Newsletter

Orthographe à l'université : objectif zéro faute

Delphine Dauvergne
Publié le
Envoyer cet article à un ami
Les étudiants de l'université de Bourgogne peuvent se rendre dans un centre dédié au français, pour qu'on les aide à relire leurs copies.
Les étudiants de l'université de Bourgogne peuvent se rendre dans un centre dédié au français, pour qu'on les aide à relire leurs copies. // ©  ERister

Face aux lacunes en orthographe de leurs étudiants, les universités se mobilisent. Cours en ligne ou en petits groupes, adressés à tous ou à une catégorie sélectionnée, donnant lieu à des crédits ou pas... Revue des bonnes pratiques à l'occasion de la Semaine de la langue française.

Orthographe, grammaire, syntaxe. De plus en plus d'étudiants ne sont pas totalement à l'aise avec la langue française à leur entrée dans le supérieur. "L'université doit se saisir de ces questions car l'écrit est très important dans le milieu professionnel. Avec les nouvelles technologies et l'évolution des métiers, on écrit davantage", constate Françoise Boch, maître de conférences en sciences du langage à l'université Grenoble 3.

Parallèlement au projet Voltaire, qui délivre un certificat conçu sur le même mode que les tests de langue étrangère, plusieurs établissements se mobilisent avec d'autres formules pour remédier aux difficultés de leurs étudiants.

Bourgogne s'inspire des Américains

Depuis septembre 2014, l'université de Bourgogne a ouvert un Centre des pratiques de l'écrit et de l'oral en français. Le lieu s'inspire des Writing Centers qui se multiplient depuis plusieurs dizaines d'années dans les universités nord-américaines. "Plutôt que d'instaurer des cours obligatoires nous avons créé un centre ouvert, où les étudiants peuvent venir en fonction de leurs besoins", explique Stéphanie Grayot-Dirx, vice-présidente à l'orientation, aux partenariats scolaires et à la réussite en licence.

Le soutien est ici individualisé à la demande, mais fait aussi l'objet d'ateliers ou de stages intensifs de plusieurs jours, d'une dizaine de places, sur des thématiques précises. "Présenter notre aide comme un service, cela passe beaucoup mieux qu'un cours obligatoire, car l'étudiant est beaucoup plus motivé", estime Stéphanie Grayot-Dirx, satisfaite des réactions des étudiants, plus volontaires que lorsque les cours étaient obligatoires.

Le centre fonctionne grâce à un poste de Prag (professeur agrégé). Si le dispositif continue à se développer, le centre pourrait recruter, en complément, des tuteurs afin d'assurer plus de permanences, plus de stages et d'ateliers. Prochaines étapes : proposer des sessions pour les entreprises et déployer des ressources sur Internet.

Cergy se concentre sur les littéraires

Le département lettres modernes organise un test d'orthographe lors de la prérentrée des étudiants de première année. À la suite de cela, les élèves qui ont eu moins de 14 sur 20 (une quarantaine sur 110 cette année) sont incités à s'inscrire à l'un des deux TD de l'option "perfectionnement en langue", d'une capacité d'accueil de 30 étudiants chacun.

"Il paraît crucial qu'un licencié de lettres modernes maîtrise au mieux la langue française, que ce soit pour mieux écrire ses dissertations ou comprendre les cours de linguistique", argumente Olivier Bertrand, responsable du département.

Pour bien faire passer le message, l'UFR a décidé que, dans toutes les matières, trois points seraient enlevés aux devoirs écrits, au-delà de dix fautes d'orthographe.

Grenoble 3 s'appuie sur la recherche

"Notre laboratoire de recherche en linguistique travaille depuis une vingtaine d'années à partir des problèmes des étudiants, dans l'optique de mieux former les enseignants", explique Françoise Boch, qui est membre du Lidilem (Laboratoire de linguistique et didactique des langues étrangères et maternelles).

Les étudiants en L1 et L2 de toutes les filières peuvent suivre depuis 2009 une option de remédiation en langue écrite qui leur rapporte trois crédits. "Nous faisons de la pédagogie inductive, nous les mettons en situation de chercheur, pour qu'ils construisent les règles à partir d'énoncés", décrit Françoise Boch.

Ces cours d'orthographe et de grammaire sont dispensés dans trois groupes de soutien et un groupe de renforcement pour les étudiants désirant s'entraîner en vue d'un concours. Cela représente en tout une centaine d'étudiants par semestre et l'équivalent d'un temps plein d'enseignant-chercheur. Avec un bilan en demi-teinte : "Aucun étudiant pense n'avoir fait aucun progrès, mais 40% estiment avoir peu progressé", constate une étudiante dans son mémoire de recherche sur le sujet.

Il y a une forte demande des étudiants, mais nous n'avons pas les moyens financiers d'ouvrir plus de groupes..

