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Budget de Sciences po Lille : le coup de gueule du directeur


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Pierre Mathiot - Sciences po Lille
Pierre Mathiot - Sciences po Lille // ©  Camille Stromboni
Pierre Mathiot en a marre et il le fait savoir. Le directeur de Sciences po Lille a convié les journalistes, vendredi 8 octobre 2010, dans son établissement. "Nous sommes en permanence au bord de quitter la route", affirme-t-il. Le problème ? Le manque de moyens de son école. Dans le viseur : l’Etat.

"L’Etat donne 2.400€ par an pour un étudiant à Sciences po Lille, contre plus de 5.000€ à l’université Lille 3, ou 9.000€ à Sciences po Paris"

Avec un budget consolidé de 6 millions d’euros par an, pour 1700 étudiants, c’est la "tension permanente" pour l'IEP lillois . "La DGESIP reconnait que nous sommes mal dotés. Notre évaluation par l’AERES ne pointe d'ailleurs qu’une seule faiblesse : les moyens, financiers et humains !", raconte Pierre Mathiot. A titre de comparaison, le directeur rappelle que l’Etat donne 2.400 euros par an pour un étudiant à Sciences po Lille, contre plus de 5.000 euros à l’université Lille 3 par exemple, ou encore 9.000 euros à Sciences po Paris . L'école lilloise est également la moins dotée parmi les IEP de province, selon le directeur.

Budget : "Nous avions demandé le triple et des postes supplémentaires"

"L’Etat continue de mettre toujours plus de moyens vers les établissements les plus dotés", dénonce-t-il. Son établissement public a pourtant obtenu 250.000 euros de plus par an lors de la signature du dernier contrat quadriennal, avant l’été, mais c’est loin d’être suffisant pour une marche normale de l’IEP, explique-t-il. "Il ne s’agit même pas du rattrapage de l’augmentation du nombre d’étudiants ! Nous avions demandé le triple et surtout des postes supplémentaires".

"Le ministère tient un discours d’excellence sans nous en donner les moyens"

En un peu plus de cinq ans, l’établissement est passé de 800 à 1700 étudiants, avec le passage de trois à cinq années d’études. "La taille des promotions est bloquée. Cela fait plus de cinq ans que nous n’y touchons pas alors que le nombre de candidats ne cesse d’augmenter. Avec 34 postes statutaires (20 enseignants-chercheurs et 14 postes d’agents administratifs), nous ne sommes pas assez nombreux, explique-t-il. Notre service de concours, c’est une personne ! Pareil pour la gestion des stages, avec 800 conventions délivrées chaque année." L’école embauche en outre près de 400 vacataires.

"Le ministère tient un discours d’excellence sans nous en donner les moyens", conclut le quadragénaire, qui a convaincu plusieurs parlementaires locaux de pousser sa voix auprès de la ministre . En vain pour l’instant.

De nouveaux locaux pour 2013

"Nous recevons des injonctions pour faire des travaux de sécurité", raconte Pierre Mathiot. Ambiance... Situé dans le sud de la métropole lilloise, le bâtiment de briques rouges de l’IEP n’est plus tout jeune et peu adapté à tant d’étudiants. "Nous n’avons plus assez de place", explique-t-il. Le déménagement prévu dans de nouveaux locaux sur le site Angelliers à Lille devrait résoudre le problème, mais il n’interviendra qu’en 2013.

Petite anecdote. L’établissement a mis de côté une "réserve" pour ce déménagement, l’équipement des salles à venir et les coûts supplémentaires engendrés par des locaux plus grands : 1 million d’euros. Une somme que l’Etat serait ravi de le voir utiliser dès maintenant pour boucher les trous, déplore le responsable. "On nous reprocherait presque d’avoir cet argent de côté ! C'est hors-de-question", affirme-t-il.

Pour l'ouverture sociale, il faut aussi des moyens

"Nous serions ravis de mettre en place des oraux mais c'est impossible car nous n'avons pas les moyens", indique Pierre Mathiot. Une manière pour lui d'ouvrir socialement les concours des grandes écoles .

Avec son dispositif PEI (la prépa au concours de l'IEP destinée aux élèves défavorisés, 600 collégiens et lycéens cette année), Sciences po Lille a réussi à atteindre un taux de boursiers de 22 %. "Nos concours sont de plus en plus sélectifs et PEI nous permet juste de maintenir ce taux. Je ne vois pas comment faire autrement", explique-t-il.

Limiter les biais sociaux en modifiant les épreuves ? Le concours commun (Aix, Lille, Lyon, Rennes, Strasbourg, Toulouse) a déjà borné son sujet de culture générale à deux thématiques , tandis que l'épreuve de langues est calquée sur celle du bac.

Et la discrimination positive, version Sciences po Paris ? Pas à l'ordre du jour du tout. "Je veux garder notre concours républicain, indique le directeur. Sur les 140 élèves admis en première année à Lille, 15 viennent de PEI. Soit une proportion quasi-identique à celle de Sciences po Paris [120 étudiants admis via les conventions Education prioritaire sur 1100 admis (hors procédure internationale)]". Pas plus efficace donc, mais pas seulement. "En termes de légitimité, avec PEI, vous entrez par la même porte que les autres", défend-il.


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