Comment l'Université de Saint-Etienne a fait basculer l'Idex de Lyon

Amélie Petitdemange
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Université de Saint-Étienne, campus Tréfilerie
Le refus de l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne sonne le coup d'arrêt du projet d'Idex. // ©  Sophie Blitman
Le 23 octobre, l'Université Jean Monnet a rejeté les statuts de l'Idex Lyon-Saint-Etienne. Cette initiative d'excellence devait créer un établissement expérimental avec les Universités Claude-Bernard (Lyon 1), Jean-Moulin (Lyon 3) et l'ENS lyonnaise. Lancé il y a dix ans, le projet a été arrêté le 29 octobre après de nombreuses difficultés et tensions à l'Université Jean Monnet. Explications.

Après l'arrêt de l'Idex lyonnais, annoncé fin octobre, la présidente de l'Université Jean Monnet (Saint-Etienne), Michèle Cottier, annonce sa démission pour le mois de janvier. Une décision qui fait suite à un feuilleton de plusieurs mois sur la création d'un établissement expérimental avec les universités Claude-Bernard (Lyon 1), Jean-Moulin (Lyon 3) et l'ENS lyonnaise.

Des membres de l'université avaient demandé son départ après le vote du conseil d'administration contre les statuts de cet établissement. La présidente défendait en effet ce projet, qui devait bénéficier d'une Idex (Initiative d'Excellence), contre l'avis de certains enseignants et personnalités locales.

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Attractivité de Saint-Etienne

Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne et président de la métropole, craignait notamment "de voir les meilleures formations quitter le territoire, affaiblissant par la même occasion le tissu économique local", expliquait-il dans un communiqué en octobre dernier.

Selon lui, l'Idex menaçait l'attractivité de l'Université de Saint-Etienne. "Le texte ne présentait pas les garanties suffisantes pour assurer une gestion optimale du campus stéphanois répondant aux intérêts des étudiants et des enseignants".

Une vision que ne partage pas Michèle Cottier. Selon elle, "le label Idex apporte une visibilité et un regard différent de la part des étudiants et des enseignants-chercheurs". "Certains collègues sont déçus. Ils venaient d'intégrer l'université en partie parce qu'elle était dans cette dynamique d'Idex", affirme la présidente encore en exercice.

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Tensions exacerbées autour du projet

Des enseignants s'inquiétaient par ailleurs de la perte de la personnalité juridique et morale de l'université, au profit du nouvel établissement qui aurait rassemblé 140.000 étudiants. Douze vice-présidents de l'université ont d'ailleurs démissionné en juillet dernier pour protester contre cette perte d'autonomie.

La tension avait atteint son apogée durant l'été lorsque des lettres anonymes ont été envoyées à Michèle Cottier, qui porte alors plainte pour diffamation. "Depuis le mois de juin, un climat extrêmement délétère règne dans l'établissement. Cette escalade s'explique peut-être par le fait que le collectif UJM pensait ainsi obtenir ma démission rapidement, avant même le vote des statuts le 23 octobre", réagit la présidente.

Vote contre la fusion

Le 23 octobre, le Conseil d'administration de l'Université Jean Monnet rejette finalement cette fusion par 22 votes contre et 11 favorables. Les statuts avaient auparavant été adoptés par l'ENS de Lyon.

"Nous attendions beaucoup de cette transformation en matière de visibilité, d'attractivité et de développement", regrette Michèle Cottier. Elle prévoyait notamment la création de nouveaux pôles de formation et de recherche communs avec Lyon 1, Lyon 3 et l'ENS et une école universitaire de 1er cycle.

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Arrêt de l'Idex

Ce vote porte le coup de grâce au projet d'Idex, qui avait déjà déjà perdu l'Insa de Lyon. Labellisé dans le cadre du PIA2, il avait donné lieu à la signature d'une convention attributive d'aide en 2017… sous réserve de l'adoption des statuts.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a tranché fin octobre 2020 : après le refus de l’Université de Saint-Etienne de voter les statuts, le projet de l’Idex Lyon sera totalement stoppé. La dotation de 25 millions d'euros par an, sur une période maximale de dix ans, est donc annulée.

Ce projet "avait mobilisé d'importants moyens et toujours bénéficié du soutien à la fois du ministère et du SGPI" (Secrétariat général pour l'investissement), souligne le ministère dans un communiqué publié le 29 octobre. Le ministère "regrette vivement que l'Etat soit amené à prendre cette décision qui met un terme à un projet pourtant très structurant pour les territoires lyonnais et stéphanois".

A quelques semaines de son départ, Michèle Cottier se dit "inquiète pour l'avenir de l'Université". "On annule dix ans de travail, avec l'obligation de reconstruire des contours pour l'avenir. Hors de cet Idex, je ne vois pas de possibilité de développement ambitieux ni de forte visibilité", conclut-elle.


Amélie Petitdemange | Publié le

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Zora.

Un article écrit à la va vite qui oublie plein de chose, qui ne reprend que les gros titres parus dans la presse et reprend surtout les avis de (l'ancienne) présidente et du ministère. Une présidente seule contre tous regardant que le porte monnaie, un ministère qui ne s'intéressait pas du tout au projet, qui ne le regardait que de loin, totalement déconnecté des réalités territoriales. Si l'ENS a voté pour c'est parcequ'elle n'était pas totalement intégré, elle gardait son indépendance (possibilité de sortir de l'idex sans frais). En plus de l'INSA, Lyon 2 à aussi refusé le projet. "un projet structurant pour les territoires" c'est bien un terme de marketing du ministère qui ne sait même pas ce qu'il met derrière. Avec l'Idex il y aurait eu des grands gagnants et des grands perdants mais pour savoir ça il faut allé plus loins que les dires de la présidente (lire les statuts, comprendre le terrain...)