Christian Demuynck (rapporteur sur le décrochage universitaire) : « Je préconise la création d’une université des métiers »

Propos recueillis par Sophie de Tarlé
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Christian Demuynck
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Christian Demuynck, sénateur de Seine-Saint-Denis et maire de Neuilly-Plaisance (93), a remis, le 14 juin 2011, un rapport à Valérie Pécresse sur le décrochage des étudiants à l’université. Il nous livre ses préconisations pour les 80.000 étudiants décrocheurs.


Quelles sont les conclusions de votre rapport ?


En matière de lutte contre le décrochage universitaire, nous sommes les meilleurs. Car, contrairement aux autres pays de l’OCDE, nous avons une multitude de formations, BTS, écoles, DUT… À l’université, parmi les 50 % d’étudiants qui ne passent pas en L2 (deuxième année de licence), tous ne sont pas perdus dans la nature : 30 % s’inscrivent dans une autre formation. Le problème persiste pour les 20 % d’entre eux qui décrochent en première année et qu’on ne retrouve dans aucune formation, soit 80.000 étudiants. C’est énorme.

Pourquoi autant d’étudiants quittent-ils l’université sans trouver d’alternative ?

Toutes ces formations constituent un maquis indéchiffrable. Ces étudiants ont un vrai problème d’orientation. Ils ne sont pas ou peu orientés. Parmi ces 80.000 étudiants, un tiers n’a pas les bases académiques pour suivre, un tiers ne sait pas ce qu’il veut faire, et un tiers s’est inscrit par défaut.

Quelles sont vos préconisations ?

Il faudrait réfléchir à l’orientation non par type de formation, mais par filière, par exemple proposer tout ce qui est possible en arts, en filière médicale. Et puis, il faut proposer aux étudiants des devoirs sur table chaque semaine, pour qu’ils puissent être évalués le plus régulièrement possible. Ensuite, il faut instaurer des quotas de l’ordre de 60 % de bacheliers technologiques et professionnels en IUT et en BTS. Il n’est pas normal que ces formations qui étaient conçus pour eux ne les accueillent pas en priorité. Le problème de ces bacheliers est qu’ils n’ont pas le niveau scolaire suffisant. C’est pourquoi je préconise une évaluation à l’entrée de l’université pour leur proposer dès le départ un contrat, avec des modules de soutien. Car l’aide qui est proposée actuellement ne profite qu’aux meilleurs. Enfin, l’université doit adapter ses formations à ces bacheliers professionnels et technologiques, c’est pourquoi je préconise la création d’une université des métiers.


Propos recueillis par Sophie de Tarlé | Publié le

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