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Campus Condorcet : tensions entre la Région Ile-de-France et le ministère


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Accrochage. La Région Ile-de-France et le ministère de l’Enseignement supérieur s'opposent sur le mode de financement du Campus Condorcet (Aubervilliers-La Chapelle). Des frictions politiques qui soulèvent une question plus technique : le bien-fondé du recours au PPP (partenariat public-privé).

"Nous sommes prêts à mettre 171 millions d'euros sur Condorcet. A une condition : pas de PPP ! Nous avons toujours eu cette position"

"La ministre instrumentalise un dossier de manière politicienne pour régler ses comptes avec la Région et dire une fois encore, que l’Ile-de-France ne fait rien dans l’enseignement supérieur. Elle prive ainsi le futur campus de 171 millions d’euros !", déplore Isabelle This Saint-Jean , vice-présidente socialiste en charge de l'enseignement supérieur et de la recherche au Conseil régional.

La question du mode de financement des projets "Condorcet"

Quel est l’objet du litige ? Valérie Pécresse a annoncé, lundi 7 mars 2011, le lancement de la première phase du Campus Condorcet (lire le communiqué ). Jusque là, pas de problème. Elle a également précisé que le cœur du campus (à Aubervilliers) serait réalisé en PPP (Partenariat public-privé). Rien de surprenant pour un ministère qui a toujours soutenu cette modalité de financement. En revanche, pour la Région, qui avait prévu de financer notamment la bibliothèque de ce futur campus, cette décision change la donne.

"La ministre était prête à ce que ce financement de la Région intervienne en propre et les discussions laissaient entendre que cela était possible"

"Nous sommes prêts à mettre au total 171 millions d’euros sur Condorcet (Aubervilliers et Porte de la Chapelle). Mais c’est à une condition : pas de PPP (partenariat public-privé) ! Nous avons toujours eu cette position, le ministère ne le sait que trop bien", explique Isabelle This Saint-Jean, qui ne cache pas son étonnement. "En juin , la ministre a bien dit qu’elle était prête à ce que ce financement de la Région intervienne en propre (1), et jusqu’à présent, les discussions laissaient entendre que cela était tout à fait possible, comme cela se fait ailleurs", ajoute la vice-présidente, scandalisée par ce qu'elle estime être un véritable revirement.

Une opposition aux PPP par souci de meilleure gestion des deniers publics

Résultat : une situation de blocage. Le cœur du campus, qui inclut la bibliothèque, se fera en PPP, confirme le ministère. La Région est selon lui coincée dans une position idéologique, tandis que le plus important est de garantir l’avenir de ce campus, pour lequel la Région n’a jamais manifesté un grand enthousiasme, glisse-t-il.

"Selon le ministère, la Région est coincée dans une position idéologique, tandis que le plus important est de garantir l’avenir de ce campus"

"C’est tout sauf une position dogmatique, se défend Isabelle This Saint-Jean. La Région a toujours soutenu ce projet, elle en est même à l'origine. Mais nous ne participons à aucun PPP dans quelque secteur que ce soit, et ce pour une raison très simple : c’est dans l’intérêt de nos concitoyens, afin d’assurer la meilleure gestion possible des deniers publics".

Et d'avancer plusieurs arguments à l'encontre de ce mode de financement . Il serait plus intéressant financièrement que la Région, très bien notée (triple A) emprunte, plutôt que les entreprises comme c’est le cas dans ces partenariats. De plus, il n’y aurait aucune assurance quant à une meilleure maintenance des bâtiments à long terme - ce qu'affirme le ministère -  les entreprises rognant en général sur ces sommes afin de supporter les surcoûts qui sont monnaie courante de tout chantier. Côté ministère, ce mode de financement est envisagé comme un moyen de lancer au plus vite le projet, et de le  pérenniser en assurant la maintenance des futurs bâtiments à long terme.

En attendant que ça passe ...

"C'est une bataille qui nous dépasse, nous n'avons aucune religion sur le PPP, nous souhaitons juste que le campus soit construit"

Qu'en pensent les premiers concernés … les établissements ? "C'est une bataille qui nous dépasse, nous n'avons aucune religion sur le PPP, cela ne nous regarde pas, nous souhaitons juste que le campus soit construit", indique Jean-Claude Colliard , président de l'université Paris 1.

"Il est normal et naturel, lorsqu’on a deux financeurs, qu’il y ait des discussions, ajoute Jean-Loup Salzmann , président de Paris 13. Qu’on ne nous demande pas de jouer les arbitres, ce n’est pas notre rôle. Nous sommes en train d’avancer et jusqu’à présent nous n’avons pas été freinés". Le président conclut avec un brin de philosophie, citant Deng Xiaoping : "peu importe que le chat soit gris ou noir pourvu qu'il attrape les souris".

(1) Lors d’une conférence de présentation du campus le 3 juin 2010, la ministre proposait "des financements découplés dès lors que la Région prendrait en charge un bâtiment entièrement".

Un échange de lettres ... tout en amabilité

- "Vous avez récemment confirmé aux présidents des universités d'Ile-de-France un engagement de la Région de 900 millions d'€, dont seulement 200M€ hors CPER. Ces crédits ne paraissent pas à la hauteur de l'enjeu" (Valérie Pécresse)

- "Du côté de l'Etat, aucun euro n'a, à ma connaissance, été à ce jour versé aux établissements alors même que ces crédits au titre des intérêts Campus ont bien été inscrits aux budgets prévisionnels 2009 et 2010, en affichage" (Jean-Paul Huchon)

L'échange de lettres entre le président du conseil régional d'Ile-de-France et la ministre de l'Enseignement supérieur laisse présager du climat. Lire la lettre envoyée par Valérie Pécresse et la réponse de Jean-Paul Huchon .

Lire aussi
Le billet de Pierre Dubois, blogueur EducPros, intitulé PPP : Clignancourt et ailleurs .

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