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C. Gangloff-Ziegler : "À l'université de Haute-Alsace, les candidatures ont augmenté de 35 %"

Laura Taillandier
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C. Gangloff-Ziegler : "À l'université de Haute-Alsace, les candidatures ont augmenté de 35 %"
À l'université de Haute-Alsace comme dans la majorité des établissements, les modalités d'examen des candidatures varieront selon les formations. // ©  Gisèle Jactat - GC Emotions
L'université de Haute-Alsace va commencer à examiner les candidatures des lycéens. Pour sa présidente, Christine Gangloff-Ziegler, si "certains enseignants se posent des questions en amont sur le travail que cela demande", "dans les filières qui ne sont pas en tension, le fait de classer les étudiants ne posera aucune question de sélection".

La contestation étudiante contre la réforme du premier cycle se propage dans les universités. Quelle est la situation dans votre établissement ?

 // © Photo fournie par le témoin

Il n'y a pas, actuellement, de mouvement au sein de l'université. Chacun apparaît attentif à faire réussir la réforme et les futurs étudiants, en s’appuyant sur les possibilités que peut offrir la loi. L'an passé, le tirage au sort intervenu en sciences de l'éducation a beaucoup choqué. Nous nous sommes trouvés très mal à l'aise : nous n'avions jamais eu ce cas de figure auparavant

Quel regard portez-vous sur ce mouvement de contestation ?

Je n'ai pas l'impression que ce soit un mouvement général. La question que l'on peut se poser est la suivante : est-ce que la contestation, portée aujourd’hui par une minorité, est représentative de ce que pensent globalement les étudiants de la réforme ? Et pourquoi ce mouvement démarre-t-il, alors que la loi a déjà été votée ? Ce n'est pas à ce stade que l'on peut faire évoluer le projet. Désormais, nous sommes tenus de l'appliquer. Ce mouvement me paraît survenir à contretemps.

Je constate aussi qu'il y a une forme de désinformation autour de la sélection. Entre le tirage au sort et un classement fondé sur l’objectivité, où l'on peut proposer un accompagnement à l'étudiant, ce n'est quand même pas la même chose…

Ce mouvement entend aussi peser sur les discussions qui s'ouvrent au ministère de l'Enseignement supérieur sur l'arrêté licence. Qu'en attendez-vous ?

Le contrôle continu intégral devrait être un élément de la réflexion. Cela va dans le sens de l'intérêt des étudiants. Bien sûr, si un étudiant n'a pas pu, pour certaines raisons, assister à un examen, il faudra s’adapter et proposer un rattrapage. Mais s'il s'agit de programmer une seconde session d'examen, j'y suis moins favorable… Cela peut supposer, cependant, qu'il y ait plusieurs notes par matière afin que l'étudiant ait la possibilité de se rattraper au cours de l'année. Il faut aborder cette question de manière pragmatique : le contrôle continu intégral permet de faire retomber la pression qui pèse sur les étudiants au moment des partiels et de mieux répartir leur charge de travail.

Le contrôle continu intégral permet de faire retomber la pression qui pèse sur les étudiants au moment des partiels.

Il faut aménager également le système de compensation. Dans la mesure où nous réfléchissons de plus en plus à des formations à la carte, par le prisme de compétences, il s'agit là d'une mise à jour. Il faudra aussi desserrer les contraintes de la réflexion sur le nombre d'heures de formation ou sur le moment où un étudiant peut bénéficier d'une bourse si on étale la formation sur des périodes plus longues.

Maintenant que les lycéens ont déposé leurs souhaits dans Parcoursup, vous entrez dans le vif du sujet de la réforme. Quel bilan tirez-vous de la première vague de candidatures ?

Globalement, nous avons eu une augmentation des candidatures : + 35 % sur les vœux confirmés. Un certain nombre de filières apparaissent donc en tension. Mais comme il y a des candidatures multiples, la tension devrait forcément diminuer… Il y a surtout une très forte demande pour notre nouvelle filière de sciences politiques que nous ouvrons cette année, avec 800 candidatures pour 80 places. Si nous nous interrogions sur une possible déperdition du nombre de lycéens qui devaient confirmer leurs candidatures avant le 13 mars, la réponse est, au final, négative, avec environ 90 % de candidatures confirmées. Ils ont été jusqu'au bout de la démarche.

