Au Bett, la "French EdTech" avance groupée

Céline Authemayou
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Bett show, salon mondial des technologies éducatives, édition 2017
Bett show, salon mondial des technologies éducatives, édition 2017 // ©  C. Authemayou
Rendez-vous mondial dédié aux technologies de l’éducation, le Bett Show se tient à Londres jusqu’au 28 janvier 2017. La France est l’une des 138 nationalités présentes. Épaulées par Business France, les start-up de l'Hexagone viennent pour y décrocher de nouveaux marchés. Internationaux… mais aussi et surtout français.

En foulant les interminables allées du Bett Show, on ne voit qu'elles. Elles ? Les grandes firmes mondiales, venues s'attaquer, depuis quelques années déjà, au marché de l'éducation. Microsoft, Google, Cisco, Apple... Toutes proposent des démonstrations, des conférences, des activités ludiques et rivalisent d'ingéniosité pour attirer - avec succès - les visiteurs sur leurs stands. Au sein de l'immense centre d'exposition Excel, situé dans l'Est de Londres, le Bett Show (British Educational training and technology) regroupe chaque année au mois de janvier les acteurs mondiaux des nouvelles technologies éducatives.

Aux côtés des mastodontes qui y ont pignon sur rue, bon nombre de petites entreprises présentent, elles aussi, leurs innovations. Les solutions matérielles y sont nombreuses : boîtiers de vote, tableaux tactiles, casques de réalité virtuelle, etc. Les plates-formes numériques d'enseignement, également. Mais cette année, ce qui a le vent en poupe, ce sont les produits ludiques dédiés à l'apprentissage du code informatique.

Le Bett, première étape pour l'international

Au milieu de cette marée technologique qui attire près de 35.000 visiteurs chaque année, plusieurs pays ont fait le choix de se présenter sous une bannière nationale pour promouvoir leur filière EdTech. Israël, Turquie, Corée du Sud, Singapour, Russie... mais aussi la France. Depuis plusieurs années, l'agence Business France (auparavant UbiFrance), dont l'objectif est d'accompagner les petites et moyennes entreprises dans leur développement à l'international, tient donc salon au Bett, avec un pavillon portant cette année les couleurs de la FrenchTech.

Une dizaine de start-up, sélectionnées par l'agence, y présentent leurs innovations. L'occasion pour elles de gagner en visibilité sur un événement où elles pourraient très vite être noyées dans la masse. "Pour nous, c'est une occasion en or de nous faire connaître", reconnaît Rodolphe Hospice. Le jeune homme, diplômé de l'EM Lyon a fondé avec son frère Guillian, passé par HEC, Utellme. Leur plate-forme numérique permet aux enseignants et à leurs élèves d'échanger avec une classe située à l'étranger, et de faciliter ainsi l'apprentissage des langues étrangères.

Lancé à la rentrée 2016 dans une version test, le produit est d'ores et déjà utilisé par quelques classes de Martinique, d'où viennent les deux entrepreneurs. "En deux jours au Bett, nous avons rencontré des enseignants finlandais, italiens, britanniques... Tout un public que nous n'arrivons pas à toucher depuis la Martinique", constatent les deux entrepreneurs.

Une porte d'entrée... pour le marché français

Ce matin, pour présenter au public les entreprises du pavillon, Business France a organisé une séance de pitch. Dans un incessant brouhaha, les sociétés se succèdent pour dresser en quelques minutes, et en anglais, leur portrait. Pourtant, sur le stand qui affiche complet, la majorité – voire la totalité - du public... est français !
Loin d'être un problème, la situation est au contraire une aubaine pour les start-up. "Cela peut paraître paradoxal, mais le Bett œuvre comme facilitateur pour le marché français", concède Guillaume Chausse, fondateur du site mytutorabroad.com, qui met en relation des professeurs de langue avec des familles. "Ici, je suis certain de pouvoir rencontrer des interlocuteurs que je mettrais des semaines à atteindre, par la voie classique."

Cela peut paraître paradoxal, mais le Bett œuvre comme facilitateur pour le marché français.
(G. Chausse) 

"Beaucoup de décisionnaires français font le déplacement", reconnaît Anne Dessemond, chef du service distribution et services innovants, chez Business France. Outre les représentants de l'État – en 2016, Najat Vallaud-Belkacem avait profité de sa venue au Bett pour annoncer la création d'un outil de certification des diplômes -, les grandes entreprises nationales sillonnent les allées du salon, à la recherche des dernières innovations.

"Le principal problème des start-up est d'être visibles et vues, analyse Pascal Bringer, directeur de l'entreprise Maskott. Le Bett permet d'acquérir une certaine aura, grâce à la délégation française". La société auvergnate, qui compte aujourd'hui 30 salariés, propose une plate-forme numérique d'apprentissage, baptisée Tactileo. Suite à l'appel à projets e-Éducation, qu'elle a remporté en 2016, la société est aujourd'hui présente dans 7.000 collèges. Et s'attaque désormais au marché de l'enseignement supérieur. Début janvier, Maskott représentait la France au CES (Consumer Electronics Show), à Las Vegas. "Là-bas, c'est encore plus flagrant : la moitié des contacts que nous avons établis l'ont été avec des grands comptes français...", détaille Pascal Bringer.

L'éducation comme soft power

À l'image de Maskott, bon nombre d'entreprises présentes sur le pavillon France ont été soutenues, au cours de leur développement, par les institutionnels, parmi lesquel le ministère de l'Éducation nationale. Ce n'est donc pas une surprise de voir déambuler, au milieu des exposants, de nombreux acteurs institutionnels. "Bien évidemment, nous venons observer les dernières tendances en matière de technologies de l'éducation, relate Mathieu Jeandron, directeur du numérique pour l'éducation, au sein du ministère. Mais cette raison ne justifie pas, à elle seule, notre présence massive au Bett."

Dans le domaine des technologies éducatives, la France dispose d'un vrai savoir-faire technique, mais elle offre également une certaine approche de l'éducation.
(M. Jeandron)

Cette "force de frappe" mise en place pour l'occasion, relève en réalité d'une stratégie plus globale, qui consiste à promouvoir une "marque de fabrique" française. "Dans le domaine des technologies éducatives, la France dispose d'un vrai savoir-faire technique, mais elle offre également une certaine approche de l'éducation, détaille Mathieu Jeandron. Une approche qui consiste à donner du sens au contenu, à amener l'utilisateur à se questionner. C'est cela que nous voulons promouvoir, d'un point de vue diplomatique."

Mais sur un marché en plein essor et marqué par une forte concurrence internationale, reste qu'il faut faire preuve de pragmatisme. "Force est de constater qu'à l'étranger, l'esprit d'innovation des Français, tout comme l'attention portée au contenu pédagogique sont très appréciés, constate Pascal Bringer. Mais il y a une remarque qui revient tout le temps : vous, les Français, vous voyez trop petit ! On va viser le marché français, puis allemand, puis peut-être européen. Alors que nos concurrents, eux, n'ont pas peur de s'attaquer directement au marché mondial..."

Les blogueurs EducPros en parlent
- "Le salon BETT de Londres ? Bombe à retardement pour notre système éducatif !", par Jean-François Fiorina (édition 2016)

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