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À la recherche des docteurs en gestion

Jean-Claude Lewandowski
Publié le
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Reims management school // DR
Reims management school // DR

Les jeunes docteurs en gestion n'ont pas de mal à trouver un emploi, que ce soit dans le monde académique ou dans les entreprises. Et la demande devrait encore croître dans les prochaines années, selon une étude récente de la FNEGE. Décryptage.

Les institutions françaises forment un peu plus de 360 docteurs en gestion par an. Soit, en moyenne, un par jour. C'est autant qu'en économie, mais deux fois moins qu'en droit. Est-ce suffisant pour répondre aux besoins ? Que deviennent ces docteurs ? Se dirigent-ils vers le monde académique ou vers les entreprises ? Et combien partent à l'étranger ? Bref, comment s'insèrent-ils ? C'est pour répondre à ces questions que Sébastien Point, professeur à l'EM Strasbourg et coordinateur de l'Observatoire des thèses de gestion, vient de réaliser une étude publiée par la FNEGE. Un travail qui passe en revue sept idées reçues sur le sujet, en se fondant sur l'examen des trois dernières promotions (2009, 2010 et 2011).

Le principal enseignement de l'étude est plutôt rassurant : pour l'essentiel, les docteurs en gestion trouvent sans trop de mal un emploi, même s'il s'agit parfois de postes précaires. Seuls 3 % éprouvent réellement des difficultés, contre environ 10 % pour l'ensemble des docteurs. "Par rapport à d'autres disciplines, nous sommes assez bien lotis, note Sébastien Point. En général, chacun finit par trouver sa place. Il n'y a pas de sureffectif." Les nombreux départs à la retraite prévus et une très forte demande au plan mondial font même craindre une pénurie.

Fuite des cerveaux : un diagnostic à nuancer

Pour le reste, l'étude apporte plutôt des confirmations. Oui, la thèse en gestion débouche le plus souvent (dans 75 % des cas) sur une carrière d'enseignant et/ou de chercheur. Seuls 24 % des docteurs diplômés ces trois dernières années ont choisi de travailler en entreprise ou, plus rarement, à leur compte, comme consultants ou autoentrepreneurs.

Oui également, la fuite des cerveaux concerne aussi les docteurs en gestion : 32 % partent travailler hors de France. Mais, en réalité, beaucoup d'étrangers retournent dans leur pays d'origine une fois leurs études dans l'Hexagone achevées. La Tunisie a ainsi accueilli 69 docteurs, le Liban, 31, le Maroc, 22. Les véritables expatriations ne représenteraient que 3 % de l'échantillon.

concurrence entre grandes écoles et universités

Sébastien Point - DRLes écoles constituent le premier débouché des jeunes docteurs : elles ont accueilli 62 % de ceux qui ont opté pour une carrière académique, contre 38 % pour les universités. Une tendance qui s'explique avant tout par des rémunérations bien plus attractives dans les écoles. Sur les trois dernières années, quatre d'entre elles ont attiré 10 % des docteurs qui ont choisi la carrière académique en France. Il s'agit de Reims Management School (14 recrutements), du groupe Inseec (13 embauches), de Sup de co Montpellier et de SKEMA (10 chacune). "Sur le marché des docteurs en gestion, écoles et universités se retrouvent en concurrence, constate Sébastien Point. Mais on observe aussi des allers-retours fréquents entre les unes et les autres."

Des docteurs peu mobiles

Surtout, l'auteur pointe la faible mobilité géographique des docteurs. Nombre d'entre eux sont recrutés par leur université d'origine et cherchent à rester dans leur ville ou leur région. Certains effectuent ainsi toute leur carrière au même endroit. Bien peu font l'effort d'acquérir une expérience internationale. "Beaucoup de docteurs en gestion sont très attachés à leur établissement d'origine et à des réseaux qu'ils connaissent bien", indique le chercheur.

Malgré l'éclairage apporté par cette étude, certaines zones d'ombre subsistent. Le nombre de thèses Cifre, par exemple, reste une inconnue. Idem pour les thèses en cotutelle ou la nationalité des docteurs en gestion... "Sur de nombreuses questions, les données font défaut, ou se contredisent selon les sources, reconnaît Sébastien Point. Il est difficile d'obtenir des informations précises et fiables..."

Le chantier est donc loin d'être achevé. Les sciences de gestion ne sont d'ailleurs pas les seules à souffrir de cette opacité : le consortium ParisTech s'est ainsi rapproché de la FNEGE afin d'engager une étude similaire pour les docteurs en sciences, en s'inspirant de sa démarche.

Pierre-Louis Dubois (FNEGE) : "Nous sommes en situation de pénurie"
Pierre-Louis Dubois, délégué général de la FNEGE, réagit à l'étude sur l'insertion des docteurs en gestion.

Pierre-Louis Dubois - FNEGE - DRQuels enseignements tirez-vous de cette étude ?

