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Arts et Métiers fait de l'entrepreneuriat un terrain d'innovation pédagogique

Morgane Taquet
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Hugo Carlotti alterne entre les cours à HEC, les séminaires et modules d'Arts et Métiers et le développement de son prototype d'exosquelette avec le CHU Pellegrin à Bordeaux.
L'nstitut innovation et entrepreneuriat d'Arts et métiers doit permettre aux étudiants de tester leurs créations d'entreprise très tôt dans le cursus. // ©  Morgane Taquet
Arts et Métiers expérimente avec l'Institut innovation et entrepreneuriat, un nouveau cursus dédié à l'entrepreneuriat pour ses élèves ingénieurs, dès leur première année. Une approche "work in progress" qui mêle séminaires et cours en ligne.

À la rentrée 2018, Arts et Métiers lance un tout nouveau cursus entrepreneurial, l'Institut innovation et entrepreneuriat. Il propose à une petite promotion d'élèves-ingénieurs de différents campus d'Arts et Métiers de développer leur projet de création d’entreprise tout en suivant leur formation d’ingénieur, avec une pédagogie adaptée en présentiel et en ligne. Si, depuis plusieurs années, les écoles d’ingénieurs rivalisent d’imagination pour répondre à l’envie d’entreprendre de leurs étudiants, l'originalité de ce cursus est qu’il est proposé très tôt dans le parcours de l'élève ingénieur.

Un choix délibéré de l'école, selon Philippe Viot, chargé du développement du projet et ancien directeur du campus bordelais. "En général, les étudiants attendent d'avoir leur diplôme pour monter leur entreprise. Et souvent ils sont confrontés à deux difficultés : la pression familiale et sociale pour trouver un travail et avoir un salaire, et une phase de pivot (repositionnement dans la création de l'entreprise) difficile à supporter psychologiquement", explique Philippe Viot.

À Arts et Métiers, cette phase a lieu pendant les études, en deuxième et troisième années, avec donc le diplôme aussi en ligne de mire. "Nous offrons un terrain de jeu, mais en limitant le risque puisqu'ils restent dans le cadre rassurant du cursus ingénieur." À l'issue, les étudiants cumulent donc les compétences du diplôme d’ingénieur Arts et Métiers et l'expérience de la création d’entreprise.

2017, année d'expérimentation

2017 a marqué la phase zéro du projet : une douzaine d'étudiants expérimentent actuellement le cursus. Issus des campus d'Angers, Paris, Cluny, Nancy et Bordeaux, ils ont été sélectionnés majoritairement après une première année validée. Conception d’exosquelette pour la rééducation des victimes d'AVC, fablab vestimentaire, ou prothèse de genou low cost pour le continent africain, "les projets touchent tous à un domaine de l'industrie du futur, que ce soit la robotique, la fabrication additive, la conception par le numérique », détaille Philippe Viot.

À mi-parcours, près d'un tiers sont aujourd'hui dans une phase pivot, c'est-à-dire dans le repositionnement de leur idée initiale. D'autres commencent à vendre des pièces, certains ont vu des investisseurs et/ou déposent leurs statuts.

Le jeu de dés est utilisé pour apprendre à créer, mais aussi "pour changer d'angle de vue quand on est face à un problème", explique le formateur Éric Legrand.
Le jeu de dés est utilisé pour apprendre à créer, mais aussi "pour changer d'angle de vue quand on est face à un problème", explique le formateur Éric Legrand.

Ouvrir le champ des possibles

La première promotion, composée de 12 étudiants recrutés sur leur motivation, a également pour mission de créer de toutes pièces et de tester ce futur cursus "afin d'ouvrir le champ des possibles pour cette année particulière", précise Philippe Viot.

"Tout comme l’automobile explore avec des concept-cars de nouveaux designs et fonctionnalités, nous avons voulu avec cette année d’expérimentation tester les concepts qui préfigurent l’Institut innovation et entrepreneuriat. Comme pour les parcours de sportifs de haut niveau dans d’autres établissements, nous avons fait le choix d'adapter la formation pour des entrepreneurs de haut niveau", pointe Philippe Viot.

Cette année, la formation se compose donc de plusieurs briques : les séminaires d'entrepreneuriat où tous se retrouvent toutes les six semaines, auxquels s'ajoutent le choix de quatre modules sur douze proposés en sciences de l'ingénierie et sciences humaines et sociales, à raison de 150 heures de travail estimé par module dont 50 heures de présentiel, le reste se faisant en ligne. "On arrive à 600 heures de modules dans l'année, soit l'équivalent d'une année de formation classique", précise le chargé de développement. Le reste du temps, ils travaillent sur leur projet de création d'entreprise pendant cette année qui se fait en phase expérimentale en césure.

Quid de l'évaluation des compétences ? "Pour chaque module et séminaire, des grilles de compétences par critères avec des thématiques et sous-thèmes ont été construites avec l'aide des étudiants en formation. Par exemple, pour l'organisation des séminaires dont les étudiants ont la charge, chacun à leur tour, nous évaluons les compétences en organisation, logistique, définition d'un budget prévisionnel et bilan financier, la capacité aussi à tracer les documents, etc.", explique Philippe Viot.

Se lancer sur son territoire

Après l'expérimentation, place à la pérennisation. À la rentrée 2018, le cursus sera élargi à deux parcours pour 24 étudiants : TechtoPME, qui s'adresse aux étudiants qui souhaitent s'engager dans une entreprise sur un projet lié aux industries du futur, et le dispositif UP, pour les étudiants intéressés par la création d'entreprise. Pour la rentrée prochaine, la question du statut de l'étudiant s’est posée : en alternance au cas par cas pour le parcours TechtoPME, et pour les créateurs d'entreprise, un statut d'étudiant entrepreneur via le programme Pepite (pôles étudiants pour l'innovation, le transfert et l'entrepreneuriat).

Le développement économique du territoire est également un des objectifs du projet. "Les étudiants de l'institut vont y contribuer soit en participant au développement d'une PME sur son territoire, soit en lançant leur start-up à domicile sans avoir nécessairement besoin de passer par Paris. C'est logique dans la mesure où nous savons que la création d’entreprise se fait aussi avec son réseau sur place, ses connaissances, ses amis, son terreau", explique Philippe Viot. Des entreprises du réseau Arts et Métiers sont intéressées et certaines régions ont déjà listé les besoins des petites entreprises "qui doivent se projeter dans l’industrie du futur".


Morgane Taquet | Publié le

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