Comment le travail des commissions va-t-il s'organiser maintenant ? Utiliseront-ils l'outil d'aide à la décision du ministère ?

Les commissions ont été constituées courant mars sur proposition des responsables de formation. Elles sont composées de trois enseignants de chaque formation. Elles doivent encore s'organiser sur leur traitement des dossiers et opérer leur classement. Certaines utiliseront l'outil, d'autres non. Tout dépendra du volume de candidatures reçu selon les formations.

Dans plusieurs universités, certains enseignants-chercheurs refusent d'opérer ce tri des dossiers. Qu'en est-il dans votre établissement ?

Nous n'avons pas eu de mal à trouver des volontaires pour composer les commissions. Il y a une attention forte portée aux étudiants, chacun cherche à s'impliquer. C'est un travail important au niveau de la vie universitaire. Mais il est vrai que certains enseignants s'interrogent en amont sur la somme de travail que cela demandera, notamment dans les filières qui ne sont pas habituellement en tension, voire sur le sens de ce classement. C'est surtout dans les filières où la tension sera forte que ce classement sera important. C'est à ce moment-là que la lettre de motivation sera un élément important à prendre en compte.

Penser que la sélection n'existait pas est faux. Elle a toujours été pratiquée au sein des universités, dans les IUT, les doubles cursus, les cursus préparatoires…

Mais je voudrais insister sur un point : penser que la sélection n'existait pas est faux. Elle a toujours été pratiquée au sein des universités, dans les IUT, les doubles cursus, les cursus préparatoires… Pour les autres filières, elle intervenait en fin de première année, en mettant beaucoup d’étudiants en situation d’échec alors que c’était malheureusement prévisible dès le départ.

Par ailleurs, dans les filières qui ne sont pas sous tension, le classement des étudiants ne posera aucune question de sélection : au final, nous accueillerons l'ensemble des étudiants. Nous avons fait des efforts pour augmenter les places dans des filières en tension.

Nous n'avons pas d'inquiétude majeure : cela ne devrait pas modifier pas grandement ce qui se faisait les années précédentes. La commission d'accès à l'enseignement supérieur organisera l’affectation des étudiants qui n'auraient pas de place. On oublie souvent de dire qu'il n'y a pas que les universités dans cette instance. Il y a aussi les classes préparatoires et les STS qui auront, elles aussi, des places vacantes à pourvoir.

Votre université proposera-t-elle des "oui, si" à certains candidats ?

Il y a deux types de "oui, si" : des parcours adaptés, qui modifient la durée des études, et des parcours normaux, avec un accompagnement sous forme de tutorat qui n’exclura pas les étudiants souhaitant ce renforcement sur la base du volontariat. Cette dernière option est encore à l'étude dans les filières pour finaliser rapidement les choses dans les réponses que nous apporterons aux lycéens.

En ce qui concerne les parcours adaptés, nous avons demandé quelles formations se sentaient en capacité de le faire dès la première année de la réforme. Pour le moment, c'est uniquement en faculté de sciences et techniques que ce choix a été fait. Il s'agira d'une L1 en deux ans, avec un renforcement dans les unités transversales et disciplinaires – par exemple, en informatique et mathématiques en licence d'informatique.

D'autres formations s'engageront par la suite dans ces dispositifs. Il faudra aussi en évaluer les résultats, en observant les taux de réussite sur les deux ans, même s'il y a toujours des biais : les cohortes ne sont pas les mêmes d'une année sur l'autre.

Quelles interrogations avez-vous encore sur la réforme ?

Elles portent sur l'analyse des comportements des lycéens sur Parcoursup. Il faudra étudier les statistiques sur deux ans pour ajuster les choses au fur et à mesure. Les questions que l'on se pose en revanche sur Parcoursup concernent les mentions de licence qui sont la clef d'entrée, au détriment des parcours.

