Beaux-arts de Paris : la direction se défend au Sénat

Sophie de Tarlé
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Un atelier de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris © S.deTarlé
Un atelier de l'Ecole des Beaux-Arts de Paris © S.deTarlé // ©  Sophie de Tarlé
En février 2014, la Cour des comptes avait pointé du doigt la mauvaise gestion de l'Ecole des Beaux-arts de Paris entre 2001 et 2011. Suite à ce rapport, Nicolas Bourriaud, qui dirige l'établissement depuis novembre 2011, et Michel Orier, directeur de la création artistique au ministère de la Culture, ont répondu aux questions des sénateurs, le 30 avril 2014.

Les sénateurs ont eu la dent dure contre la direction des Beaux-arts de Paris. "Nous avons été éberlués", a même lâché François Marc, sénateur du Finistère, rapporteur général de l’audition présidée mercredi 30 avril 2014 par Philippe Marini (UMP, Oise), qui a fait suite à la publication d'un rapport de la Cour des comptes sur la mauvaise gestion de l'établissement entre 2001 et 2011.

Nicolas Bourriaud, directeur de l'ENSBA (Ecole nationale supérieure des beaux-arts) depuis novembre 2011, et Michel Orier, directeur de la Création artistique au ministère de la Culture, ont répondu aux critiques. Une quinzaine de sénateurs, dont Roger Karoutchi (UMP, Hauts-de-Seine) et Yann Gaillard (UMP, Aube), étaient présents. A noter qu'aucun représentant du ministère de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur (autre tutelle de l'école) n'avait fait le déplacement.

quelles améliorations côté gestion et rayonnement international ?

Concernant les critiques portant sur la gestion technique de l'école, Nicolas Bourriaud a répondu qu’une personne venait d'être recrutée pour mettre en place une comptabilité analytique, et qu'un contrat de performance, dont l'absence était surprenante pour un établissement public, était en cours de rédaction au ministère de la Culture.

La mauvaise gestion du patrimoine colossal de l’école (400.000 œuvres) a été aussi longuement abordée. Un trésor peu valorisé puisque les expositions n’accueillent pas plus de 30.000 visiteurs par an en moyenne. "Une convention avec le Centre Georges Pompidou est en cours", a déclaré Michel Orier, représentant du ministère de la Culture.

Autre point faible : l’absence de rayonnement international de l'école, marquée en particulier par la chute du nombre d’étudiants étrangers (de 30 à 15 %) et le faible nombre de professeurs étrangers. Nicolas Bourriaud a affirmé que l’ENSBA ne pouvait embaucher de professeurs étrangers que depuis 2013, et qu’aujourd’hui sur 29 chefs d’atelier, 11 étaient étrangers. Il a aussi précisé que le site de l’école allait être traduit cette année en anglais.

vers une plus grande autonomie financière ?

Les sénateurs ont par ailleurs insisté sur la nécessité d’augmenter les ressources propres pour que l’école se libère de la tutelle de l’Etat.

Nicolas Bourriaud a fait valoir qu’en 2010, les ressources propres se montaient à 818.000 € (608.000 issus de la location de salles et 210.000 du mécénat), tandis qu’en 2013, les dons atteignaient à eux seuls 810.000 €, la location de salles rapportant 485.000 €. "Une personne a été embauchée pour développer le mécénat", a-t-il expliqué. Renforcer les actions en matière de formation continue pourrait également permettre d'accroître les ressources. 

un Changement de nom en vue ?

La question du nom de l'école, jugé désuet par certains, a été abordée par le sénateur Yann Gaillard. Finalement, l’idée de remplacer l’ENSBA, "que personne ne connaît", par "Les Beaux-arts de Paris" a été suggérée par l’assemblée comme une piste possible.

Le problème de la taille critique a aussi été discuté par les sénateurs. Les effectifs (545) ont paru bien faibles pour une école de cette envergure, comparés aux 4.500 élèves de la Central Saint Martins de Londres. Nicolas Bourriaud a rétorqué qu’il était difficile de comparer son établissement au britannique qui accueille de nombreux départements, dont le design et le stylisme par exemple.

Enfin, concernant le coût élevé de la scolarité (19.000 € par élève et par an), le directeur a mis en avant le fait que celui-ci englobait toutes les missions de l’école et pas seulement l’enseignement. Le président de la séance, Philippe Marini, s’est pour sa part étonné que les frais de scolarité, par ailleurs très faibles (430 € par an), soient équivalents pour les étudiants français et étrangers. L’exemple de Sciences po, qui a imposé des tarifs dégressifs selon les revenus des familles, a été mis en avant comme une possible solution. Dans la discussion, l’exemple est aussi venu d’outre-Atlantique. "A la Juilliard School de New-York, les étudiants paient 38.000 $ par an", a rapporté Michel Orier. Un chiffre qui a fait rêver les sénateurs soucieux de redresser les comptes de l'école.


Sophie de Tarlé | Publié le

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