Colloque « sciences humaines » : des pistes pour améliorer l’insertion des étudiants


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Colloque SHS du 18 février
Colloque SHS du 18 février
Les difficultés d'insertion des étudiants issus des formations universitaires de lettres, langues et sciences humaines et sociales (LLSHS) sont bien connues. Si 94 % des diplômés d’un master en lettres ou sciences humaines ont certes un emploi trois ans après leur sortie du système éducatif, selon les enquêtes du CEREQ, c'est en grande partie grâce aux débouchés des concours de la fonction publique. Par contre, du côté des entreprises, ils peinent à trouver leur place. C'est à partir de ce constat que le colloque « Sciences humaines : de nouvelles ressources pour l’entreprise » a été organisé jeudi 18 février par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, en partenariat avec L’Etudiant.

Cette rencontre qui a réuni plus de trois cents participants a permis d’échanger sur des « bonnes pratiques » pour améliorer l’insertion de ces diplômés. Des  universitaires pour qui, comme l'ont rappelé plusieurs intervenants, "le monde de l'entreprise privée n'incarne plus le diable".


Un enrichissement mutuel à promouvoir
« Par une méconnaissance des champs disciplinaires, on entretient souvent l’idée que certaines spécialités auraient plus d’utilités sociales que d’autres. Or, l’entrée des diplômés de sciences humaines dans les entreprises est source d’un enrichissement mutuel », a souligné en introduction Patrick Hetzel. Pour le directeur général pour l’enseignement supérieur et l’insertion, plusieurs pistes d’actions sont à engager : outre « renforcer la professionnalisation des cursus », il a insisté sur la nécessité de « mieux accompagner les étudiants de ces filières dont le taux de sortie de 40 % en licence est parmi les plus importants et le taux de réorientation de 6 % parmi les plus faibles », mais aussi et surtout « améliorer le dialogue entre les entreprises et les universités ».

Face au conformisme des entreprises
Qui convaincre ? Les entreprises présentes à cette rencontre, telles Danone, L’Oréal ou encore la Société générale, ont clairement témoigné de leur intérêt pour ces profils de diplômés. « Si nous nous intéressons aux littéraires, a précisé Serge Villepelet, président directeur général de PricewaterhouseCoopers, c’est parce ces recrutements s’inscrivent dans un axe stratégique de développement de notre entreprise. Pour être les meilleurs, nous devons promouvoir la diversité de nos équipes car cela nous permet d’être plus performant ». « Toutes les entreprises du CAC 40 sont engagées sur des programmes de diversité, a rappelé Laurent Sacchi, directeur délégué de Danone. Il reste alors à convaincre par l’exemple les PME qui créent le plus d’emplois. » Cependant, comme l'a souligné Hakim el Karoui, directeur chez Rothschild & Cie, « les littéraires sont victimes du conformisme des entreprises et les recruteurs ont tendance à recruter dans le milieu qu’ils connaissent et dont ils sont eux-mêmes issus, c’est à dire toujours les mêmes écoles. »

L’atout de l’alternance
Que les « littéraires » aient des qualités, les entreprises n’en doutent apparemment pas. Un sondage rendu public à l’occasion de ce colloque en témoigne : les recruteurs reconnaissent notamment les qualités d’expressions écrites et orales de ces étudiants. Mais ils leur reprochent, entre autres, leur manque d’expérience et de compétences spécifiques. « Tous les DRH reconnaissent les qualités des littéraires, a résumé Vincent Merle, directeur de l’institut MCVA (Management des compétences et validation des acquis) du CNAM à Paris, mais c’est le passage à l’acte qui est difficile. ». Pour ce responsable du dispositif Elsa d’insertion en entreprise des étudiants de lettres et sciences humaines par l’alternance, l’une des solutions est « de mettre les étudiants dans le bain ». Plusieurs étudiants étaient là pour témoigner de l’efficacité de ce dispositif et de l’opération Phenix qui consiste, là aussi, à recruter par le biais de l’alternance des étudiants issus des filières de sciences humaines. « C’est du sur mesure qui demande un véritable investissement », a souligné Vincent Merle.

Des formations à rendre plus lisibles
Côté universités, l’effort à engager semble bien compris. « Ce qui fait obstacle, a estimé pour sa part Marc Gontard, président de l’université Rennes 2, c’est que l’offre de formations n’est pas assez lisible pour les entreprises. Nous devons articuler nos formations sur des champs de compétences qui correspondent à des métiers et faire en sorte que l’étudiant soit acteur de son parcours. » Soulignant pour sa part la nécessité de mieux communiquer sur les formations et leurs énoncés, Marie-Christine Lemardeley, présidente de l’université Sorbonne nouvelle Paris 3, a rappelé l’importance qu’il y a aussi « à accompagner les étudiants sur des objectifs professionnels ».

Retrouver confiance
Nombre d’étudiants ont ainsi pu témoigner lors de cette rencontre de leurs difficultés à définir effectivement des objectifs professionnels. Mais aussi de leur besoin d'être soutenus. Pour Marceline Bangali, doctorante en psychologie qui travaille à l’Association Bernard Gregory , l’urgence est de « redonner confiance à des étudiants qui ont du mal à formuler leurs compétences et qui ont intégré le discours commun selon lequel ils ne sauraient rien faire ». L’expérience acquise au cours des cursus s’avère alors un levier décisif. « Il faut un plus dans le CV d’un littéraire via des stages, des expériences personnelles, autant d’éléments qui distinguent un parcours et qui redonne confiance », a estimé pour sa part Hakim El Karoui. « Rappelons que le stage est le meilleur moyen d’entrer dans l’entreprise, a souligné Véronique Dusser, directrice des relations écoles et du recrutement chez L’Oréal France. Mais pas un stage de trois semaines et pas pendant l’été quand les managers sont en vacances. Il faut des stages longs, bien encadrés, avec un projet ». Seulement nombre d’étudiants ont témoigné des difficultés à transformer leurs stages en emploi.

Un label de bonne insertion pour les entreprises
En clôture de ce colloque, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Valérie Pécresse est intervenue pour souligner l’enjeu « de renforcer et diversifier les débouchés possibles pour tous les étudiants qui passent par les filières de sciences humaines et de sciences sociales et qui, toutes disciplines confondues, représentent 56 % des étudiants de l’université ». « Je pense qu’aujourd’hui l’objectif n’est pas de multiplier les filières professionnalisantes mais de faire en sorte que les filières de sciences humaines et sociales soient reconnues avec des diplômes professionnalisants », a conclu la ministre en encourageant l’instauration d’un « label de la bonne insertion SHS qui serait décerné aux entreprises performantes dans ce domaine et respectant une charte des bonnes pratiques ».


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