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Annulation des oraux d’entrée aux écoles de management : quid de l’équité ?

Violaine Cherrier
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Annulation des oraux d’entrée aux écoles de management : quid de l’équité ?
L'annulation des oraux d'admission en écoles de commerce soulève des questions d'équité. // ©  DEEPOL by plainpicture
Le 24 mars dernier, le Chapitre des écoles de management décidait l’annulation des oraux d’admission pour privilégier, selon la voie d’admission envisagée, un recrutement sur dossier ou via un concours écrit. Une décision qui interpelle tant par sa rapidité que par le risque de rupture d’égalité et d’équité.

Annoncée une semaine après le début du confinement, la décision d’annuler les épreuves orales pour entrer en écoles de commerce en a surpris plus d’un. Si la Conférence des grandes écoles (CGE) affirme que cette solution est la "moins mauvaise dans la pire des situations", elle suscite l'incompréhension de nombreux acteurs dont des professeurs de prépa ou des étudiants.

Une annulation qui pose question

Les facteurs de motivation et les modalités d’application de la décision interpellent aussi Tâm Nguyen, président et fondateur de l’Association de défense de la méritocratie en classes préparatoires (ADMCP) : "Nous regrettons vivement le manque de concertation au sujet d’une décision qui va au-delà des préconisations du ministère de l'Enseignement supérieur."

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Cette annulation pose aussi problème quant à la qualité du recrutement, selon lui : "Elle prive plusieurs centaines de candidats d’une chance d’intégrer l’école de leur choix, au risque de rupture d’égalité entre les étudiants de classes préparatoires, dont certains préparent les oraux depuis deux voire trois ans."

L'ADMCP appelle la CGE à revenir sur cette décision. Elle publie aussi un manifeste pour l’équité entre les étudiants des classes prépas.

Une mesure conforme à la loi

Pour maître Louis le Foyer de Costil, avocat spécialiste en droit de l’éducation, la mesure prise par la CGE a été faite dans le respect de l’article 2 de l’ordonnance du 27 mars 2020 relative à l'organisation des examens et concours pendant la crise sanitaire née de l'épidémie de Covid-19.

Mais il considère que la vigilance doit porter sur les modalités de mise en œuvre : "Tous les étudiants doivent être traités de la même manière. Les aménagements doivent donc être uniformes au niveau national pour maintenir l’unicité du concours et garantir l’égalité entre les candidats".

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En revanche, difficile de tendre vers une équité stricte dans le cadre d’un recrutement sur dossier, prenant en compte la valeur de l’établissement, selon l'avocat : "Comme pour Parcoursup, attaqué pour son opacité, les étudiants doivent avoir accès aux algorithmes de décision le cas échéant. La transparence est clé."

Une réponse dans une situation exceptionnelle

La CGE confirme avoir envisagé plusieurs solutions parmi lesquelles l’organisation des oraux en ligne. Une option abandonnée à la suite de l’alerte lancée par le ministère de l'Enseignement supérieur au sujet des zones blanches créant alors une véritable inégalité entre les élèves.

Cependant, Tâm Nguyen regrette que n’ait pas été envisagée la possibilité d’organiser des oraux à distance centralisés dans une seule et même école pour chaque région pour contourner ces contraintes de connectivité et de déplacement.

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Autre facteur de décision pour la CGE : il est pour le moment impossible de savoir quand le déconfinement total et global sera possible, quel que soit le concours. "Nous sommes conscients de l’importance des oraux mais nous devions simplifier le calendrier pour maintenir la date de rentrée habituelle. Nous sommes allés au plus simple malgré la frustration et les contraintes", précise Jean-François Fiorina, directeur général adjoint de Grenoble EM.

Enfin, ce dernier note l’impossibilité pour les membres externes des jurys de s’absenter de leur entreprise en pleine relance pour faire passer les oraux. Un constat qui ne suffit pas à Tâm Nguyen qui considère que, ces experts "externes" n’interviennent que pour le grand oral.

Des engagements en matière d’équité

Par ailleurs, les écoles de la CGE s'engagent pour un traitement équitable des étudiants, notamment quand la sélection se fait sur dossier. Par exemple, concernant les concours Passerelle, la sélection des dossiers intègre des critères incluant la diversité des profils, les résultats, la qualité d’expression, le niveau d’anglais et la projection du candidat. Ils seront examinés par un jury spécifique à chaque école, composé de membres internes et externes, et d’un représentant du ministère.

Enfin, le nombre de places a été déposé pour chaque concours et les écoles s’engagent à ne pas faire de "surbooking".


Violaine Cherrier | Publié le

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