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Attractivité de l’université : derrière les chiffres

Fabienne Guimont
Publié le
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Eric Le Roux-Communication-UCBL
Eric Le Roux-Communication-UCBL
Les universités attirent-elles plus d’étudiants dans leurs licences cette année ? La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a fait de l’attractivité retrouvée de l’université le leitmotiv de sa conférence de presse du 13 septembre, en arguant que les lycéens ont davantage choisi une licence en premier choix sur le portail Admission post-bac. Vont-ils vraiment se retrouver sur les bancs de la fac ?

« Les lycéens se tournent plus vers l’université, ils la choisissent », « une université offensive », « fierté » d’appartenir à l’université… À la veille de sa quatrième rentrée universitaire et après trois années de réformes de l’université, Valérie Pécresse s’est montrée très satisfaite devant la presse, le 13 septembre 2010. La ministre de l’Enseignement supérieur voit même un changement de regard de la société sur les universités dont une majorité (51 sur 83) sont désormais passées à l’autonomie. Sur quoi fonde-t-elle son jugement ? Les lycéens ont placé davantage la licence en premier vœu dans leurs choix formulés sur le portail Admission post-bac (APB) : + 12,3 % de plus par rapport à 2009 (voir encadré).

L’université, un « choix de cœur » ?

Ce chiffre suffit-il à prouver que les lycéens font désormais de l’université un « choix de cœur », comme le déclare la ministre, et non un choix par défaut ? Bernard Koehret, responsable du portail APB, lui donne en partie raison : « L’augmentation des premiers vœux portés sur la L1 s’explique en grande partie par le fait que des lycéens qui classaient auparavant la licence après des filières sélectives ont classé cette année davantage la L1 en premier choix. Cela veut donc dire qu’il y a davantage d’admis en licence par choix que l’an dernier où la licence était davantage placée en vœu 2, 3, 4… » Et, même pondérés par l’augmentation générale des candidats inscrits sur le portail (+ 8 %) (1), ces vœux restent relativement plus importants. Certains lycéens ont peut-être aussi été séduits par la bi-licences ou les filières d’élite présentées dans certaines universités sans que leur candidature ne puisse au final être honorée.

Une fois les vœux formulés, reste à les confirmer dans la procédure APB. Là encore, les lycéens ont été plus nombreux à répondre favorablement lorsque les universités ont accepté leur candidature en licence. Ils étaient 209.600 à répondre « oui » en 2009, contre 218.400 cette année, soit 4,5 % de plus. Ces 9.000 étudiants supplémentaires ont-ils pour autant été s’inscrire réellement en licence ? Impossible de l’affirmer pour le moment avec les chiffres globaux communiqués par le ministère sur le nombre d’étudiants inscrits en licence en 2010. Ce ne sont encore que des estimations, les inscriptions n’étant pas closes, et elles ne fournissent pas le détail par niveau (L1, L2, L3).

Ce que l’on peut dire, c’est que, sur les trois années de la licence, seuls 800 étudiants de plus sont enregistrés, soit une « hausse » très modeste de 0,1 %. Une progression plus faible que celle de 3,1 % de l’an passé, qui avait marqué un retournement de tendance après trois années de baisse des effectifs dans l’ensemble de l’université. Le retournement de tendance fera-t-il long feu en licence ? La CPU (Conférence des présidents d’université) s’était enflammée en juillet dernier en titrant « L’université, objet de désirs » , sur la foi de la progression des vœux de licence et la baisse de ceux vers les classes prépas (– 5 %). Dans sa conférence de presse de rentrée, les présidents n’ont pas remis ce sujet à l’ordre du jour.

Les écoles postbac attirent de plus en plus de bacheliers

Si les chiffres d’inscriptions en licence 1 confirment a posteriori une forte augmentation des choix des lycéens vers l’université, cela infirmerait une tendance de fond. Une note d’information publiée en juillet 2010 (« Que deviennent les bacheliers après leur bac ? ») indiquait que « les orientations prises par les bacheliers au cours des dix dernières années se caractérisent principalement par une diminution de leurs inscriptions en licence au profit d’écoles recrutant après le baccalauréat […]. Elle fait apparaître également une forte hausse de l’accès des bacheliers professionnels à l’enseignement supérieur, en particulier par la voie de l’alternance. »

Selon son enquête, 20 % des nouveaux étudiants en licence s’inscrivent par défaut. Les bacheliers généraux, notaient les auteurs de l’étude, déplacent leurs choix d’orientation non vers les « filières sélectives traditionnelles » comme les classes prépas, les IUT ou les STS, mais vers les écoles de commerce ou d’ingénieurs postbac, les écoles artistiques, culturelles, paramédicales ou sociales et vers les filières de médecine et de pharmacie. De quoi détourner une bonne partie des premiers vœux des candidats à la L1 avant de s’inscrire à l’université. Mais rien n’est jamais certain en la matière…

(1) L’augmentation des candidats est due notamment à une meilleure information sur les procédures d’inscription APB et à l’arrivée de nouvelles formations (les écoles d’architecture, de notariat, quelques écoles d’ingénieurs ou des prépas aux études paramédicales…).




 

Rentrée universitaire 2009 : – 12,5 % des vœux de licence… et plus d’étudiants au final

Au printemps 2009, les universités sortent de plusieurs mois de grèves sur les campus et redoutent, pour certaines, une forte baisse des inscriptions. Les syndicats étudiants accusent le nouveau système d’inscription Admission post-bac de pénaliser les entrées en licence universitaire après la publication de chiffres annonçant une baisse de 12,5 % des vœux de licence en premier choix par rapport à l’année précédente (chiffres comparés sur 12 académies). Or, les inscrits en L1 avaient au final largement contredit ces prédictions... avec une hausse de 5,7 % sur 2008, contre + 2,3 % pour l’ensemble des licences. Explication donnée par les auteurs de span style="font-style: italic;">Repères et références statistiques (RERS 2010) : « Cette hausse des nouveaux entrants à l’université est due en grande partie à un afflux d’inscriptions de bacheliers de la session 2009 des filières technologiques et professionnelles (+ 2 200, soit + 6,4 %, et + 3 700, soit + 66 %). » De façon générale, on enregistrait une hausse de 2,9 % des inscriptions à l’université, mais « la hausse relevée sur 2008-2009 n’est due qu’à l’intégration des IUFM dans une université de rattachement (à l’exception des IUFM de Guadeloupe, Guyane et Martinique) », commentent laconiquement les statisticiens ministériels. « En 2009, première année de mise en œuvre d’APB, la visibilité des licences a été réelle. Et les remous des campus n’ont pas eu l’effet que certains prédisaient », constate Bernard Koehret. Les chiffres ont la parole…

En savoir plus

« Ils fuient l’université ? »
530.326 bacheliers en 2010.
« L’université, objet de désirs ».


Fabienne Guimont | Publié le

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