C'est un très gros travail, sur un domaine qui était très peu renseigné jusqu'à présent. J'observe d'abord que la plupart des docteurs en gestion trouvent un emploi. Beaucoup d'autres disciplines connaissent une insertion bien moins favorable.
Nos institutions recrutent de nombreux enseignants-chercheurs venus de l'étranger. Cela montre qu'elles sont ouvertes sur l'extérieur, qu'elles ne fonctionnent pas en vase clos. Mais il faut aussi que nos docteurs en gestion puissent s'expatrier. Et cela n'est possible que si nous en formons un nombre suffisant...

Combien faudrait-il former de docteurs en gestion chaque année, selon vous ?
Nous ne sommes pas encore en mesure de répondre à cette question, même si l'étude nous permet d'y voir plus clair. Environ 19 % des étudiants français sont inscrits en sciences de gestion, dans les universités ou les écoles. Nous devons leur offrir une formation de bon niveau, avec un encadrement suffisant. Or, de nombreuses offres d'emploi ne sont pas satisfaites. Nous sommes en situation de pénurie, cela ne fait aucun doute. Sans compter que l'on observe parfois un décalage entre les attentes des entreprises et les disciplines ou les champs de recherche étudiés. Sur des sujets comme le vieillissement de la population et ses conséquences, il y a de fortes demandes, par exemple...

La FNEGE va-t-elle prendre des initiatives, et lesquelles, à la suite de cette étude ?
Nous avons déjà lancé plusieurs projets. Le premier, auquel je crois beaucoup, est le développement du doctorat en apprentissage. L'objectif est d'avoir des doctorants plus présents dans les entreprises. Nous lançons aussi un programme de "post-doc" à l'international : l'idée est d'envoyer de jeunes docteurs pour six mois dans une université à l'étranger, en liaison avec leur institution d'origine et une entreprise. Pour l'heure, nous avons une dizaine de bourses. L'idéal serait d'arriver à une trentaine par an. Un autre projet consiste à dresser un état des lieux des attentes des entreprises vis-à-vis du monde académique. Enfin, nous allons présenter bientôt une étude sur le corps professoral.

Jean-Claude Lewandowski | Publié le

Vos commentaires (6)

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YESSOUFOU.

Je suis un Doctorant en Gestion à la recherche d'un groupe d'échange en ligne (forum) afin d'élargir mes connaissances Merci

louloute.

C'était sans doute vrai il y a un an ou deux. Le doctorat en gestion est désormais en passe de devenir une filière précaire et bouchée. Je ne compte pas les anciens doctorants qui dans ma promo, qui deux ans après avoir soutenu enchainent les vacations: en 2014 il y a seulement 1 poste pour 2 qualifiés en gestion et une file d'attente qui commence à se former aux portes du premier poste. Idem en école de commerce où les profils demandés sont de plus en plus exigeants. Et même lorsque l'on décroche le Graal, la pression à la publication y est absolument démentielle. Le système arrive à un point de rupture, la crise va avoir lieu. Je conseille à tous les futurs docteurs d'y réfléchir à deux fois avant de se lancer dans l'aventure.

loulou.

