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A. Joyeux (APHEC) : "Si les prépas sont un point fort du dispositif, il faut en ouvrir de nouvelles"

Cécile Peltier
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Des élèves de prépas nouvellement entrés à HEC.
L'Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales craint une fusion des filières économique et scientifique. // ©  Jean-Marc Biais / HEC Paris
L'Association des professeurs des classes préparatoires économiques et commerciales organise son congrès annuel à Bordeaux, les vendredi 8 et samedi 9 juin 2018. Parcoursup, réforme du lycée… Avec, en ligne de mire, la possible fusion des filières ECE et ECS et une réduction du vivier de recrutement. Son président, Alain Joyeux répond à EducPros.

L’association que vous présidez tient, les 8 et 9 juin 2018, son congrès annuel sur le campus bordelais de Kedge. Quels sujets y aborderez-vous ?

Alain Joyeux, président de l'APHEC. // © Photo fournie par le témoin

Ce sera l’occasion de faire le point sur l’année écoulée et l’actualité de l’association, d’évoquer la vie des disciplines et de dresser le bilan des concours d’entrée aux écoles de commerce, la cuvée 2018 ayant été émaillée par quelques incidents (une épreuve maths Edhec a dû être repassée après une erreur de distribution et un sujet identique entre deux banques d'épreuves). Nous répondrons aussi aux questions que les collègues se posent sur Parcoursup et la réforme du lycée.

Comment vos collègues envisagent-ils la réforme du lycée ?

L'APHEC a été auditionnée le 24 mai 2018 par le Conseil supérieur des programmes sur les compétences à renforcer au lycée. Les collègues, eux, sont assez partagés. Certains n'attendent pas grand-chose de la réforme, d’autres y voient l’opportunité d'améliorer le lycée, dont ne peut pas dire qu'il fonctionne à merveille – déséquilibrage des filières, nombre astronomique d'épreuves au bac…–, tout en veillant à préserver le vivier des classes prépa dans sa diversité.

En effet, cette réforme va s’accompagner à partir de la rentrée 2019 d’une suppression des filières S, ES et L. Quelle conséquence pour le recrutement des classes préparatoires?

Cette disposition pose directement, pour les CPGE économiques et commerciales, la question du maintien des filières ECE (option économique) et ECS (option scientifique), qui correspondent à des profils et des parcours d’études bien précis.

L'APHEC est hostile à une fusion ; une filière unique signifierait des candidats plus généralistes, c’est-à-dire moyens en tout et peu attirants pour les écoles de commerce, attachées à la possibilité de capter des étudiants très variés.

Une filière unique signifierait des candidats plus généralistes, c’est-à-dire moyens en tout et peu attirants pour les écoles de commerce.

Les business schools recherchent ainsi pour leurs masters de finance et les doubles diplômes managers-ingénieurs des étudiants dotés d'un solide bagage en maths. Une fusion de ces deux filières signifierait également une réduction de notre vivier de recrutement.

Même si les filières ECS et ECE sont confirmées, ce qui est indispensable, à moyen terme, il faudra revoir les programmes de nos classes préparatoires, afin de tenir compte de la réforme du lycée.

De quelle manière vous défendez-vous ?

Avec la CGE (Conférence des grandes écoles), nous travaillons à un argumentaire commun. J’ai eu également l’occasion d’exprimer ces préoccupations dans le cadre du comité de concertation et de suivi des classes préparatoires aux grandes écoles, qui se réunit deux fois par an au ministère de l’Éducation nationale.

Ce dernier nous a confirmé que les discussions sur ce sujet ne démarreront pas avant le mois de septembre.

Parcoursup bat son plein. Quelles remontées avez-vous du côté des classes préparatoires ?

Contrairement au système APB, les vœux formulés par les candidats dans Parcoursup ne sont pas classés. Les CPGE enregistrent mécaniquement beaucoup plus de demandes que d'habitude, y compris de la part d’élèves qui ne placent par la prépa en tête de leurs choix. Le lycée Joffre de Montpellier, où j’enseigne, reçoit d’ordinaire autour de 890 candidatures pour une classe d’ECS. Cette année, il en a traité 1.483 !

