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Claude Lopez : "La moitié des prépas au concours infirmier pourraient disparaître"

Martin Rhodes
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Claude Lopez : "La moitié des prépas au concours infirmier pourraient disparaître"
Le concours infirmier étant supprimé, le recrutement dans les Ifsi devrait prendre en compte la maturité du projet professionnel, la motivation et les résultats scolaires des candidats. // ©  Marta Nascimento - REA
Claude Lopez, président de la commission santé de la Fnep (Fédération nationale de l’enseignement privé, rassemblant près de 300 structures), et PDG de Cours Galien, déplore les conséquences de la suppression du concours infirmier pour les quelque 200 prépas privées concernées.

Le 5 juillet dernier, les ministres de la Santé et de l’Enseignement supérieur ont annoncé la mise en œuvre du processus d'universitarisation des formations paramédicales, la disparition du concours infirmier et l'intégration des Ifsi [Instituts de formation en soins infirmiers] dans Parcoursup. Que pensez-vous de cette réforme ?

La Fnep est reçue par les ministres, et elle participe au groupe de travail mis en place par Stéphane Le Bouler [responsable de projet Universitarisation des formations paramédicales]. Mais elle n’est pas écoutée. Notre point de vue est le suivant : il aurait été possible d’enclencher le dispositif d’universitarisation, ainsi que l’intégration des Ifsi dans Parcoursup, sans pour autant supprimer le concours infirmier, qui, je le concède, méritait d’être repensé. Les écoles de commerce et les IEP [instituts d’études politiques] n’ont-ils pas conservé leurs épreuves au moment d’intégrer la plate-forme nationale ?

La profession est elle aussi contre cette réforme annoncée au tout dernier moment. En effet, une enquête d’opinion commandée par la Fnep montre que 90 % des 592 infirmiers libéraux interrogés sont favorables au maintien du concours d’entrée.

Quels changements aurait-il été possible d’apporter au concours, dont la fin est aujourd’hui actée ?

Chaque Ifsi organisait son propre concours, et cela impliquait des frais importants de déplacement et d’inscription aux épreuves. C’était l’un des principaux problèmes. Par ailleurs, il aurait été possible d’ouvrir des prépas publiques afin de prendre en compte les disparités financières entre les candidats.

Quels changements aurait-il été possible d'apporter au concours dont la fin est aujourd'hui actée ?

A priori, demain, le recrutement prendra notamment en compte la maturité du projet professionnel, la motivation et les résultats scolaires des candidats. Les "attendus" exacts seront connus prochainement. Il aurait été possible de conserver l’oral, afin d’évaluer l’engagement personnel, l’empathie, les capacités relationnelles et communicationnelles des uns et des autres. Ces compétences difficilement repérables par un algorithme sont indispensables pour exercer le métier d’infirmier.

Quel sera l'impact économique de cette réforme sur les prépas ?

Entre 10.000 et 12.000 jeunes sont aujourd’hui inscrits en prépa. Les désinscriptions, qui sont pour le moment relativement peu nombreuses, pourraient être beaucoup plus importantes dans les semaines à venir. En effet, l’annonce de la fin du concours est relativement récente [5 juillet], et la procédure complémentaire de Parcoursup est ouverte jusqu’au 21 septembre.

À moyen terme, les prévisions sont bien plus inquiétantes. La Fnep a récemment réalisé une enquête auprès de 231 établissements privés concernés par cette réforme, et il en ressort que près de la moitié d’entre eux craignent de devoir mettre la clé sous la porte plus ou moins rapidement. Ces fermetures totales entraîneraient le licenciement de près de 1.000 salariés partout en France. Une petite poignée de prépas sont d’ores et déjà en redressement judiciaire.

Quelles sont les prépas le plus en danger ?

Les établissements ne faisant pas partie d’un grand groupe, implantés dans une petite ville ou une zone géographique défavorisée, dont l’équilibre financier n’est pas atteint et dont l’activité se résume à la préparation des concours paramédicaux [psychomotricien, aide-soignant, orthophoniste, audioprothésiste, etc.], sont les plus exposés. Malheureusement, un certain nombre de prépas cochent ces cases-là.

Il est nécessaire de préciser que le concours infirmier représente souvent la moitié du chiffre d’affaires des établissements préparant uniquement aux concours paramédicaux. Sa disparition pourrait donc entraîner la fermeture d’établissements entiers.

Les associations étudiantes et certains Ifsi se réjouissent de la disparition des prépas…

L’enseignement privé démultiplie les effets de l’enseignement public. Concernant les prépas au concours infirmier, elles permettent à des candidats très différents d’intégrer un Ifsi, alors qu’ils n’avaient pas le niveau scolaire requis en fin de terminale. Les prépas leurs permettent de réussir là où ils auraient certainement échoué seuls.

N'enterrons pas trop vite les prépas. Il reste tout de même une lueur d’espoir. Le gouvernement a assuré que le parcours des étudiants inscrits en prépa serait "valorisé", sans donner plus d’informations. Nous attendons de connaître les modalités exactes de cette valorisation, qui décideront à elles seules du sort des prépas, de la place qu’elles occuperont dans cette réforme.


Martin Rhodes | Publié le

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