Ma foi, un bel exemple de comment on peut tout faire dire aux chiffres...certes, il est vrai, il manque cruellement en France de docteur "extra-terrestre", à savoir ceux qui, bravant une préparation au doctorat souvent fort défectueuse ( directeur de thèse absent ou incompétent, école doctorale réduite à quelques formations et réunions où l'on vous intime l'ordre " vous devez absolument, nécessairement publier"), peuvent désormais répondre à tous les critères présents dans les offres de MCF ou de postes en école, sans trembler devant le jury, à savoir: publier dans les revues internationales ( au moins deux articles, tant qu'on y est : en quatre ans de thèse, facile ! ) , avoir donné des cours dans un maximum de matière et à tous les niveaux, en anglais, mais aussi bientôt en allemand, espagnol ou chinois, avoir encadré des stages, avoir développé de nouvelles pratiques numériques, savoir gérer une équipe, j'en passe et des meilleures! et là encore, si on arrive à trouver ce genre de personnes, en effet, il va être difficile de la motiver pour aller gagner le salaire d'un MCF...elle préférera partir à l'étranger! Personnellement, je suis dans le milieu depuis une dizaine d'année, j'ai vu des dizaines d'amis galéré ou avoir galéré pour trouver le fameux sesame , à savoir le poste. Au hasard : -deux prix du meilleur papier dans une grande conférence nationale, qui n'ont eu leur poste qu'après deux tours de France, et cela il y a dix ans ... et l'histoire montre qu'ils étaient loin d’être mauvais, vu ce qu'ils sont désormais : l'un est HDR , grace à de multiples publications, et l'autre a publié, grace à une très bonne thèse, dans deux bonnes revues francaises... et je peux vous assurer que ce premier echec d'une campagne de candidature, dix ans après, leur a laisse des cicatrices indélébiles -un prix de la meilleure thèse dans sa discipline, qui n'a rien obtenu après un premier tour de France, et qui au dernière nouvelle, est dans une petite école, qui visiblement, est loin de favoriser l'activité de recherche - un ami, lui aussi, suite à sa thèse, une première publi dans une bonne revue, puis une dans la meilleure revue en France : rien au premier tour de France des postes de Maitre de conférence, puis un poste en école -deux amis, deux bonnes thèses, avec à chaque fois une petite publication francaise (difficile de viser la catégorie A anglo saxonne quand on fait sa thèse en France, à moins d'etre excellent ) : un poste à l'arraché, lors de leurs derniers entretiens, et après un tour dans France sur tous les postes en France .... Certes j'ai bien connu quelqu'un qui avait eu le choix entre 5 postes...mais c'est l'exception... et je ne compte pas ceux qui n'ont pas été qualifiés, ceux qui ont arrêtés en route, ou les qualifiés qui n'ont jamais trouvé de poste. Et c'est vrai, la pression mise sur les doctorant est incroyable : vous êtes depuis 6 mois en thèse, et l'on vient vous expliquer qu'il faut absolument publier , rapidement, alors qu' à 6 mois de thèse, vous n'avez en général ni terrain de recherche, ni problématique bien définie.... et une publication, c'est si tout va bien, du début de la récolte des données à l'acceptation finale après les deux ou trois tours de révision, deux ans... une thèse dure quatre an : comment peut on avoir ne ce serait ce dans ce cas que deux articles, à moins d’être un génie et de n'avoir aucune vie familiale? Les chiffres il faut quand même alors en parler : l'année dernière, 98 postes de MCF en gestion...230 qualifiés ( et plus de 400 demandes de qualifications!!) : comment oser parler de pénurie dans ce cas.... cela fait dix ans qu'on dit qu'il va y avoir des postes... alors peut etre que le flux entrant diminue enfin, mais il faudra absorber les gens en attente... j'ai aussi en tête trois docteurs, auteurs de bonnes thèses en comptabilité controle audit, domaine que l'on présente souvent comme en tension... or malgré un bon dossier, avec publications, aux dernières nouvelles, ils sont à plus de trente ans, seulement vacataires !!! nous enseignons tous les jours à des gens, qui, en faisant un peu d'effort, arriveront rapidement à la fin de leurs études, à bien gagner leur vie , à avoir un poste stable, à construire leur vie privée, et nous, nous devons attendre d'avoir plus de trente ans avant de pouvoir signer un CDI... Enfin dernier souci: l'ultra giga spécialisation des postes : on ne vous demande jamais d’être spécialiste de GRH, marketing, stratégie, mais de gestion de la diversité, de marketing agro alimentaire, ou de stratégie des entreprises sportives.. le plus ciblé comme poste que j'ai vu était le contrôle de gestion public avec un focus sur le controle des associations par les petites mairies ou quelque chose comme cela...et donc sur chaque poste, quel que soit votre niveau, tant bien même vous avez deux publis internationales, si vous n'êtes pas pile dans le champ recherché, vous pouvez toujours essayer, mais c'est perdu! Bien évidement, les postes très ciblés signalent en général un candidat local, mais pas toujours...car certes, les candidats sont souvent recrutés dans leur faculté d'origine, mais c'est aussi parce qu'ils n'ont pas le choix !!!! le problème est plutot que bien souvent, seuls quelques uns ont cette chance, pour la majorité des doctorants, c'est souvent: tu es bien gentil, tu as fini ta thèse, maintenant va chercher ailleurs un poste, merci ! Donc voila. après une thèse moyenne, fait dans des conditions loin d'etre optimales, et loin de correspondre à ce que sont capables faire les fameux anglo saxons (si l'on veut les concurrencer, il faut être pret à mettre le prix, au moins mieux encadrer les doctorants) , j'ai trouvé, au bout de trente six candidatures, sur différents postes plus ou moins liés à la recherche, à trouver quelque chose se rapprochant d'un poste de MCF qui me va néanmoins comme un gant ... je resterai de toute façon toute ma vie dans ce milieu, donc on verra bien si la pénurie se produit, j'en serai le premier ravi!!! a bientôt alors! Mais pour l'instant , sans grande publi, je reste ou je suis : inimaginable de retourner devant un jury de recrutement pour qu'on se moque de moi!

Lousogoth.

Aujourd'hui il faut parler anglais couramment, faire de la recherche dans les plus grandes revues américaines, enseigner en français et en anglais, connaitre les accréditations, faire de l'ingénierie pédagogique en relation avec les évolutions du secteur (les MOOC,...), avoir une culture internationale et un réseau international, savoir travailler en équipe, avoir une expérience en entreprise pour asseoir sa légitimité... => un mouton à 5 pattes. Pas si facile que ça !

Lousogoth.

j'ai un doute sur les résultats. J'étais enseignant-chercheur en gestion, j'ai dirigé des programmes de formation dans des ESC et je suis pourtant en recherche d'emplois depuis plusieurs mois. Les postes sont souvent des vacations ce qui rend la situation précaire, les exigences sont de plus en plus fortes au regard de la mondialisation de nos ESC. Nous sommes en concurrence avec une main d'oeuvre internationale bien mieux armées que nous en anglais. Aujourd'hui il f

Alain.

La poursuite d'étude en doctorat me passionne énormement. Par contre ya -il une chance de le faire à distance??. Ce serait une bonne chose...

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