Comment Skema cultive sa différence en Chine

Étienne Gless
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Le campus de Skema à Suzhou ©E.Gless - avril 2014
Le campus de Skema à Suzhou ©E.Gless - avril 2014
Skema ouvre un deuxième incubateur sur son campus de Suzhou, orienté vers le développement durable et le management du luxe. L'obsession : se différencier à l'international pour gagner en notoriété et en reconnaissance... en France !

"La culture Skema n'a que quatre ans mais déjà les élèves ne savent plus ce qu'était ESC Lille ou Ceram !", se réjouit Alice Guilhon. Quatre ans après la fusion des deux écoles, la directrice de Skema estime s'être "extirpée des territoires" et avoir les mains libres pour mener sa stratégie de business school globale implantée sur cinq continents.

Avant d'ouvrir au Brésil en 2015 (à Belo Horizonte), l'école est déjà présente, non seulement en France avec ses trois campus (à Lille, Sophia et Paris), mais aussi aux Etats-Unis (à Raleigh, en Caroline du Nord) et en Chine, où elle a ouvert en 2008 un campus en propre sur le parc technologique de Suzhou, à 80 km de Shanghai. Mais la compétition est rude en Chine entre écoles.

Hall d'accueil du campus de Skema à Suzhou ©E.Gless - avril 20144

Hall d'accueil du campus de Skema à Suzhou ©E.Gless - avril 2014

 original a l'international pour Etre reconnu en France

Pour la directrice de Skema, la Chine est devenue une sorte d'eldorado pour l'enseignement supérieur : "Tout le monde veut y créer des classes de MBA, des classes de master, etc. Les Chinois sont un peu lassés de ça et nous demandent ce qu'on apporte de différent." Plus question de sacrifier à la tradition du copiage stratégique entre écoles. L'obsession est de se distinguer.

La reconnaissance de Skema en France passera par sa stratégie de différenciation à l'international, un peu sur le modèle de IE Business School : c'est en allant chercher la reconnaissance à l'international que l'école de management madrilène, créée en 1973 et dirigée par Santiago Iniguez, a réussi à s'imposer en Espagne avant de détrôner, en 2012, HEC dans le classement du FT des meilleures business schools européennes ! L'ouverture d'incubateurs sur son campus chinois participe de cette stratégie de différenciation.

XJ Skema,  le premier incubateur de Skema sur son campus de Suzhou ouvert en mars 2013, accueille 120 entreprises dont 30 créées par des chercheurs chinois. ©E.Gless - avril 2014

XJ Skema,  le premier incubateur de Skema sur son campus de Suzhou ouvert en mars 2013, accueille 120 entreprises dont 30 créées par des chercheurs chinois. ©E.Gless - avril 2014

Ouvrir des incubateurs, gage d'enracinement local

"A l'inauguration de notre premier incubateur, en 2013, un ministre chinois a dit que nous étions la première école française à lancer un incubateur en Chine", se félicite Alice Guilhon. "Beaucoup d'écoles ont des labos, mais pas de structures pour former des entrepreneurs et incuber des projets."

XJ Skema Incubator a ouvert en mars 2013. "Un an plus tard, il accueille 120 entreprises high-tech, dont 30 créées par des chercheurs entrepreneurs chinois", explique Jérome Zhu, consultant pour le développement en Chine de Skema. Parmi eux, un chercheur à l'Académie des sciences de Chine, le docteur Ting Gu, y a installé sa start-up, Yefa Biological company, qui met au point des produits alimentaires bio, notamment un lait protéiné à base de pousses de soja vendu en poudre aux industriels. Son laboratoire emploie 26 personnes dans l'incubateur de Skema.

Dr. Gu, chercheur et entrepreneur chinois, a créé dans l'incubateur de Skema une entreprise de produits bio ©E.Gless - avril 2014

Dr. Gu, chercheur et entrepreneur chinois, a créé dans l'incubateur de Skema une entreprise de produits bio ©E.Gless - avril 2014

XJ Skema Incubator a bien sûr aussi vocation à abriter les étudiants ou diplômés de Skema qui créent un business en Chine. Diplômées de Skema en 2013, Marie Fuentes et son associée Fanny Gobé ont ainsi pu bénéficier des services à tarifs réduits de l'incubateur pour lancer leur projet d'entreprise Mini Bobi, une marque de vêtements mode à destination d'enfants chinois obèses. "Grâce à l'incubateur de Skema, nous n'avons déboursé que l'équivalent de 300 €, là où passer par une société spécialisée nous en aurait coûté 5.000", estime Marie Fuentes.

Forte de cette expérience, Skema a inauguré le 11 avril 2014 son deuxième incubateur chinois, XJ Skema Park of Sustainable Development. Situé à Guzu, dans le quartier ancien de Suzhou, il vise à développer les coopérations sino-françaises dans les domaines du développement durable et le management du luxe. Doté de locaux de 6.000 m2, il pourra accueillir de 30 à 50 start-up. "La vieille ville de Suzhou est sur une zone protégée, créée en 2012 pour préserver les héritages culturels. Cette collaboration doit nous permettre de faire rayonner le savoir-faire français au travers des expertises de Skema en développement durable et management du luxe", explique Alice Guilhon.

Alice Guilhon, directrice générale de Skema :

Alice Guilhon, directrice générale de Skema : "Nous essayons d'entrer profondément dans les territoires" ©E.Gless - avril 2014

Un dEbut de reconnaissance chinoise... et française !

"La politique d'incubateurs que mène Alice Guilhon suscite l'intérêt des Chinois, y compris les politiques. Ils apprécient cette ouverture sur l'innovation, l'entrepreneuriat et les entreprises chinoises", assure Bernard Belloc, conseiller stratégique de Skema. L'ancien conseiller université et recherche du président Sarkozy explique : "Dans sa stratégie d'internationalisation, Skema est la seule grande école de management à établir des connexions avec les entreprises chinoises. Les Chinois considèrent que l'internationalisation ne doit pas être l'américanisation. Skema implante un campus d'étudiants français et essaie de prendre racine dans le territoire. Ça leur plaît", analyse-t-il.

Les Chinois considèrent que l'internationalisation ne doit pas être l'américanisation (B. Belloc)

Bien sûr, cette politique démarre. Le recul manque. Mais déjà, certains observateurs remarquent la petite musique originale de Skema. "Elle commence à vraiment se différencier des autres écoles présentes en Chine", relève Amaëlle Mayer, attachée de coopération universitaire au consulat général de France à Shanghai.

Un bon point que savoure Alice Guilhon dans sa quête de différenciation. "Peu d'écoles françaises internationales sont capables de développer des partenariats avec le top 10 des universités chinoises. Notre stratégie est de mener une action spécifique à chacune : avec Xi'An Jaitong University, nous avons lancé notre premier incubateur, avec l'USTC (Université des sciences et technologies de Chine), nous créons en 2014 un double diplôme ingénieur manager, etc. Nous commençons à nouer des liens qui dépassent la simple relation d'échanges d'enseignants ou de collaborations de recherche. Nous essayons d'entrer profondément dans les territoires", conclut la directrice générale de Skema. Une stratégie qu'elle compte bien décliner en 2015 au Brésil.

Skema en Chine en bref
Le campus de Suzhou a été ouvert en 2008, avant même la fusion de l'ESC Lille et de Ceram Business School, qui a donné naissance à Skema en juillet 2009. Etendu sur 3.500 m2, il emploie 18 permanents. Il accueille actuellement 700 étudiants par an venus pour six mois ou un an suivre un des cinq programmes dispensés (PGE, MSc Luxury & Fashion Management, Msc Doing Business in China, MsScEntrepreneurship & Innovation, Bachelors).
Au total, Skema a investi environ 10 millions d'euros en Chine pour son campus. 500 diplômés de Skema travaillent actuellement en Chine dont 120 à Shanghai.

 


Étienne Gless | Publié le

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Vachoux.

Il fallait que ce soit une femme qui réinvente le business model des business school. Et c'est Alice Guilhon. Cela est peu souligné mais c'est pourtant la réalité.