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Budget : l'université de Limoges redresse (doucement) la barre

Morgane Taquet
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Université de Limoges - Fac de lettres // © Isabelle Dautresme
En 2016, Limoges figurait sur la liste établie par la Cour des comptes recensant les universités dans une situation financière très dégradée. // ©  Isabelle Dautresme
Après plusieurs années de déficit, l'université de Limoges a fini l’année 2017 avec un compte financier positif. Un revirement dû à un sévère plan de retour à l'équilibre et à des financements européens bienvenus.

C'est un fait devenu rare dans les conseils d’administration des universités ces dernières années. Celui de l’université de Limoges a adopté (22 pour et 6 abstentions), vendredi 9 mars 2018, un compte financier positif, après plusieurs années de déficit.

"Après deux années budgétaires aux résultats nets négatifs (- 420.000 euros en 2015, – 1,4 million d’euros en 2016) accompagnés d’une chute de la trésorerie et du fond de roulement, l’université de Limoges dégage un résultat net positif de 926.000 euros, notamment grâce aux recettes de 550.000 euros du CFA Sup, en 2017”, détaille l’établissement dans un communiqué.

Une "inversion de tendance"

"Nous ne sommes pas dans une situation de retour à l'équilibre, disons que nous avons inversé la tendance, et que, cette année, nous finissons tout juste à l'équilibre, tempère Alain Célérier, président de l'université. L'équilibre serait d'avoir un fonds de roulement à 15 millions, de remonter la trésorerie et en plus d'avoir des capacités d'autofinancement."

En 2016, Limoges faisait partie de la liste établie par la Cour des comptes recensant les universités se trouvant dans une situation financière très dégradée. En 2017, des mesures drastiques avaient été prises : le gel de 43 postes et une réduction de 17 % de l'enveloppe de l'offre de formation.

L'équilibre serait d'avoir un fonds de roulement à 15 millions, de remonter la trésorerie et en plus d'avoir des capacités d'autofinancement.
(A. Célérier)

"Nous savions que nos comptes financiers s'enfonçaient depuis au moins deux ans. Un audit IGAENR nous a permis de nous rendre compte de l'aspect critique de la situation, et d'adopter, en juillet 2017, le principe d'un plan de retour à l'équilibre sur cinq ans qui prévoyait effectivement le gel d’un certain nombre de postes. Il faut avoir à l'esprit que les marges pour retrouver du résultat positif sont minces, et concernent essentiellement la masse salariale", affirme Alain Célérier, qui précise qu'"en 2017, la part de fonctionnement a été également réduite de 5 %, soit 1,4 millions d'euros".

Lire aussi. Budget en déficit des universités : quel rôle pour le recteur ?

Six projets européens opportuns

Comme le prévoit le plan de retour à l'équilibre, la trajectoire de réduction des dépenses ne ralentira pas sur le budget 2018, "qui devrait permettre de dégager au moins 1 million pour alimenter le fonds de roulement", selon le président. En termes d'emplois, 25 à 30 postes supplémentaires devraient être gelés, pour arriver à un total d’environ 75 postes en 2018. D'ici à cinq ans, le gel pourrait concerner une centaine d'emplois.

Sur le volet de l’offre de formation, pas de transformation prévue dans les années à venir. "Nous étions en surrégime les années précédentes, à environ 170 % de notre potentiel d'offre de formation. À la rentrée 2018, nous atteindrons près de 140 % de notre potentiel, ce qui est davantage dans la moyenne des autres universités. Cette offre a déjà été revue en 2017, nous sommes désormais à l'objectif", précise Alain Célérier.

Au-delà du plan de retour à l'équilibre, le président estime également que son établissement a été chanceux en 2017 : "Nous avons remporté six projets européens de plusieurs millions d'euros sur nos pépites de recherche dans le domaine des céramiques appliqués à l’électronique." Désormais, l'université, qui a échoué "pas loin de la barre" lors du premier appel à projets "École universitaire de recherche", prévoit de candidater à nouveau pour la prochaine vague, sur ces thématiques pour lesquelles elle a déjà obtenu un labex, le Sigma-LIM.

Un "non-évènement" pour le Snesup

Comment la communauté universitaire et étudiante réagit-elle à cette “inversion de tendance” ? “Après les réticences et les contestations de l'année dernière, l'ensemble des personnels a compris que ce qu'on leur proposait était relativement raisonnable”, estime Alain Célérier. Un sentiment que ne partage pas tout à fait Chloé Ouaked, cosecrétaire générale de la section locale du Snesup à Limoges.

Les mesures d'économies et les gels de postes entraînent une dégradation des conditions de travail et un alourdissement des nos tâches.
(C. Ouaked)

"C'est oublier que les informaticiens se sont mis en grève il y a quelques semaines regrettant une modification du calcul de leur rémunération et la baisse des salaires des nouveaux entrants. Les mesures d'économies et les gels de postes que l'on nous impose entraînent une dégradation des conditions de travail et un alourdissement des nos tâches. Par conséquent, les situations de souffrance au travail et de burn out se multiplient", s'alarme la syndicaliste.

Selon elle, ce "retour en positif" est "un non-évènement, une communication de la présidence qui ne change pas grand-chose à la situation de l'université". Le problème serait ailleurs. "La situation budgétaire critique de notre université est liée au sous-financement des universités et en particulier au sous-financement des petites et moyennes universités, qui ne sont jamais les bienvenues lors des grands appels à projets nationaux", regrette-t-elle.


Morgane Taquet | Publié le

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