Je n’ai pas encore de visibilité sur l'ensemble des établissements, mais j’ai l’impression que cette augmentation est générale. Il faudra attendre la fin de la procédure pour savoir si cela a eu des conséquences sur le remplissage de nos classes.

Aujourd'hui, certaines CPGE font le plein sans problèmes, d’autres plus difficilement. Soit parce qu’elles sont plusieurs sur le même territoire, soit parce qu’elles sont très près d’une grande ville. À une heure de Paris, une prépa doit convaincre que l‘excellence est aussi chez elle.

Il faudrait désormais joindre les actes au discours. Si les classes prépas constituent un point fort du dispositif, le ministère doit en ouvrir de nouvelles.

On a le sentiment que ce ministère ne parle pas beaucoup des classes prépas… Qu’en est-il des ouvertures de classes alors que les enfants du baby-boom de l’an 2000 arrivent dans l’enseignement supérieur ?

La Dgesip (Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle) nous a rappelé encore récemment que le ministère considérait les classes préparatoires comme un acteur important du paysage de l'enseignement supérieur, contribuant à travers leur maillage territorial, à sa démocratisation.

Il faudrait désormais joindre les actes au discours. Si on constitue un point fort du dispositif, le ministère doit ouvrir de nouvelles classes.

Depuis cinq ans, c’est le statu quo. Face à la progression sensible des effectifs, le ministère a annoncé une augmentation des capacités d’accueil en BTS et en DUT, mais pas en prépa…. Pour justifier ces décisions, on a coutume d’avancer la question du coût, alors que nos étudiants, une fois en école, se financent seuls.

Les écoles de haut de tableau ont ouvert des places en plus, au détriment, disent certains, des écoles de bas de tableau. Qu’en pensez-vous ?

L’EM Lyon a ouvert 20 places de plus que l’année dernière, et vendredi dernier, à HEC, Peter Todd a annoncé le passage de 380 à 400 places en 2019. Ce chiffre est un signe très important de soutien à la filière. Nous espérons que d’autres feront de même en 2019.

Quant aux écoles plus modestes, si elles sont attractives et arrivent à véhiculer une identité, elles rempliront. Regardez Burgundy school of business, qui ouvre chaque année beaucoup de places aux prépas et les remplit.

Cet hiver, Ecricome et BCE ont pris la décision de réserver l’accès aux concours aux étudiants issus de la voie concernée : S pour la voie ECS, ES pour les bacheliers et STMG pour les ECT. Qu’en pensez-vous ?

Parce qu’il est réputé plus facile, certains étudiants de S avaient pris l’habitude de passer le concours ECT, prenant la place d’un étudiant de STMG qui aurait pu en bénéficier. Il y a trois ans, à l’ESSEC, sur les 11 admis ECT 9 sortaient S. C’est anormal, cette décision y mettra fin.

Vous avez lancé en 2017, avec une quinzaine d'écoles de commerce un chantier pour amélioration du continuum classe prépa-école. Quelles en sont les concrétisations ?

Ça bouge ! Dans une quarantaine de lycées, des élèves de première année de prépa partent pour une semaine en entreprise, avec une mission à réaliser. Au retour, ils rédigeront un rapport d'étonnement.

Nous avons diffusé auprès des écoles un film de quelques minutes, expliquant ce que c’est que la prépa, très utile aux professeurs, notamment. Inversement, les écoles ont mis à notre disposition une série de vidéos sur des métiers ou des domaines de recherche du management : la fiscalité, sur l’audit, etc.

Plusieurs écoles (Kedge, Neoma, l’EM Normandie, Skema, Audencia…) intègrent davantage de culture générale dans leur programme grande école afin d’améliorer le continuum.

Certaines font aussi appel à des professeurs de prépa volontaires pour des cours ou des conférences. Je suis personnellement intervenu à l’EM Normandie. Enfin, nous réfléchissons, en partenariat avec la CGE, à l’élaboration d’un Mooc à destination des lycéens.

Votre prédécesseur avait annoncé en 2016 la création de CPGE à l'étranger… Ce projet a-t-il vu le jour ?

Pour l'instant, c'est un dossier au point mort. Cela ne veut pas dire qu'il est abandonné.


Cécile Peltier | Publié le

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