ou un test. "On refait le point dans trois semaines, et si d'ici là un thème que je n'aurais pas identifié émerge, il sera toujours temps de l'intégrer au cours", poursuit Fabrice Cavarretta. Des rendez-vous physiques ou par webcam pour ceux qui sont loin sont prévus toutes les trois semaines. Entre-temps, les étudiants devront lire, et se mettre dans la peau du prof. Un sacré challenge qui, espère Fabrice Cavarretta, devrait déboucher sur des propositions novatrices.

Un peu plus avancé dans le projet, Xavier Pavie, en charge avec Laurent Bibard d'un cours sur le transhumanisme, mesure déjà l'apport des élèves : "Ils ont proposé que la première partie du cours sur l'histoire du transhumanisme et les mythes soit composée d'extraits de films, alors que je serais sans doute passé par un biais un peu plus scolaire, peut-être un peu plus ennuyeux", confie l'enseignant.

L'enseignant est quelqu'un de spontanément assez solitaire.
(X. Pavie)

renverser les rôles prof-élève

Aussi riche soit-elle, cette expérience, qui renverse les rôles traditionnels prof/élève, ne va pas de soi. "L'enseignant est quelqu'un de spontanément assez solitaire, et lorsqu'il construit son cours, il a une idée précise d'où il veut aller, reconnaît Xavier Pavie. Là, il faut réussir à intégrer les perspectives des étudiants, et ce n'est pas évident. En salle de cours vous pouvez botter en touche, là il faut aller jusqu'au bout du processus..."

D'autant que les étudiants non plus ne sont pas habitués à cette posture de concepteur : "D'habitude, c'est le professeur qui se pose en 'sachant'. On doit leur montrer qu'ils sont libres, pour qu'ils le deviennent vraiment", poursuit l'enseignant. Plus qu'un simple animateur, le professeur est aussi un véritable "décrypteur" : "Nous avons pour mission de questionner les partis pris des étudiants et de les aider à prendre de la hauteur, à poser les limites." Car  le professeur reste garant du résultat. "C'est lui qui va donner le cours et il doit être fondamentalement à l'aise avec ce que les élèves produisent", remarque Fabrice Cavarretta. Des élèves que ce travail aide à prendre conscience du processus intellectuel à l'œuvre lorsqu'un professeur prépare son cours : "Ce pourrait être intéressant que tous les étudiants se prêtent un jour au jeu, cela leur permettrait peut-être de mieux profiter des cours qui leur sont proposés", poursuit l'enseignant.

Une chose est sûre : l'expérimentation n'en est qu'à ses débuts. L'école de commerce prévoit en effet de décliner la démarche dans l'ensemble de ses programmes en l'adaptant aux différents publics. Prochain sur la liste : le BBA Essec.


Cécile Peltier | Publié le

Vos commentaires (0)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires