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Cour des comptes : Sciences po rentre (presque) dans les clous

Camille Stromboni
Publié le - Mis à jour le
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Sciences po a rejoint la CGE en juillet 2016.
Les sages de la rue Cambon se montrent sceptiques quant aux perspectives financières de Sciences po, qui reposeraient sur des "hypothèses volontaristes". Ce que dément l'institut. // ©  Camille Stromboni

Si la Cour des comptes loue les progrès réalisés par Sciences po en matière de gestion, quatre ans après la crise qui a suivi le décès de Richard Descoings, elle pointe en revanche plusieurs faiblesses, dans son rapport publié le 10 février 2016.

À Sciences po, "la remise en ordre a été bien engagée". Elle doit cependant encore être "parachevée", juge la Cour des comptes, dans son rapport annuel, rendu public le 10 février 2016. Quatre ans après le rapport sévère de 2012, dénonçant des dysfonctionnements et des dérives de gestion au sein du prestigieux établissement sous l’ère "Descoings", l’institution de contrôle est revenue vérifier que ses recommandations ont bien été appliquées.

Les recommandations appliquées

Et, sur ce point, le bilan est positif. Les irrégularités de gestion ont été "corrigées", constate la Cour, concernant les services des enseignants, l’attribution des logements de fonction ou encore l’organisation des marchés publics. Ce dont se félicite l’IEP (Institut d'études politiques), qui estime que la Cour a reconnu "l'ampleur des transformations engagées depuis près de trois ans pour corriger de manière définitive les irrégularités relevées en 2012".

"Le rapport constate ainsi que 18 des 19 recommandations du rapport de 2012 ont été mises en œuvre", poursuit l'institut. Une question reste néanmoins en suspens : le passage au régime des "Responsabilités et compétences élargies", demandé par la Cour, mais que Sciences po, comme l’État, ne considère pas "comme une priorité", souligne la Rue Saint-Guillaume.

Les rémunérations des dirigeants mieux encadrées, mais des progrès restent à faire

Sur l’un des points les plus sensibles, la rémunération des dirigeants de l’institut, la Cour note un meilleur encadrement des pratiques. Notamment pour la plus symbolique : celle du directeur de l’IEP et administrateur de la FNSP (Fondation nationale des sciences politiques), qui a pu dépasser 500.000 euros en 2011. Elle est actuellement fixée à 200.000 euros - 130.000 euros de salaire de directeur, 70.000 euros d'indemnité d'administrateur.

La Cour relève tout de même la nécessité d’aller plus loin, en clarifiant les conditions de fixation de la part variable de ce dernier – une part variable inexistante actuellement, comme l’a souhaité Frédéric Mion. Et celle de mieux informer le conseil d’administration sur le détail des rémunérations.

Un plan de financement trop "optimiste"

En revanche, les sages de la rue Cambon se montrent véritablement sceptiques quant à l’équilibre financier de l’IEP. "Alors que les subventions publiques et les droits de scolarité ne peuvent plus guère progresser, les perspectives financières de la FNSP ne sont pas exemptes de risques", estime la Cour, qui appelle à la vigilance.

Le plan de financement de l’IEP reposerait en effet sur "des hypothèses volontaristes", tranche la Cour. Citant notamment le fait que l’institut retienne dans ses prévisions pluriannuelles 2014-2018 "des progressions de 90% pour la formation continue et de 160% pour le mécénat".

Dans ses recommandations, la Cour appelle même l’institut à "concevoir et examiner des scénarios financiers alternatifs, reposant sur des hypothèses moins optimistes".

L’Hôtel de l’artillerie dans le viseur, les campus en région épinglés

La Cour écorne également le projet phare de l’IEP en matière d’immobilier : l’acquisition de l’hôtel de l’Artillerie, situé dans le 7e arrondissement de Paris. Un site appartenant aujourd’hui au ministère de la Défense, et que souhaite acquérir l’institut, pour ainsi se libérer de ses locations parisiennes.

"Comme toute opération d’ampleur, ce projet peut comporter des risques de sous-évaluation des coûts", souligne la Cour, méfiante. Elle recommande à l’IEP de le "soumettre à des études approfondies relatives au coût de réhabilitation du site".

La Cour s’interroge en outre sur la présence en région de l’institut, via ses six campus (Dijon, Le Havre, Menton, Nancy, Poitiers, Reims). Elle évoque le coût des étudiants de ces antennes, variant dans des proportions "de 1 à 3", avec un équilibre financier "très dépendant de l’engagement des collectivités territoriales".

Les perspectives pluriannuelles sont ambitieuses voire volontaires, mais assurément pas ‘volontaristes’" (Sciences po)

Sciences po contre-attaque

Autant de critiques avec lesquelles l’IEP se dit en profond désaccord. Dans la réponse officielle au rapport, signée par le président de la FNSP, Jean-Claude Casanova, et par le directeur de l’IEP et administrateur de la FNSP, Frédéric Mion, c’est tout d’abord une certaine incompréhension qui domine. "La Cour, contredisant ses conclusions de juillet [c'est-à-dire le relevé d’observations provisoires], semble porter une appréciation injustement négative", écrivent les responsables.

"Contrairement à ce que laisse entendre [le rapport], la situation financière de Sciences po est aujourd’hui particulièrement saine", souligne l’IEP. "Les perspectives pluriannuelles sont ambitieuses voire volontaires, mais assurément pas ‘volontaristes’", se défend-il.

Quant au projet d’acquisition de l’Hôtel de l’Artillerie, il a été examiné "par les ministères de tutelle, par la Ville de Paris, par les établissements de crédits candidats au financement de l’opération et par l’agence de notation Fitch, détaille la Rue Saint-Guillaume. Tous en ont validé la robustesse".

Le "jugement lapidaire de la Cour étonne, puisqu’elle n’a pu, à notre connaissance, expertiser ce projet", glisse l’institut, qui assure que les études recommandées par la Cour ont déjà été réalisées.

"Globalement, nous retenons dans ces recommandations le devoir de vigilance, indique Frédéric Mion à EducPros, de manière diplomatique. Ce qui nécessite d’interroger toujours la soutenabilité financière de nos projets, sans jamais se reposer sur ses lauriers. Ce que nous essayons de faire en permanence."

Le salaire du directeur de Sciences po : un débat récurrent
La Cour des comptes revient, au fil de son rapport, sur la question du niveau de rémunération de Frédéric Mion : 200.000 euros – soit 130.000 euros de salaire comme directeur de l’IEP et 70.000 euros d’indemnité en tant qu'administrateur de la FNSP.

L'institution financière en profite pour tacler le salaire du directeur, qui dépasse de 23% celui d’un président d’université, sans qu'elle n’y trouve d'explication valable. "La justification de la différence des rémunérations par l’écart de responsabilités et de charge de travail d’un président d’université et du directeur administrateur de Sciences po reste à démontrer", tranche la Cour.

L’IEP réagit dans sa réponse officielle au rapport, en s'étonnant de cette prise de position. "Sciences po n'a aucune prétention à comparer responsabilités et charges de travail entre présidents d'université et directeur de l'IEP, mais se borne à rappeler une évidence : il y a bien deux entités et deux fonctions différentes [l’IEP et la FNSP]", souligne-t-il.

"Le montant cumulé des rémunérations de directeur et d'administrateur n'excède au demeurant pas celui des rémunérations d'un certain nombre de hauts fonctionnaires et dirigeants du secteur public", insiste-t-il.

Camille Stromboni | Publié le - Mis à jour le

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