C'est trop réducteur. Nous aimerions que l'entrée se fasse à partir du parcours, ce qui serait plus lisible pour les candidats. Les mentions reflètent des réalités parfois très diverses. C'est un élément sur lequel il faudra apporter des améliorations l'an prochain. Enfin l’accompagnement financier de la réforme devra se poursuivre, afin d'être à la hauteur des enjeux.

Retrouvez les autres entretiens dédiés à la réforme de l'entrée à l'université :

– Olivier Oudar : "Les discussions sur les affectations risquent d'être rudes avec le rectorat"
– Yves Jean : "Le Plan étudiants va créer un jeu de concurrence entre les universités"
– Matthieu Gallou : "Quel effet aura la mention 'en attente' sur les candidats ?"
– Manuel Tunon de Lara : "Il faudra deux ou trois ans pour installer les parcours adaptés"
– Thierry Paul : "Nous redoutons l'étape du tri des dossiers"


Laura Taillandier | Publié le

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Megane.

Offrir plus de flexibilité aux étudiants en leur proposant un parcours personnalisé est une si mauvaise chose ? Même si je trouve que l'annonce de la loi ORE et son fidèle Parcoursup a été extrêmement violente (car bien trop brusque), tant pour les (futurs) étudiants que pour les équipes éducatives et professionnels de l'orientation, et que cette année ne sera probablement pas meilleure pour les candidats que l'an passé, on ne peut pas rejeter tout en bloc. Croire que la sélection à l'Université n'existe pas est la preuve d'une incroyable naïveté. Que l'on soit clair : si elle ne s'effectue pas à l'entrée en licence, elle se fait de toute façon au cours des trois années de formation. Et là encore, les jeunes diplômes de licence bénéficient d'une nouvelle sélection (et réelle mise en concurrence des candidats) : l'accès au master. Alors oui, demander un dépôt de dossier peut impliquer une certaine mise en concurrence des candidats, mais pour autant, il y a des équipes qui sont là pour accompagner (gratuitement qui plus est) ces derniers dans leur procédure de candidature. Pour n'en nommer aucun, les CIO, les SCUIO et les missions locales. A mes yeux, c'est à ce niveau-là qu'il faut se montrer vigilant : parler aux élèves des différentes structures et professionnels qui les accueillent gratuitement pour les aider dans leurs démarches, les encourager dans leurs démarches. Donc non, nous ne vivons pas dans le meilleur des mondes, mais notamment parce que plutôt que d'envisager différentes solutions et différents points d'intervention, on ne se focalise que sur une seule cause. Pourquoi il y a un tel taux d'échec en licence ? Peut-être parce que l'étudiant n'a pas le niveau, peut-être parce que le format amphi ne lui convient pas, peut-être parce que l'enseignant n'est pas pédagogue, peut-être parce que certains étudiants n'ont pas eu l'occasion de bien travailler leur projet pro, etc.

lolo.

Intéressant cet interview. Et rien de la présidente sur le fait que Parcoursup est un outil de gestion de la sous-dotation? Car s'il y avait de la place et des moyens pour chacun, à quoi bon classer? Rien sur le fait qu'accepter cet outil, c'est finalement accepter l'opinion selon laquelle "que voulez-vous que l'on fasse, nous n'avons pas les moyens de faire fonctionner un réel service public en France aujourd'hui", alors que cela résulte de choix politiques? Rien sur le fait que la demande de fourniture d'un dossier à l'entrée avec CV et lettre de motivation abouti à la création d'un espace de mise en concurrence généralisé des demandeurs d'admission? Rien sur l'esprit plus général de ce loi et de l'arrêté licence remanié à venir, sans parler de la réforme du bac, qui oriente vers toujours plus de flexibilité et d'individuation des parcours, pardon "d'ouverture à la diversité" voulais-je dire? Donc en fait, tout va bien dans le meilleur des mondes (mais nous ne devons pas vivre dans le même)?