Claude Lelièvre : « Le rapport Apparu propose une vraie réorganisation du système éducatif »


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Claude Lelièvre, historien de l'éducation // DR
Claude Lelièvre, historien de l'éducation // DR
Claude Lelièvre est professeur émérite d’histoire de l’éducation à l'université Paris 5. Pour educpros.fr, il analyse le rapport du député Benoist Apparu rendu public le 27 mai 2009 sur la réforme du lycée, quelques jours avant celui de Richard Descoings.

Que faut-il penser du rapport Apparu ?

Je ne pense pas que ce soit un texte mineur, un rapport pâle. Que ceux qui disent cela rendent leur propre copie ! Avec courage, il propose une vraie réorganisation du système éducatif avec d’un côté l’école obligatoire, de l’autre le bloc lycée-licence. Cela remet en question ce qui existe depuis Napoléon. C’est une réponse au contexte international qui nous oblige à amener 100 % d’une classe d’âge jusqu’à la sortie de l’école obligatoire et 50 % dans le supérieur (contre 25-30 % aujourd’hui), avec le moins de pertes possibles. Or, pour le moment, nous avons de quoi nous inquiéter : d’après les études PISA (entre autres), nous prenons du retard sur les autres pays.

Quels en sont les autres points clés ?

Tout d’abord, la lutte contre la domination de la filière S. Cela fait 25 ans que des mesures sont prises pour cela : elles ont toujours échoué ! On peut décréter la suppression des filières. Mais cette décision radicale est-elle réaliste ? Le processus de spécialisation progressif est peut-être une solution.

Il s’attaque également à un autre problème récurrent : les liens privilégiées entre les filières générales du lycée et ses prolongements (classes péparatoires, IUT voire STS ) au détriment des filières technologiques. La gare de triage déraille continuellement… Là encore, l’idée de réunir le lycée et le début du supérieur peut résoudre le problème, créer une unité.

Troisièmement, il change le mode d’apprentissage des élèves en instaurant notamment le travail « à la maison » au lycée. Une mesure favorable à la réussite de tous. On voit bien que les députés ont été guidés par cet objectif. En revanche, je suis d’accord avec l’UNL pour dire qu’ils ont été indifférents au fait de rendre le lycéen acteur. De ce point de vue, en préconisant le guidage, le rapport fait même machine arrière.

Le rapport envisage également de réformer le sacro-saint baccalauréat…

Je suis toujours surpris du déchaînement que provoque le bac… Tous les examens universitaires sont notés par les professeurs qui ont enseigné aux candidats. Pourquoi dit-on qu’injecter une part de contrôle continu dans le bac revient à en faire un examen « maison » ? On est en dehors de toute raison ! Mais le problème ne date pas d’hier. Il se pose depuis le 19e siècle et la bataille du public avec le privé.

Peut-on comparer ce rapport, par son côté ambitieux, au plan Langevin Wallon ?


Si on allait vraiment dans la réorganisation du système, oui, on peut dire qu’il aurait la même ampleur. C’est un rapport républicain sur lequel pourrait être lancé un débat national. Seul problème : le contexte français n’est pas bon. Il s’agit donc plutôt d’un rapport où l’on prend date, qui reviendra. Dans le cas contraire, on se dirige vers des réformettes, sans direction générale, et donc le déclin. On peut espérer que Richard Descoings le lira… C’est bien que le parlement se soit intéressé à la question du lycée de façon forte. Il ne nous avait pas habitué à cela... C’est rare depuis les travaux de la commission parlementaire Ribot, qui avait débloqué le secondaire à la fin du 19e siècle. 


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