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Baromètre l'Etudiant 2015. L'orientation, une matière à part entière

Propos recueillis par Marie-Anne Nourry
Publié le
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Béatrice Mabilon-Bonfils, directrice du laboratoire EMA (Ecole mutation apprentissage) de l’université de Cergy-Pontoise
Béatrice Mabilon-Bonfils, directrice du laboratoire EMA (Ecole mutation apprentissage) de l’université de Cergy-Pontoise // ©  Béatrice Mabilon-Bonfils

Pour Béatrice Mabilon-Bonfils, directrice du laboratoire EMA (École mutation apprentissage) de l’université de Cergy-Pontoise, le "tri scolaire" nourrit l'angoisse de l'orientation révélée par le Baromètre l'Etudiant 2015 sur le moral des lycéens et des étudiants. Elle propose, pour y remédier, la création d'une matière dédiée à l'orientation dès le collège.

Plus de la moitié des lycéens et étudiants se sentent angoissés par leur avenir. Comment interprétez-vous ce résultat ?

Si  l'école est en apparence ouverte au plus grand nombre, avec la massification, il s'avère que, dans la réalité, c'est loin d'être le cas. Les inégalités sont très fortes mais plus difficiles à repérer qu'auparavant, avec, pour conséquence, des échecs pensés comme une insuffisance individuelle. L'école de l'égalité des chances a transformé un destin global en un destin singulier.

Concrètement, une division précoce s'opère en séries, filières, et les élèves ont bien saisi que ce tri scolaire peut leur être dommageable. D'ailleurs, beaucoup intériorisent le fait que certaines études ne sont pas faites pour eux. Les enfants des milieux populaires croient à l'école jusqu'à ce que tombent les premiers verdicts.

Pourquoi les étudiants sont-ils plus angoissés que les lycéens par leur orientation ?

Quel que soit le sujet, l'adolescent pense à courte vue. Si les étudiants se sentent plus angoissés que les lycéens par leur orientation, c'est parce qu'ils approchent de l'entrée sur le marché du travail. L'appréhension monte chez ceux qui vont en subir les effets de manière plus rapide.

Barometre Rentrée 2015 - Avenir

Face à cette question épineuse de l'orientation, lycéens et étudiants n'ont pourtant pas le réflexe de s'adresser à un conseiller. Comment expliquer cette difficulté à dialoguer avec l'institution ?

Ce n'est pas spécifique à l'orientation. On retrouve ce déficit de dialogue avec l'institution dans tous les moments de la scolarité et des études supérieures. Que ce soit pour un problème scolaire ou avec les pairs, les élèves s'adressent plus rarement à l'institution incarnée par le professeur qu'à leurs amis ou parents.

L’école est un espace où la parole de l’élève n’est pas vraiment entendue. Il manque un lieu tiers où chaque jeune pourrait s'exprimer sans être jugé, un lieu de gestion des conflits, où s'affirment les positions des parties, dans un moment institutionnalisé fort. Toutes les catégories d’acteurs de l'école (élèves et personnels) y seraient associées ; chacun ayant l’obligation d’y participer de temps en temps.

Les conseils de la vie lycéenne qui devaient être des lieux de parole ne fonctionnent pas du tout. La parole y est autorisée, mais sur des détails, pas sur des points essentiels que les élèves voudraient aborder. Vivre ensemble, c'est aussi être capable de partager.

Si les étudiants se sentent plus angoissés que les lycéens par leur orientation, c'est parce qu'ils approchent de l'entrée sur le marché du travail.

Vous suggérez la création d'une matière dédiée à l'orientation…

Oui, il faudrait que l'orientation devienne, dès le collège, une matière à part entière pour accompagner l'adolescent vers un projet professionnel futur, et faire appel à des intervenants extérieurs. Il importe que cette question soit ouverte, pas uniquement théorique, en se réduisant à la seule problématique des filières. En France, le diplôme détermine le destin social beaucoup plus qu'ailleurs. Et jamais l'angoisse face au diplôme n'a été aussi forte.

Baromètre l'Etudiant 2015
- Tous les résultats du Baromètre sur le moral des lycéens et des étudiants (letudiant.fr).

- Le master 1, un concentré d'angoisse

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Méthodologie

4.256 lycéens et étudiants ont répondu entre le 24 juin et le 9 juillet 2015 à un questionnaire en ligne. Soit 24 items sur leur moral, leur vie lycéens ou étudiante et leur avenir.

Propos recueillis par Marie-Anne Nourry | Publié le

Vos commentaires (3)

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SOLAZZI Robert.

L'idée semble à première vue intéressante et novatrice . Cependant elle est loin d'être nouvelle: il y a plus de trente ans que le Québec avait mis au point un programme ECC: Education au Choix de Carrière que nous avions adapté pour la France en 1988: Education des Choix , de la 6ème à la 3ème, suivi d'une nouvelle version en 1994...Des programmes ont été développés aussi pour les lycées ainsi que pour les Universités et les IUT (PPP). certains ont disparus, d'autres sont en plein développement. Il existe aussi des travaux d'évaluation qui montrent que la mise en place de tels programmes est chose complexe . Tous ces travaux mériteraient d'être mieux connus . A votre disposition

Houssem HAMZA.

Merci pour l'information. Je ne savais pas. En fait, il y a également pas mal d'autres outils "informatiques" d'aide au choix. Là où nous ambitionnons être innovants, c'est se baser non seulement sur un modèle 'descriptif' de ce qui est possible mais d'une analyse 'statistique" de ce qui a déjà été fait. En d'autres termes, nous analysons des millions de carrière professionnelles pour construire le modèle. Les résultats sont 'corrigés' en les confrontant à l'actualité socio-économique ainsi que les spécificités de chaque personnes (situation familiale, centre d'intérêt, contraintes fortes ...). Pour pouvoir jongler avec toute cette data, nous nous appuyons sur les technologies Big Data et Intelligence artificielle. #d4j #houssem_hamza

Houssem.

53,4 % des étudiants se sentent angoissés quand ils pensent à leur avenir! Ceci est dû surtout à un manque d'information sur les possibilités de carrière. En réalité, les informations existent et elles sont disponibles sur Internet. Mais il y en a tellement qu'il est humainement impossible de les traiter et d'en extraire quelque chose d'utile. C'est donc un problème d'outils. Nous avons besoin d'une technologie qui fait le tri dans un dédale d'information pour aider chaque étudiant à concevoir son plan de carrière personnalisé. Une carrière qui lui permettra non seulement de vivre dignement, mais aussi d'être épanoui. Nous travaillons dessus, Nous vous donnons rendez-vous dans quelques semaines. #D4J #TheAwesomeThing

Desclaux bernard.

Bonjour et merci de formuler cette idée ! Sauf qu'elle est théoriquement mise en œuvre dans notre beau système scolaire depuis... 1996 ! Education à l'orientation, PDMF (Parcours de découverte des métiers et des formations), PIIODMEP (Parcours individuel d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel), et à cette rentrée "Parcours d'avenir" ! Visiblement, l'idée est bonne, mais butte sur sa mise en oeuvre. Voir quelques uns de mes articles sur mon blog : Apprendre à s’orienter, d’hier à aujourd’hui (XI), ou la contrariété des procédures http://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2015/08/24/apprendre-a-sorienter-dhier-a-aujourdhui-xi-ou-la-contrariete-des-procedures/ par exemple.