Bizutage : les chefs d’établissement sous surveillance

Julia Zimmerlich
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Valérie Pécresse sera-t-elle la ministre de l’Enseignement supérieur qui éradiquera définitivement le bizutage ? Quelques jours avant la rentrée, présidents d’université, directeurs d’établissement d’enseignement supérieur et proviseurs ont reçu un courrier de la ministre. Son objet : la prévention et la lutte contre le bizutage. Une exclusivité Educpros.

Pour la rentrée 2010, Valérie Pécresse prend les devants. Elle s’adresse directement aux doyens et chefs d’établissement au sujet de la lutte contre le bizutage. Les années précédentes, la thématique était abordée  lors de la réunion de rentrée des recteurs d’académie. Dans un courrier, daté du 30 août 2010, qu'Educpros s'est procuré, la ministre donne le ton : « Je ne tolèrerai aucun manquement ». Elle appelle à leur responsabilisation : « Malheureusement, des dérives existent et les pratiques de bizutage subsistent dans certains établissements d’enseignement supérieur. Il vous appartient d’avertir la communauté étudiante et vos personnels que le bizutage porte atteinte à la dignité de la personne humaine et constitue un délit. »  

Valérie Pécresse rappelle l’existence de sanctions pénales à l’encontre des auteurs des faits de bizutage, ainsi que toutes les personnes physiques « qui ont créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n’ont pas pris les mesures permettant de l’éviter » (article 121-3 du Code pénal). En clair, les chefs d’établissements, « responsables de l’ordre et de la sécurité dans les enceintes et locaux ».

Au-delà des sanctions pénales, la ministre invite les doyens et chefs d’établissements à engager des « poursuites disciplinaires à l’égard des auteurs des faits (ces sanctions peuvent aller jusqu’à l’exclusion temporaire ou définitive des étudiants) ». Les personnels de l’éducation nationale sont également concernés par cette mise en garde « s’il est avéré qu’ils ont, par leur comportement, organisé, encouragé, facilité le bizutage ou s’ils se sont abstenus de toute intervention pour les empêcher. »

Création d’un collectif contre le bizutage à l’ENSAM Cluny
Au centre de Cluny de l’ENSAM, en Saône-et-Loire, un collectif s’est créé pour dénoncer la « Période de transmission de valeurs » (PTV, qui a remplacé le terme d’usinage) qui se pratique au sein de l’établissement. Mardi 30 août 2010, jour des inscriptions des étudiants de première année, ils étaient une trentaine de militants, principalement syndicalistes, à s’être rassemblés devant l’école pour distribuer des tracts. « Nous sommes là pour informer les étudiants et leurs parents des dérives de l’usinage, explique Roger Chambard, membre de ce collectif. Nous avons également créé un « point écoute » sur Cluny. »

Dans une lettre en date du 15 octobre 2009, le médecin Dr Cécile Lacharme, qui intervient au centre de Cluny, confirmait l'existence de
« harcèlement moral très élaboré » pendant la PTV. « Des élèves de plus en plus fatigués », « une participation systématique obligatoire, quotidienne et prolongée tard les soirs », « des humiliations verbales répétées, portant souvent sur les mêmes étudiants » avaient alerté le médecin lors de ses visites médicales. Dans ce courrier, adressé au directeur de l’ENSAM Cluny, Dr Cécile Lacharme exprimait son indignation : « Peut-on au prétexte que l’ENSAM a de bons cotés, mettre des œillères sur ce qui s’y passe en coulisses ? […] Je suis outrée que vous laissiez les choses se faire dans votre établissement. »

Contacté par la rédaction, le directeur de l’ENSAM Cluny, Alain Dovillaire, a affirmé avoir immédiatement suspendu toute manifestation relative à la PTV après réception de ce courrier le 17 novembre 2009. À la demande du conseil d’administration de l’école, tous les centres de l’ENSAM ont mené un travail de concertation réunissant professeurs, personnels administratifs et étudiants, pour préparer la rentrée de 2010. « Lors de mon discours de rentrée en présence des parents de nos étudiants, j’ai insisté sur trois points : la sécurité, la lutte contre la consommation d'alcool et le respect des lieux et des personnes, a expliqué Alain Dovillaire. Nous luttons contre toute forme de bizutage. Il n’est pas question de remettre en cause tout le système de transmission de valeurs de l’ENSAM, mais de travailler sur les aspects qui nuisent au bon déroulement pédagogique. » Parmi les nouveaux dispositifs, le directeur du centre s'est engagé à rencontrer chaque semaine des étudiants de première année pour s’assurer du bon déroulement de la PTV.

Voir l’enquête complète sur le nouveau visage du bizutage sur letudiant.fr Bizutage : ça continue


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