A Versailles, un campus d’excellence dédié aux métiers d’art et du patrimoine

Florian Dacheux
Publié le
Envoyer cet article à un ami
A Versailles, un campus d’excellence dédié aux métiers d’art et du patrimoine
A l’horizon 2025, la Grande Écurie du château accueillera près de 8.000 apprenants. // ©  Florian Dacheux
Mis en œuvre par l’académie de Versailles et CY Cergy Paris Université, le Campus Versailles s’érige peu à peu en "un site d’excellence" dédié aux métiers d’art et du patrimoine. Décryptage à l’heure où le projet pilote vient d’être lancé au cœur de l’écrin royal du Château de Versailles.

Chef-d’œuvre de l’art français mondialement connu, le château de Versailles aborde un nouveau virage dans sa riche histoire, à travers l’accueil d’un campus labellisé d’excellence et dédié à la transmission des savoir-faire dans les domaines du patrimoine et de l’artisanat, le Campus Versailles.

A l’horizon 2025, la Grande Écurie du château accueillera en effet ce "Harvard du Pro" ainsi baptisé par le ministre Jean-Michel Blanquer. "Le projet est né en avril 2019 au lendemain de l’incendie de Notre-Dame, affirme Charline Avenel, la rectrice de l’académie de Versailles. Alors que le ministère s’engageait dans le même temps dans la revalorisation de la voie professionnelle, toutes les conditions étaient réunies pour exploiter la Grande Écurie comme terrain d’apprentissage."

Les "Harvard du pro" : une première vague de 23 campus labellisés"

Une première année tremplin pour le "Harvard du Pro"

Après avoir mené des actions hors les murs depuis deux ans, des actions pédagogiques ont été mises en place depuis mars dernier à l’instar des "lundis de la voie professionnelle" conçus pour favoriser l’orientation des collégiens, des ateliers pour les lycéens dans le cadre des "vacances apprenantes" ou encore des chantiers pédagogiques tels que la rénovation de la coupole du Lycée Henri IV à Paris.

Toutes les conditions étaient réunies pour exploiter la Grande Écurie comme terrain d’apprentissage. (C. Avenel, académie de Versailles)

Depuis la mi-octobre, une soixantaine d’élèves en formation initiale post-bac expérimente d’ores et déjà de nouveaux formats dans un espace de 900m2 situé dans le pavillon de tête de l’aile de Paris de la Grande Écurie. Au sein de ce pilote du futur campus, les apprenants (500 à 1.000 jeunes sur 2021–2022) suivent une année tremplin avec trois parcours transversaux, validés par un bac+1, d’initiation aux métiers de l’artisanat et du patrimoine : le DU "De la forêt au salon : vers les métiers du bois", le DU "De la terre à la table : vers les métiers de la gastronomie" et le DU Patrimoine bâti.

Le diplôme universitaire "les métiers du bois" accueille déjà ses premiers apprenants. // © Florian Dacheux
Le diplôme universitaire "les métiers du bois" accueille déjà ses premiers apprenants. // © Florian Dacheux

La rentrée a également vu la création d’une formation complémentaire dédiée au métier de plâtrier dans le patrimoine, conçue en partenariat avec les professionnels de l’Union des métiers du plâtre et de l’isolation.

Une pédagogie active dans un environnement pluridisciplinaire du patrimoine et de l'artisanat

"Ce campus s'adresse aux jeunes qui ne savent pas ce qu'ils veulent faire et qui ont besoin d'avoir un contact avec ces métiers pour savoir qu'ils existent, explique Armelle Weisman, la directrice du campus. Et cela s'adresse aussi aux jeunes qui ont commencé à apprendre ces métiers et qui veulent ouvrir leurs horizons."

Au tour de Lionel Romier, le directeur adjoint en charge de la pédagogie, d’ajouter : "Il s’agira d’une pédagogie active dans un environnement pluridisciplinaire. L’objectif est d’expérimenter, de mixer les cultures, de voir comment un ébéniste peut travailler avec un architecte. L’orientation en voie pro est devenue prioritaire et le fait qu’ils vont se déplacer sur différents points en fonction du programme de la semaine va beaucoup compter."

