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Alain Trannoy : "À l’international, la gratuité des droits d’inscription peut être suspecte"

Natacha Lefauconnier
Publié le
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Des étudiants étrangers à l'École des mines de Nantes // DR
Pour Alain Trannoy, "un traitement indifférencié des étudiants étrangers ne serait donc pas une bonne idée". // ©  IMT Atlantique
Faut-il augmenter les droits d’inscription des étudiants étrangers ? Les deux candidats au second tour de la présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, y sont favorables. Une proposition qu’analyse Alain Trannoy, directeur d’études à l’EHESS et enseignant-chercheur à l’école d’économie d’Aix-Marseille.

Alain Trannoy, le directeurVous prônez la hausse des droits universitaires, avec une modalité de prêt à remboursement contingent. Que pensez-vous de la limiter aux étudiants étrangers, comme Emmanuel Macron et Marine Le Pen le proposent dans leurs programmes respectifs ?

La logique de ne pas faire payer – ou très peu – de droits d'inscription à l'université aux étudiants français repose sur le fait que leurs familles financent leurs études via les impôts. Les étudiants étrangers bénéficient ainsi de biens publics entièrement financés par la communauté française.

Or, les profils des étudiants étrangers sont d'une grande hétérogénéité : certains viennent de pays développés hors Union européenne, comme les Canadiens. D'autres arrivent de pays émergents. En Chine, les familles font des sacrifices pour pouvoir payer des études à leurs enfants aux États-Unis : on peut alors se demander pourquoi la France les subventionnerait.

Enfin, il y a les étudiants originaires de pays en voie de développement, pour lesquels il est légitime de penser qu'en rendant gratuites leurs études, au même titre que les étudiants français, on poursuivrait un lien de solidarité avec des familles ayant peu de ressources. Un traitement indifférencié des étudiants étrangers ne serait donc pas une bonne idée.

La différence entre les programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen réside dans le fait qu'en cas de sortie de l'Union européenne, les étudiants européens seront traités comme des étudiants étrangers, sauf accord bilatéral.

Si les droits d'inscription augmentaient, les universités ou grandes écoles françaises seraient-elles plus ou moins attractives à l'international ?

À l'international, le prix peut être vu comme un signal de qualité, et la gratuité des études passer pour suspecte. En Chine, par exemple, on s'attend à payer : des droits plus élevés ne décourageraient pas la demande.

Mais cela n'est pas une généralité. La Suède, pays européen où les études supérieures sont presque gratuites, a tenté de relever les droits d'inscription. Résultat : il y a eu une diminution importante du nombre d'étudiants étrangers. Peut-être la hausse était-elle trop brutale... Quoi qu'il en soit, c'est un point auquel il faut réfléchir.

On ne peut pas mettre en place une politique des droits d'inscription sans une politique de bourses au mérite – qui peut tenir compte du PIB du pays d'origine –, afin d'attirer les meilleurs étudiants étrangers.

On ne peut pas mettre en place une politique des droits d'inscription sans une politique de bourses au mérite.

Cela suffirait-il à renflouer le budget des universités ? À combien faudrait-il fixer les frais de scolarité si l'on augmentait seulement les droits des étudiants étrangers ?

 La France dépense 1,4 point de son PIB pour l'enseignement supérieur, contre 1,6 point pour la moyenne des pays de l'OCDE. Ce 0,2 point d'écart correspond à 4 milliards d'euros. Il serait donc impossible de les recueillir uniquement grâce aux étudiants étrangers.

Il faut là distinguer les cycles LMD (licence, master, doctorat). Pour le doctorat, les droits sont plutôt bas partout dans le monde, car les étudiants reçoivent des bourses pour leurs recherches. Quant à la licence, elle n'a pas une réputation extraordinaire, comparée aux grandes écoles ou aux classes préparatoires. Ce serait au niveau du master que se ferait l'essentiel de la hausse des droits d'inscription.

Ma proposition est d'augmenter de 4.000 à 5.000 euros les droits en master, mais ils seraient uniquement couverts par des prêts à remboursement contingent – un remboursement différé après les études, et effectif uniquement si les revenus des jeunes diplômés le permettent. Aucun candidat n'a repris cette idée : l'enseignement supérieur – l'économie de la science, de la recherche, des développements... – fait partie des désengagements de cette campagne présidentielle.


Natacha Lefauconnier | Publié le

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