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Brest Business School passe sous pavillon chinois

Géraldine Dauvergne
Publié le
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L'école de commerce de Brest est rachetée par le groupe chinois Weidong qui détient plus de la moitié du capital.
L'école de commerce de Brest est rachetée par le groupe chinois Weidong qui détient plus de la moitié du capital. // ©  Jean Claude MOSCHETTI/REA
En investissant 7 millions d'euros, le géant chinois de l'éducation par Internet entre au sein de la gouvernance de l'école de management, et y devient majoritaire face à la CCI de Brest. Cette prise de contrôle d'un établissement d'enseignement supérieur français par un groupe chinois est une première.

Soulagement, à la Chambre de commerce et d'industrie métropolitaine de Brest. Sa grande école de commerce, Brest Business School, a trouvé un partenaire de taille, accueilli comme le messie. Lors de l'assemblée générale du 27 septembre 2016, les élus ont voté une délibération faisant entrer au sein de la gouvernance de l'école le groupe Weidong Cloud Education, l'un des leaders de l'éducation par Internet en Chine. Avec, à la clé, 10,7 millions d'euros de fonds propres injectés sur la période 2016-2020 : 7 millions d'euros apportés par Weidong et 3,7 millions d'euros par la CCIM (Chambre de commerce et d'industrie métropolitaine) Brest.

LA CCI Bretagne se retire de l'ESC Brest

La chambre brestoise avait lancé, fin 2015, par l'intermédiaire du cabinet de conseil August & Debouzy, une procédure d'"appel à manifestation d'intérêt", afin de relancer sa grande école de commerce qui venait de recouvrer son autonomie, mais se trouvait gravement fragilisée par la fusion et la dissolution successives de France Business School.

"Deux beaux projets nous ont été présentés : l'offre du réseau Studialis, et celle de Weidong Cloud Education, raconte, visiblement ravi, Mériadec Le Mouillour, directeur de la CCI de Brest. C'est la qualité du projet du groupe Weidong, doublée de sa philosophie d'ancrage territorial fort, en Bretagne et dans le Shandong, qui a convaincu et remporté l'adhésion des élus."

À l'issue du vote, la chambre régionale de commerce et d'industrie s'est retirée d'ESC Force Ouest, l'association gestionnaire de l'école, dont elle était membre à parité aux côtés de la CCI métropolitaine. "La CCI de Brest en a toujours été l'acteur principal, assure néanmoins Mériadec Le Mouillour. La CCI de Bretagne a voulu faciliter la transition vers un projet nouveau. À présent qu'émerge un nouvel avenir pour l'école, son rôle se termine au sein de l'association, de manière logique."

Tripler le nombre d'étudiants

Le plan d'investissement porté par Weidong prévoit de tripler le nombre d'étudiants de l'école de management, qui en compte aujourd'hui à peine 500. D'ici à 2020, avec les fonds apportés par le groupe chinois, elle devrait accueillir 1.500 élèves sur trois sites français : ceux de Brest, Vannes – sur les deux campus déjà existants –, et un nouveau site à Paris.

"Ces chiffres sont des repères rassurants, mais notre projet est bien plus complet qu'une simple augmentation d'effectifs, argumente Dai Shen, vice-président de Weidong, interrogé par EducPros. Notre plan va se déployer sur la période 2016-2020 et repose sur quatre axes : une très forte internationalisation, la place accrue des technologies digitales, la montée en puissance de la formation continue et le développement de l'entrepreneuriat et de l'innovation."

Demos, déjà dans le panier de la mariée

Le groupe chinois, qui a vu le jour en 1998, s'est d'abord illustré dans la construction et la promotion immobilières, puis dans l'exploitation d'actifs hôteliers, avant de lancer, en 2012, deux fonds d'investissements, consacrés à l'éducation et aux nouvelles technologies. Aujourd'hui, Weidong Cloud Education s'attache à prendre de l'ampleur dans le domaine de la formation continue et à développer sa propre solution d'e-learning.

En débarquant à Brest, le groupe chinois apporte donc dans sa hotte une quantité de solutions prêtes à l'emploi pour la mise en œuvre du plan de relance de l'ESC. Le groupe, en partenariat avec l'Unesco, a développé une plate-forme de ressources et de services éducatifs, mise à disposition dans 195 pays. Enseignants et élèves y auront bien sûr accès. Un nouveau campus verra naturellement le jour en Chine, dans le Shandong.

