Bilan du quinquennat Sarkozy : la masterisation sur la sellette

Fabienne Guimont
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Alors que Nicolas Sarkozy porte la réforme des universités au pinacle, le président de la République ne cite jamais dans son bilan la réforme de la formation des enseignants , jugée «cruciale» à son lancement. Si la réforme dite de la masterisation a élevé le niveau de recrutement de bac+3 à bac+5, elle envoie devant les élèves des enseignants moins formés à la pratique du métier que leurs aînés. La masterisation, premier volet de notre rétrospective sur les réformes du quinquennat de Nicolas Sarkozy sur l’éducation et l’enseignement supérieur.

Ce qui a été annoncé


La réforme de la formation des enseignants visait à élever le niveau de recrutement des enseignants du premier et du second degré de la licence (bac+3) au master (bac+5), afin de se conformer aux standards de nombreux pays de l’OCDE. Par ailleurs, elle devait aussi rendre la formation initiale plus professionnalisante que celle dispensée dans les IUFM (instituts universitaires de formation des maîtres). Ceux-ci préparaient jusqu’alors une grande partie des étudiants l’année précédant le concours de recrutement et les étudiants-stagiaires pendant leur année de stage.   

La naissance de la masterisation a été pour le moins mouvementée. Entamée par Xavier Darcos, cette réforme a été strong>mise en œuvre aux forceps. Adoptée début juillet 2008, ses décrets d’application sont parus fin juillet 2009, sans que les conclusions de la concertation Marois-Filâtre ne soient prises en compte, et en pleine mobilisation des enseignants-chercheurs. La masterisation est pleinement entrée en vigueur à la rentrée 2010 .

Ce qui a été fait

Les étudiants qui se destinent à devenir enseignant doivent désormais s’inscrire dans un master disciplinaire ou un master «métiers de l’enseignement». La formation dure une année de plus qu’avant la réforme, où à la licence succédait une année de préparation aux concours dans un IUFM. Aujourd’hui, les concours se déroulent pendant le M2. S’ils sont reçus au concours (CAPES, CRPE, etc.), les nouveaux enseignants ne peuvent être titularisés que s’ils sont diplômés d’un master.

L’autre changement majeur réside dans l’année suivant le concours. Une fois admis, les jeunes enseignants sont désormais affectés devant les élèves sur un temps plein comme les titulaires, soit dix-huit heures en collège/lycée et vingt-quatre heures en primaire. Ils doivent en outre se former auprès d’un tuteur durant cette première année sur le terrain et suivre des stages de formation continue. Avant la réforme, une fois admis au concours, les enseignants-stagiaires passaient un tiers de temps dans un établissement devant les élèves et deux tiers de leur temps en formation, de nouveau dans un IUFM.

Cette formation professionnelle réduite a fait économiser à l'État 9.567 postes, selon le dernier strong>rapport de la Cour des comptes, alors que la réforme était mise en place dans le contexte de non-renouvellement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Mais, toujours selon la Cour des comptes, il faut aussi intégrer le coût du rallongement des études. Les économies induites par la réforme n'ont donc pas été si conséquentes.

Ce qu’en pensent les acteurs concernés

Unanimement décriée par des rapports , des syndicats d’enseignants , de parents, d’étudiants et la Conférence des directeurs d’IUFM , cette réforme cumule contre elle plusieurs griefs alors que sa mise en place a été jalonnée de strong>multiples bugs.

Du côté de la formation, tous dénoncent un programme trop chargé en master 2. Durant cette année de formation, les étudiants doivent non seulement se préparer au concours – dont le contenu n’est pas articulé avec le master –, décrocher leur diplôme, s’initier à la recherche et faire des stages dans des établissements… Également stigmatisée : la place du concours en M2.

Une crise des vocations

Également en ligne de mire des détracteurs : des strong>conditions d’entrée dans le métier dégradées avec des jeunes enseignants moins formés à la pratique de classe . En master, les stages de pratique accompagnée et les stages en responsabilité durent au plus douze semaines, sans caractère obligatoire. Une durée que les précédents enseignants-stagiaires devaient effectuer obligatoirement. Le rapport de la Cour des comptes de février 2012 note que «70% des enseignants recrutés au mois de juin [2010] n’avaient aucune expérience de l’enseignement » et qu’ils ont été affectés dans les établissements les plus difficiles, parfois sur plusieurs niveaux, sur plusieurs établissements…

La mise en place du tutorat pose des problèmes d’organisation, avec des enseignants et des tuteurs qui ne sont pas dans le même établissement. Les strong>masters en alternance dispensés dans une quinzaine d’académies restent une solution très partielle pour former les étudiants à la pratique de classe, car ils concernent moins d’un millier d’étudiants.

Enfin, le vivier de recrutement des enseignants s’est réduit avec le passage du niveau de sélection à bac+5. Entre 2010 et 2011, les inscriptions aux concours de l’enseignement ont fondu d’un tiers. Les annonces de suppressions de postes depuis trois ans pèseront-elles au final davantage sur les vocations que les campagnes de recrutement du ministère ? Même si celui-ci observe une reprise des inscriptions en 2012 , certains CAPES ont vu leur taux de sélectivité baisser et certains postes ne seront pas pourvus en 2012, faute d’admissibles en nombre suffisant. Cette réforme ne renforcera pas l’objectif fixé en toile de fond : celui de faire réussir tous les élèves alors que le malaise enseignant est toujouts patent.


Fabienne Guimont | Publié le

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