Grandes écoles : Anne-Lucie Wack, une nouvelle présidente discrète

Cécile Peltier, Guillaume Mollaret
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Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE.
Anne-Lucie Wack, présidente de la CGE. // ©  Montpellier Supagro
Anne-Lucie Wack a été élue présidente de la Conférence des grandes écoles, mardi 9 juin 2015. Jusqu'ici simple membre de la Conférence, la directrice de Montpellier SupAgro est peu connue du sérail mais très appréciée par ceux qui l'ont croisée. Prudente, elle prône une stratégie fondée sur le dialogue.

La continuité a prévalu. Sans surprise, le nouveau conseil d'administration de la CGE (Conférence des grandes écoles) a choisi Anne-Lucie Wack pour succéder à Philippe Jamet, qui lui avait apporté son soutien. Seule candidate, la directrice générale de Montpellier Supagro a été élue à l'unanimité.

Partisan d'une ligne jugée par certains trop agressive, Loïck Roche, directeur de GEM (Grenoble École de management) et président du Chapitre des écoles de management, s'est finalement présenté pour la vice-présidence face à Hervé Biausser. Mais c'est le directeur de CentraleSupélec qui a recueilli la majorité des voix pour le poste de vice-président du collège "écoles" (voir encadré). Le second vice-président, issu du collège "entreprises", est le directeur général adjoint enseignement, recherche et formation à la CCI de Paris Île-de-France, Xavier Cornu.

Première femme à présider la Conférence, Anne-Lucie Wack représente aussi les écoles d'agronomie, traditionnellement peu représentées dans les instances consultatives. "J'ai été la première femme directrice générale d'une grande école d'enseignement supérieur agronomique [en 2013] et suis l'une des rares femmes à diriger un établissement d'enseignement supérieur", remarque celle qui voit dans cette élection "un signal fort" dans un paysage de l'enseignement supérieur français "très marqué par un leadership masculin".

Peu connue du sérail

Cette diplômée de l'INA P-G (Institut national agronomique Paris-Grignon, devenu AgroParisTech), titulaire d'un doctorat en génie des procédés, n'est pas très connue du sérail, et en particulier des écoles de management. "C'est une candidature qui peut apparaître comme celle du Chapitre des écoles d'ingénieurs", glissait un directeur d'école de commerce, quelques jours avant le scrutin. "Personne ne la connaît !", ajoutait un autre, plus grinçant.

"Les écoles de management me connaissent peu, concède-t-elle, mais c'est une composante très importante de la CGE, et je serai très attentive à leurs spécificités. Ce qui est intéressant au sein de la Conférence, c'est sa transversalité." "Elle a le bagage suffisamment large et le parcours qui lui permettront de réussir dans ce nouveau poste, estime Claude Bernhard, administrateur provisoire de l'IAVFF (Institut agronomique, vétérinaire et forestier de France). Au premier abord, elle pourrait sembler réservée mais elle est capable de s'exprimer avec force et pertinence."

Tout au long de sa carrière, elle s'est d'ailleurs impliquée dans de nombreuses instances d'évaluation ou de pilotage. Elle a ainsi été membre du comité pour l'élaboration de la Stranes (Stratégie nationale de l'enseignement supérieur), après avoir été membre du comité de pilotage national des assises de l'enseignement supérieur et de la recherche en 2012.

Il faut faire émerger un projet collectif au sein de la Conférence des grandes écoles.
(A-L. Wack)

"Une personne discrète mais d'une efficacité redoutable"

Et si, justement, sa discrétion était sa force ? Dans la région de Montpellier où elle a pour l'instant effectué l'essentiel de sa carrière, on ne tarit pas d'éloges : "C'est une personne discrète mais d'une efficacité redoutable. Elle maîtrise remarquablement ses dossiers", remarque Emmanuel Roux, président de l'université de Nîmes et administrateur provisoire de la Comue.

"Elle possède une grande capacité de travail, d'écoute et d'analyse. C'est aussi une collègue qui a déjà fait preuve de ses compétences en matière de gestion et d'administration puisqu'elle a été amenée à redresser Montpellier SupAgro dès sa prise de fonction", renchérit Philippe Augé, président de l'université de Montpellier. Des qualités auxquelles viennent s'ajouter "une palette complète de compétences", selon Michel Eddi, le président du Cirad (Centre international de recherche sur l'environnement et le développement), où elle a commencé sa carrière.

"Un esprit d'ouverture et de dialogue"

Travail, écoute, analyse... Des valeurs qui semblent au cœur du projet de la nouvelle présidente pour la CGE. Aux mauvaises langues qui verraient uniquement en elle la candidate de Philippe Jamet, Anne-Lucie Wack défend son projet de porter les préoccupations des grandes écoles dans "une période clé" marquée par l'élaboration d'une stratégie nationale de l'enseignement supérieur, puis par l'élection présidentielle de 2017. "Les grandes écoles doivent être force de proposition", assure-t-elle.

Alors que Loïck Roche prônait "un changement de braquet" et une posture plus offensive sur les dossiers chauds (stages, césure, réforme de la taxe d'apprentissage, fonds de roulement...), Anne-Lucie Wack arrondit les angles : "Je ne suis pas contre toutes les options proposées par Loïck Roche, mais je crois qu'avant d'aborder la question de la méthode, il faut d'abord faire émerger un projet collectif au sein de la Conférence. La CGE défendra ses positions avec fermeté comme elle l'a toujours fait, mais dans un esprit d'ouverture et de dialogue avec l'ensemble de ses partenaires, et notamment les pouvoirs publics." 

Lire la biographie de Anne-Lucie Wack

Loïck Roche : “Ce qui est important, c’est d’avoir dit les choses”

Candidat à la vice-présidence du collège “écoles” de la CGE, le directeur de GEM et président du Chapitre des écoles de management, n’a obtenu que 4 voix sur 23 face à Hervé Biausser, directeur de CentraleSupélec.

Face à ce résultat, il se veut philosophe : “Je me suis présenté dans un souci d’équilibre écoles d’ingénieurs/écoles de management. Qui mieux que les écoles de management pour porter, outre l’intérêt des grandes écoles, ses intérêts ? Étant le seul représentant des écoles de management, Hervé Biausser a été élu de façon claire dans un climat extrêmement serein…”, confie Loïck Roche, bon perdant. “Ce qui est important, c’est d’avoir dit et posé des idées qui, je pense, vont finir par faire leur chemin. De mon côté, je continuerai à porter les spécificités des écoles de commerce. Je suis le premier à me mettre au service de la nouvelle équipe, il en va de l’avenir des grandes écoles !”

Il n’y a pas de problème de personne. Il y a une situation qui justifie que les écoles de management posent un certain nombre de questions mais il n’y a pas, je pense, d’écart sur la stratégie, sur les orientations et sur le fait de reprendre la réflexion sur les sujets prioritaires”, renchérit Hervé Biausser, qui, comme Anne-Lucie Wack, brandit “la transversalité de la conférence”.

Cécile Peltier, Guillaume Mollaret | Publié le

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lol.

En effet très discrète sur de nombreuses choses ...

Henri.

L'élection de la Présidente est incontestable. Il aurait été plus équilibré que le Vice-Président "écoles" soit un directeur d'écoles de management. Quant au Vice-Président "entreprises" il est assez extravagant qu'il s'agisse d'un apparatchik consulaire et pas d'un homme d'entreprise.