Quant à l'incubateur de l'école brestoise, l'un des premiers de France, il sera "étendu" pour devenir franco-chinois. "La coopération de Weidong avec Brest Business School va enfin compléter notre offre de formation continue", souligne Dai Shen, par ailleurs directeur général du groupe Demos, numéro 2 de la formation continue en France, dont le capital est détenu à 56 % par le groupe Weidong depuis sa prise de contrôle, en janvier 2016.

une coopération franco-chinoise ancienne

La prise de participation par un groupe chinois dans un établissement d'enseignement supérieur français est une première en France. Ce rapprochement inédit de partenaires chinois et bretons ne manquera pas d'étonner, voire d'inquiéter, alors que plusieurs établissements français sont déjà détenus par des Américains.

Les protagonistes de l'opération, eux, se veulent rassurants et mettent en avant leur histoire commune. "La coopération entre les deux pays en matière d'enseignement est vivace depuis près d'un siècle, depuis la création, en 1921, de l'Institut franco-chinois de Lyon", rappelle Dai Shen, qui a exercé des fonctions au sein de plusieurs grandes écoles françaises (Neoma Business School, France Business School, et EMLyon Business School).

Mériadec Le Mouillour souligne pour sa part les liens très forts existants entre la région française et la province chinoise. "Le groupe Weidong est basé à Qingdao, ville jumelée avec Brest et située dans la province du Shandong, elle-même jumelée avec la Région Bretagne ! Depuis plusieurs années, nous menons ensemble des projets de tous ordres, dans les domaines de la recherche, de l'industrie, du commerce ou du portuaire."

Enfin, Dai Shen ne parle que de "coopération" avec Brest. "Le terme 'prise de contrôle' ne convient pas dans le cadre d'une structure gérée par une association, même si le groupe Weidong est appelé à participer au financement et à prendre part aux décisions stratégiques de Brest Business School." Une nouvelle ère s'ouvre pour l'école de commerce bretonne...


Géraldine Dauvergne | Publié le

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O'Rorke.

Voilà un beau mariage ! intéressant ! l'internationalisation, le digital, l'entrepreneuriat et l'innovation...sont incontestablement porteurs. Si le management est à la hauteur, gageons que Brest BS va faire parler d'elle dans les prochaines années et pas qu'en Bretagne !

Seb M.

Voila une bonne nouvelle pour l'ESC de Brest. L'échec retentissant de FBS a offert à la fois une chance et un sursis à cette école en perte de vitesse. Mais l'après FBS a été pire que l'avant. Une Direction sans leadership et sans stratégie, doublée d'un communication calamiteuse surfant sur l'image nuisible de FBS a ramené cette école à son plus bas niveau de recrutement des années 2000. C'est à se demander pourquoi cette école bien ancrée dans son territoire ( 50 ans d'existence) n'a pas repris ses anciennes couleurs d'ESC Bretagne Brest en recrutant un manager capable de la revitaliser ( à l'image de l'ESC Clermont - ex-FBS-qui a su réactiver ses réseaux et rebondir après deux années pourtant difficiles). Faute de vision stratégique et d'investissement, voila l'ESC Brest devenue un investissement pour le puissant groupe Weidong. La CCI retiendra la leçon que sans management performent et sans investissement, un capital semi-séculaire peut passer aux mains d'entrepreneurs plus ambitieux. Les investissements nécessaires sont là semble t-il, mais un nouveau management suivra t'il ?

Thomas.

Que va obtenir une (petite) ESC française d'un tel partenariat? Dans un contexte où beaucoup d'ESC sont en difficulté et ne remplissent pas. Affaire à suivre...

Valliot Regis.

Voilà un bel ancrage culturel ! Au delà de l'industrie et de la finance , cette fusion des esprits dans l'éducation de nos enfants avec les Chinois est le meilleur gage de tissage des commerces et des emplois futurs de nos deux pays. Bravo aux bretons d'avoir saisi cette opportunité et d'avoir voulu ce mariage prometteur d'un bel avenir porteur pour les jeunes bretons. Gageons que des parisiens viendront étudier en Bretagne !