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La fin de la neutralité du Net aux États-Unis doit-elle effrayer l'enseignement supérieur ?

Hélène Labriet-Gross
Publié le
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La fin de la neutralité du Net aux États-Unis doit-elle effrayer l'enseignement supérieur ?
À New-York, des manifestants ont protesté contre la fin de la neutralité du Net. // ©  SAM HODGSON/The New York Times-REDUX-REA
REPÉRÉ DANS LA PRESSE AMÉRICAINE. Votée le 14 décembre 2017, la fin de la neutralité du Net aux États-Unis fait craindre à certains le déclin de l'accès à l'éducation pour tous, rapporte l'hebdomadaire "The Chronicle of Higher education". Des inquiétudes que d'autres tentent de tempérer.

Avec trois votes favorables contre deux, la Commission fédérale des communications (FCC), agence gouvernementale régulant les télécommunications, les contenus des émissions de radio, de télévision et d'Internet aux États-Unis, a entériné l'abrogation de la neutralité du net le 14 décembre 2017.

Présidée par le Républicain Ajit Pai, nommé par Donald Trump, la FCC met ainsi fin au principe garantissant que tous les contenus mis en ligne soient traités sans discrimination pour leurs créateurs et leurs consommateurs. Désormais, les fournisseurs d'accès pourront appliquer des tarifs proportionnels au volume de données et de bande passante utilisées.

Un accès au savoir à deux vitesses ?

Dans l'enseignement supérieur, de nombreuses voix se sont élevées contre cette décision. Une tribune publiée dans l'hebdomadaire "The Chronicle of Higher Education" prédit que, désormais, "l'enseignement supérieur sera confronté à un nouveau monde numérique non plus dirigé par un principe d'équité, mais par un dollar tout-puissant." Selon les auteurs, il en découlera un accès au savoir à deux vitesses pour les étudiants : ceux qui pourront accéder aux ressources disponibles grâce à une connexion haut débit, dont les fournisseurs d'accès pourront augmenter les tarifs à leur gré, et les autres.

Les universités, qui, ces dernières années, ont largement investi dans de nouveaux outils numériques, pourraient voir leurs factures augmenter afin de maintenir ce type de services. Un coût qui se répercuterait sans doute sur les frais de scolarité, comme le redoutent les auteurs de la tribune, membres de la communauté EdTech américaine.

Le divertissement favorisé aux dépens de l'éducation ?

Autre inquiétude mise en avant dans cette tribune : les fournisseurs d'accès n'auront-ils pas intérêt à favoriser la diffusion du contenu commercial au détriment de contenus académique ou scientifique ? En effet, la plupart d'entre eux détiennent une part non négligeable des médias et des contenus de divertissement. L'accès aux cours en ligne et autres ressources éducatives pourrait ainsi être relégué au second plan pour garantir la diffusion la plus rapide au contenu le plus lucratif.

Les Mooc, victimes collatérales

D'autres acteurs du secteur sont plus nuancés. Pour Charles Severance, professeur à l'université du Michigan et qui propose des Mooc sur Coursera, les premiers acteurs touchés par la fin de la neutralité du Net seront d'abord les gros consommateurs de bande passante, comme Netflix. L'enseignement supérieur est loin de leur faire concurrence et ne devrait pas être durement touché, explique-t-il dans un article publié sur EdSurge. D'autant que les universités les plus aisées utilisent souvent Internet2, un réseau web alternatif appartenant aux établissements eux-mêmes.

Pour les entreprises du secteur des EdTech, comme Coursera, les effets se traduiront par une augmentation graduelle des coûts ."Si, dans cinq ou dix ans, les coûts pour produire et diffuser les cours ont doublé ou triplé, Coursera devra repenser son modèle économique", avertit Charles Severance.

– Lire la tribune publiée sur "The Chronicle of Higher Education" (en anglais)
– Lire l'article sur EdSurge (en anglais)


Hélène Labriet-Gross | Publié le

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