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Attentats à Paris. Les réactions des blogueurs EducPros

Sylvie Lecherbonnier
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Visuel qui circule sur les réseaux sociaux en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015.
Visuel qui circule sur les réseaux sociaux en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015. // ©  Capture d'écran

Responsables universitaires, enseignants, pédagogues... Les blogueurs EducPros partagent leurs visions du rôle de l'enseignement supérieur après les actes terroristes du 13 novembre 2015.

- Jean-Michel  Zakhartchouk : "L'éducation, oui, bien sûr, mais pas 'la seule réponse'"

"[...] En considérant la notion d'éducation dans le sens de formation ouverte aux valeurs de citoyenneté et de démocratie, de solidarité humaniste et universaliste, peut-on dire que celle-ci est 'la' réponse aux terroristes. D'autant que travailler sur l'éducation, à l'école et ailleurs, se fait forcément sur le long terme et n'a pas d'effet sur tous les jeunes attirés aujourd'hui par les idéologies de l'horreur et du fanatisme. [...] Je ne crois pas qu’il faille opposer la réponse éducative à une réponse 'sécuritaire'. J’hésite à employer cet adjectif, très connoté..."

- Yves Epelboin : "Sans voix"

"Les assassins n'avaient pas visé n'importe qui, n'importe quoi. C'est à notre jeunesse qu'ils s'en sont pris dans ces quartiers qui sont les leurs. Comme de nombreuses personnes je me suis inquiété pour mes proches, mes enfants et mes neveux et j'ai immédiatement envoyé une série de SMS pour en savoir plus.

Mais comment faire vis-à-vis de toutes mes connaissances et amis qui pouvaient être sortis ce vendredi soir  ? Facebook s'est révélé rapidement apporter une partie de la réponse avec son application qui demandait à toutes les personnes enregistrées dans la région parisienne de signaler qu'elles étaient en sécurité. [...]

Au travers de ce rapide billet je voulais montrer que le Web et le numérique ont joué un grand rôle positif au cours de ses événements. Je voudrais insister sur le fait qu’ils font partie de notre quotidien et adresser un message à tous les responsables de nos universités, et pas seulement à ceux en charge de la communication, sur le fait qu’il faille les utiliser au quotidien.

Le numérique a commencé à pénétrer l’enseignement supérieur. Une leçon apprise au travers de ces tragiques événements, est qu’il peut faire beaucoup plus encore : il peut servir à créer de véritables communautés, ce qui nous manque le plus aujourd’hui."

- Isabelle Barth : "Nous sommes face à nos responsabilités d'éducateur !"

"L'objectif des terroristes est le chaos, le chaos et la peur. La plus belle réponse est de continuer à vivre, à travailler, à avancer, en un mot, nous devons résister. Il nous faut enseigner que l'interpellation et le lancement d'alerte ne sont pas optionnels et que, malgré les résistances, les peurs, les raisons de ne pas faire, il faut avoir le courage de rester debout et de dire les choses avant que la crise atteigne son paroxysm ... Et qu'il ne soit trop tard. Le silence, l'omerta sont la pire des choses dans une communauté humaine.

[...] C’est là qu’il faut exercer notre droit au recul et essayer de mettre les évènements en perspective. [...] Pratiquer cette distance critique est un exercice difficile et nous avons la chance de pouvoir transmettre ce savoir-faire, car il est au cœur de notre métier de chercheur. Il faut apprendre à démêler le ressenti de l’explication. Il faut sortir de la subjectivité pour aller vers l’objectivité. Mais la grande difficulté est d’accepter que le changement ne se construise pas en niant cette subjectivité, cette émotion, ce ressenti."

Pratiquer cette distance critique est un exercice difficile et nous avons la chance de pouvoir transmettre ce savoir-faire, car il est au cœur de notre métier de chercheur.

- François Fourcade : "Réflexions à chaud"

"Bien difficile de faire cours hier matin. Que dire en effet en tant qu'éducateur, parent, citoyen, et plus fondamentalement comme être humain après ces terribles événements qui ont endeuillé la capitale en ce funeste vendredi 13 ?

L'équation est connue : l'ignorance conduit à la peur, la peur mène à la haine et la haine trouve sa résolution par la violence. Seule l'éducation – en ce qu'elle lutte contre l'obscurantisme – peut casser cette spirale. Mais pour gagner ce combat contre la haine, le désir ou l'orgueil, il faut développer l'altruisme, l'amour, la tendresse et la compassion. Or que fait notre école aujourd'hui de ces valeurs ? Est-on bien certain qu'elle constitue le lieu de leur actualisation ? On peut en douter."

- Didier Delignières : "Apprendre à penser la complexité du monde"

"Sans être celui du monastère, le temps de l’université n’est pas celui des politiques. Tout en étant ancrée dans les réalités économiques du monde, l’université est un lieu où la prise de recul est une discipline essentielle. L’université doit former les citoyens qui inventeront le futur. C’est dire qu’elle doit avant tout enseigner la complexité. Enseigner que tout est infiniment intriqué, que des actions ponctuelles et locales peuvent générer des catastrophes planétaires, militaires, économiques ou climatiques.

Trop souvent nos enseignements se limitent au factuel, à des connaissances locales issues de travaux de recherche cloisonnés. Mais l'accumulation de savoirs spécialisés ne permet pas de penser la complexité du monde. Si l'université se pose de plus en plus le problème de la formation professionnelle, elle ne doit pas oublier qu'elle a aussi à former des citoyens. "

- Nathalie Lidgi-Guigui : "Que leur dire ?"

"Le problème du cours magistral est que l'on s'adresse à un grand voire très grand groupe et cela ne se prête pas à la prise de parole. J'ai résolu ce problème en TD puisque je ne les organise plus que par petits groupes de 4. J'aurai l'occasion d'en reparler : je ne corrige plus les exercices au tableau, je me ballade de groupe en groupe à l'écoute des raisonnements, des débats, des questions... L'un des effets inattendus de cette technique est que je me suis beaucoup rapprochée de mes étudiants. J'ai ainsi pu aborder certains sujets avec eux qui n'avaient aucune raison d'être abordés dans un TD de physique (le racisme, les clichés sur les origines sociales et culturelles, etc).

Les émotions et le bien être jouent un rôle fondamental dans l'apprentissage et, en tant qu'enseignants nous ne pouvons pas nous permettre d'ignorer les traumatismes que vivent nos étudiants. Voilà pourquoi, peu importe la discipline, nous devrions débuter nos cours en parlant du massacre qui a eu lieu vendredi 13 novembre en grande partie contre la jeunesse de France."


Sylvie Lecherbonnier | Publié le

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