L’objectif est d’expérimenter, de mixer les cultures, de voir comment un ébéniste peut travailler avec un architecte. (L. Romier, campus d'excellence)

Pour ce faire, le Campus Versailles s’appuiera sur un réseau de plus d’une centaine de partenaires, tels que CY Cergy Paris Université et ses licences professionnelles, Paris Saclay SQY, l’École hôtelière de Versailles, l’École nationale supérieure du paysage de Versailles et l'École nationale supérieure d’architecture de Versailles. Sans oublier un large panel de laboratoires, centres de recherche, CFA et lycées professionnels franciliens de Montrouge à Poissy en passant par Cormeilles-en-Parisis.

"On nous surnomme souvent Oxford sur Oise, c’est donc bien normal de travailler avec le "Harvard du Pro", plaisante François Germinet, le président de CY Cergy Paris Université. La professionnalisation, c’est dans l’ADN de notre université. Voici plus de dix ans que nous développons un axe fort autour des arts et du patrimoine avec nos écoles associées. Il s’agit d’un secteur en mutation et ce nouvel écosystème va créer des passerelles."

Les écoles d'art structurent leur recherche de mécénat

Cinq filières clés en fort besoin de main d’œuvre

Ce campus est ouvert aux jeunes à partir de 16 ans puis en formation initiale ou continue dès l’âge de 18 ans, pour des formations allant du CAP jusqu’au doctorat. Pensé comme un lieu de vie où pourront s’organiser nocturnes et hackathons, il s’étendra sur 6.000 m² d’ici 2025 dans l’intégralité des ailes de Paris et de Saint-Cloud.

Autour de la galerie des Carrosses et de l’Académie équestre de Bartabas, plateaux techniques, espaces de formations, de coworking et d’exposition vont prendre place au service de cinq filières clés en fort besoin de main-d’œuvre : le patrimoine bâti, les métiers d’art et du design, le paysage et l’horticulture, la gastronomie, et les métiers du tourisme.

Il s’agit d’un secteur en mutation et ce nouvel écosystème va créer des passerelles. (F. Germinet, CY université)

"L’idée est de déployer un dispositif favorisant les rencontres, comme le prouve notre partenariat avec CYU, précise la rectrice Charline Avenel. On hybride nos forces pour donner un nouveau souffle à ces métiers confrontés à la raréfaction des talents et aux enjeux des transitions écologique et numérique. Il s’agit d’une montée en puissance progressive d’un tiers lieu inédit où les artisans du château seront mobilisés aux côtés de nos jeunes."

CY Cergy Université, un modèle singulier d'université en construction

Ouverture à l’international

Quant au Parc et au château, ils représenteront des terrains de travaux pratiques, avec notamment la fontainerie d’art et les espaces paysagers. Le Potager du Roi sera le site de formation aux métiers de l’horticulture. La Petite Écurie sera, quant à elle, utilisée par les ateliers d’ébénisterie et de dorure, et les ateliers de restauration du Centre de recherche et de restauration des musées de France.

"L’enjeu est de faire connaître ces métiers, d’avoir un impact sur les jeunes et leurs familles, d’attirer des adultes en reconversion, conclut Charline Avenel. Il s’agit de métiers passionnants et exigeants qui doivent être vus comme d’excellence avec débouchés. Nous déploierons de manière conséquente le mentorat et les Summer Shools."

A terme, le campus vise à former 200 à 300 jeunes par semaine soit 8.000 apprentis par an. De quoi assurer une pleine insertion professionnelle à l’heure où l’équipe pédagogique anticipe son ouverture à l’international. De nombreuses actions devraient être déployées en ce sens, telles que l’obtention de doubles diplômes, l’accueil de délégations, le partage des bonnes pratiques ou encore l’incubation de projets européens et internationaux.


Florian Dacheux | Publié le