Classements des universités : l’enjeu des méthodologies fait débat en Grande-Bretagne

De notre correspondante en Grande-Bretagne, Elisabeth Blanchet
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Les classements influencent-ils la stratégie des universités ? Et si oui, comment ? Les rankings établis par les grands quotidiens britanniques, tel celui du THE , à la notoriété internationale, ont suscité cette année de vifs débats au sein de la communauté universitaire. Pour cible : leur méthodologie. Revue de détails des principaux classements britanniques et de leurs critères pour ce troisième volet de notre série sur les classements internationaux, à la suite de la conférence EducPros du 1er juin sur le sujet.

Les classements ne laissent pas indifférents la communauté universitaire britannique, qu’ils soient nationaux ou internationaux. The Guardian (site payant), The Independent , The Sunday Times et The Times (site payant), sont les quatre journaux à établir des classements nationaux. À quelques variantes près (cf. encadré), ils se basent sur les mêmes critères : le niveau exigé à l'entrée, la satisfaction des étudiants, le nombre d’étudiants par enseignant, le coût des études par étudiant, la qualité de la recherche, la proportion de bons résultats aux examens, le taux de réussite et la situation professionnelle des diplômés postuniversité. “Plus les universités attribuent de mentions, plus leurs classements sont élevés. Ainsi, elles regardent de près les systèmes de notation de leurs rivales et, s’ils sont plus indulgents, elles les copient. Le maintien du niveau académique est alors remplacé par un jeu de surenchère grotesque qui se joue au détriment de la qualité”, analyse Geoffrey Alderman, professeur d’histoire à l’université de Buckingham.

Outre la chasse aux bonnes notes, les autres critères suscitent aussi de nombreuses critiques. Les classements internationaux, tels celui du Times Higher Education accentuent quant à eux certains critères comme la “peer review” (évaluation des autres universités par leurs pairs) ou la recherche. Le Global MBA Rankings du Financial Times, lui, accorde une grande importance aux salaires des jeunes diplômés.

Spéculation sur les critères

Certains universitaires britanniques, tels Geoffrey Alderman ou encore Roger Brown, ancien doyen de l’université Solent de Southampton, reprochent aux universités de jouer le jeu des classements. Par exemple : embaucher des chercheurs particulièrement prolixes en publications pour augmenter leur nombre de publications. D’autres jouent la carte de la sélection en élevant leur niveau d’entrée.

La spéculation sur les critères n’est pas le seul reproche fait aux classements. Leur méthodologie, qui consiste à attribuer des pourcentages et des points aux critères et à obtenir une moyenne générale, a, pour certains, comme Alan Wilson, ancien doyen de l’université de Leeds, peu de sens. “C’est comme combiner des pommes et des oranges”, déclare-t-il. Le biais des études à temps partiel n’est pas pris en compte par les classements. Ainsi, des universités comme Birbeck ou The Open University atteignent un mauvais score dans la proportion étudiants-enseignants.

Des différences de taille existent aussi entre les classements internationaux et nationaux. Ainsi, des universités telles que Durham ou LES, qui sont très bien classées au niveau national devant Manchester ou Birmingham, se retrouvent loin dans les classements internationaux. Ce sont les différences de choix et de poids des critères qui conduisent à ces disparités. Les rankings mondiaux, tels que celui du THE, privilégient en effet la recherche, les évaluations par les employeurs et les universités concurrentes, tandis que les classements nationaux accordent plus d’importance au premier cycle universitaire, aux ressources pédagogiques, aux taux d’employabilité et d’abandon.


“Bien sûr, aucun classement n’est parfait. Ils sont tous le reflet subjectif de ce que leurs concepteurs choisissent comme indicateurs et du poids qu’ils leur donnent, explique Phil Baty, responsable éditorial des classements du THE, je pense que la clef pour faire face aux critiques à venir est d’être très ouvert sur la méthodologie”, poursuit-il. Une des réponses aux critiques est, selon lui, de pouvoir isoler les données, de permettre à l’utilisateur de sélectionner sa propre combinaison d’indicateurs et ainsi de juger de la performance de l’université. Une technique que le THE a déjà lancée sous forme d’app.

The Complete University Guide , publié chaque année par The Independent.

Méthodologie : le classement utilise neuf critères. Un calcul statistique, appelé la “Transformée en Z”, est appliqué aux résultats de chaque critère. Un coefficient est alors affecté à chaque “score Z” : 1,5 pour la satisfaction des étudiants et la qualité de la recherche, 1 pour les autres critères.

Critères :
– coût des études
– taux de réussite
– niveau d’entrée
– dépenses sur le campus par étudiant
– proportion de bons résultats
– mesure de l’employabilité des diplômés
– qualité de la recherche
– satisfaction des étudiants
– proportion étudiants-enseignants


The Guardian University Rankings , publiés chaque année par The Guardian.

Huit critères sont affectés de pourcentages variant de 5 à 17 %.

Critères :
– niveau d'entrée (17 %)
– feedback des étudiants sur leurs formations (5 %)
– mesure de l'employabilité des diplômés (17 %)
– qualité d’ensemble (opinions des étudiants de dernière année sur la qualité d’ensemble de leur formation)
– dépenses par étudiant (17 %)
– proportion étudiants-enseignants (17 %)
– qualité de l’enseignement (10 %)
– valeur ajoutée (ce que les étudiants ont acquis pendant leur passage dans l’université, 17 %)

 
The Sunday Times University League Table (site payant), publié chaque année par The Sunday Times.

Les huit critères sont évalués par un système de points

Critères :
– satisfaction des étudiants (de + 50 à - 55 points)
– qualité de l’enseignement (de 0 à 250 points)
– évaluation par des pairs (de 0 à 100 points)
– qualité de la recherche (de 0 à 200 points)
– niveau d’entrée (de 0 à 250 points)
– taux de chômage à la sortie (de 0 à 100 points)
– proportion de bons résultats (de 0 à 100 points)
– taux d’abandon (de + 57 à - 74 points)

The Times University Rankings (site payant), publié chaque année par The Times.

Les neuf critères sont affectés de coefficients et l’addition de leurs scores aboutit à un total sur 1.000. La satisfaction des étudiants et la recherche sont affectées du coefficient 1,5 et les autres critères du coefficient 10.

Critères :
– taux de réussite
– niveau d’entrée
– dépenses par étudiant (sports, carrières, santé, conseils)
– proportion de bons résultats
– mesure de l’employabilité des diplômés
– dépenses par étudiant (ouvrages, matériel informatique)
– qualité de la recherche
– satisfaction des étudiants
– proportion étudiants-enseignants


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