"Il y a une forte demande des étudiants, mais nous n'avons pas les moyens financiers d'ouvrir plus de groupes et nous manquons d'enseignants spécialisés", regrette Françoise Boch. Pour pallier ce manque, un master en "didactique du français écrit – formation d'adultes" ouvrira à la rentrée 2016. Il est destiné à former des enseignants et formateurs souhaitant prendre en charge des enseignements en méthodologie de l'écrit.

Parmi les dispositifs mis en place, on trouve aussi une séance hebdomadaire, ouverte à tous (personnels, étudiants, extérieurs...), tenue par Guillaume Terrien, un champion d'orthographe. Dans les cartons de l'université figure également un certificat en compétences rédactionnelles pour tout adulte francophone, prévu pour l'automne 2015.

Grenoble 3 projette enfin de créer un centre de langues incluant le français et proposant des enseignements à tous les étudiants de Grenoble. Ce projet est conditionné à l'obtention de l'Idex (Initiative d'excellence) car l'université seule ne pourra pas le subventionner.

Nanterre mise sur l'online

Depuis la rentrée 2014, les étudiants de première année de licence sont obligés de suivre des cours en ligne pendant le premier semestre, à raison de trois heures par semaine. "Nous avons expérimenté cette formule l'année dernière auprès de 200 étudiants, ils en étaient plutôt contents et trouvaient l'approche ludique, mais ils étaient volontaires. Je ne sais pas encore si tous les étudiants de cette année seront du même avis...", admet Sarah de Vogüé, responsable de cet atelier de langue française.

Le logiciel propose près de 200 exercices, permettant de travailler l'orthographe, le lexique ou encore la cohérence dans les textes. La validation de la matière s'effectue par un QCM, corrigé par le logiciel. Cette année, la moyenne des étudiants est de 11,5, mais les résultats varient de 2 à 18. Deux tutrices répondent aux questions des étudiants sur un forum dédié. Le tout mobilise trois professeurs pour 51 heures au total, et les tutrices 48 heures chacune. La dématérialisation permet de sensibiliser 7.000 étudiants, à moindre coût. 


Delphine Dauvergne | Publié le

Vos commentaires (8)

Nouveau commentaire
Annuler
* Informations obligatoires
Estelle.

L'écriture est un apprentissage constant. À l'opposé, la langue évolue avec son temps, nos capacités cognitives sont également en train de se transformer avec l'ère du numérique. Je pense que les jeunes cassent un peu la norme. Pour eux, le fond est plus important que la forme, et ils ont bien raison ! Laissons l'orthographe et la grammaire à des logiciels de correction comme Cordial, et exprimons nous sur la toile ou ailleurs ;) !

Cheval.

Et faire lire les élèves....simplement non ? Pourquoi passer par des moteurs à ancrage mémoriel alors que l'activité de lecture et toutes les activités autour sont très formatives. Faire lire, faire écrire : créer et animer un journal , une newsletter (Freinet), un blog ...par exemple. C'est non seulement savoir écrire sans fautes mais aussi donner du sens à son écriture, développer son vocabulaire, présenter des arguments..bref...il n'y rien d'innovant en matière de pédagogie si ce n'est les usages que l'on peut avoir de certains outils. Nous sommes tous plus ou moins distants...de nos objets d'apprentissage. Y accéder ce n'est pas se les approprier. C'est juste pouvoir les observer et surtout donner la possibilité de les appréhender sous différentes formes, formats et angles d'attaque. On a pas attendu Internet pour faire , par exemple, de la correspondance. Mais avec le web elle devient plus rapide, plus réactive et surtout...plus collaborative. Vous verrez que bientôt on découvrira que l'apprentissage est un acte...social...Sans rire !!!

Voyer.

On peut aussi chanter l'orthographe ! Un rap ou un bon vieux rock, c'est quand même plus festif qu'une grammaire jaunie ! Voir www.orthochansons.fr

Hervé.

Oui, Lilou, il existe des sites spécialisés, plus ou moins bons. Il existe aussi des blogs de passionnés : celui de Mamiehiou.over-blog.com ; unmondesansfautes.blogspot.com

Olivier Ridoux.

Il me semble que le plus efficace n'est pas de créer des compléments de formation, mais de faire que le respect de l'orthographe, mais aussi de la grammaire, et même de la typographie, soit une valeur attendue de tout travail rédigé. Et cela doit s'appliquer à toutes les langues évidemment ; ce n'est pas une question de défense de la langue française, mais une question de rigueur dans la communication. Je pratique cela à l'université et en école d'ingénieurs, et ça marche très bien. Il y a bien un temps de flottement durant lequel les étudiants se demandent ce qui leur arrive, mais ça se stabilise le plus souvent vers des documents de bien meilleure qualité. Ce qui est désolant ce n'est pas que des étudiants fassent des fautes ; après tout ils pratiquent l'économie de moyen comme tout le monde. Ce qui est désolant c'est que des enseignants qui reçoivent des documents rédigés n'exigent pas cette rigueur, et pire qu'ils revendiquent que ce n'est pas leur métier ou leur compétence.

Voir plus de commentaires