Crise à l'université Montpellier 3 : les experts rendent leur rapport

Camille Stromboni
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Université Montpellier 3 (Rentrée 2013) - ©Service communication Paul-Valéry Montpellier 3
Université Montpellier 3 (Rentrée 2013) - ©Service communication Paul-Valéry Montpellier 3
Les "experts" ont rendu leurs conclusions. Suite à la crise qui secoue l'université Montpellier 3, dont la présidente Anne Fraïsse a dénoncé la situation financière catastrophique, l'obligeant à fermer l'antenne de Béziers, un audit a été demandé par le ministère de l'Enseignement supérieur. Dans le rapport qu'EducPros s'est procuré, les inspecteurs reconnaissent un déficit structurel inquiétant, tout en estimant la situation "confortable". Explications.

"Les premiers constats confirment une situation délicate", "avec un déficit important", relèvent les experts dépêchés par le ministère de l'Enseignement supérieur à l'université Montpellier 3 pour évaluer la situation budgétaire de l'établissement.

Cette mission menée par l'IGAENR (Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche) faisait suite au jeu d'allers-retours très tendu entre le ministère et l'université. La présidente Anne Fraïsse avait annoncé, en septembre 2013, la situation très difficile de son université, nécessitant un plan d'économies drastiques qui incluait la fermeture de l'antenne de Béziers, ainsi que la mise en place de capacités d'accueil limitées dans ses filières, via l'outil du tirage au sort pour sélectionner les étudiants.

La ministre Geneviève Fioraso avait fortement réagi en soulignant son incompréhension, tout en affirmant qu'il était hors de question de fermer Béziers. Un audit avait alors été commandé par le ministère.

Résultat ? Si le rapport, que s'est procuré EducPros, confirme la mauvaise situation financière de l'université Montpellier 3, il considère cependant celle-ci comme "confortable", en raison d'un fonds de roulement encore abondant.

Anne Fraisse - présidente de l'université Montpellier 3"Contrairement à ce qui a pu être affirmé, le rapport montre la bonne gestion de l'université, analyse la présidente Anne Fraïsse. Avec une très forte mutualisation en licence, et surtout un rapport "Heures/Etudiants" [Nombre d'heures dépensées par étudiant] très faible. C'est la preuve que nous avons déjà mis en place toutes les économies possibles. Notre déficit est bien structurel."

Les inspecteurs reconnaissent en effet "l'effort important de mutualisation des enseignements entre les composantes", particulièrement en licence (52% de enseignements mutualisés en L1, 41% en L2, 36% en L3), un peu moins en master (38% en M1, 19 % en M2).

L'augmentation de la masse salariale en question

Parmi les causes du déficit, les experts soulignent que la masse salariale évolue "de façon préoccupante", en relevant tout d'abord "une progression importante du montant des heures complémentaires et des vacations".

"Nous avons dû mettre en place les 1.500 heures en licence, justifie Anne Fraïsse, et nous sommes passés en cinq ans de 14.000 étudiants à 20.000". Outre ces deux facteurs, les experts pointent également un développement de l'offre de formation.

Seconde explication du déficit : l'augmentation des rémunérations des personnels permanents, elle-même due, d'après les experts, à plusieurs facteurs. D'une part aux "modifications apportées à la structure des emplois" après l'autonomie, d'autre part à la variation des taux du CAS Pension.

De son côté, Anne Fraïsse réfute fortement le sous-entendu voulant que son université aurait profité du passage aux RCE (Responsabilités et compétences élargies) pour modifier sa structure d'emplois à la hausse. "Le rapport se trompe sur ce point. Il affirme par exemple que nous avons créé neuf postes de catégorie A, c'est faux. Nos salariés du pôle Formation continue n'ont tout simplement pas été bien comptabilisés."

Nous suggérer de rester en déficit et de piocher dans le fonds, ce n'est pas une solution. Notre déficit est structurel (A.Fraïsse)

Quid du fonds de roulement ?

"Cependant, le fonds de roulement, d'un bon niveau, permet d'envisager la mise en œuvre d'une stratégie pluriannuelle de retour à l'équilibre", annoncent, rassurants, les auteurs du rapport. Ce qui suppose "une réflexion sur l’importance de l’offre de formation, sur sa structure en emplois et sur l’organisation interne de l’université", indiquent-ils.

Ce dernier est évalué en effet à 44 jours fin 2012, soit bien au-dessus du seuil prudentiel exigé actuellement (15 jours, 30 auparavant). Soit une situation "confortable", tranchent-ils, l'université pouvant encore piocher, l'an prochain, dans cette réserve.

"C'est un peu gonflé, s'exclame la présidente. Tout d'abord le fonds de roulement, dès le commencement de l'année 2013, est passé à une trentaine de jours. En outre, une partie de cette somme doit servir à des travaux déjà engagés."

Mais surtout la montpélliéraine dénonce une politique du pire. "Nous suggérer de rester en déficit et de piocher dans le fonds, ce n'est pas une solution. Notre déficit est structurel, comme le reconnait le rapport – même s'il l'évalue en deça de nos prévisions en raison de mouvements comptables – cela va donc être forcément récurrent. Nous pouvons le faire une dernière fois, et ensuite aller totalement dans le mur. Ce n'est pas comme ça qu'on peut gérer une université".

Quant au plan de redressement, elle le décrypte très simplement : "Cela signifie que nous devons fermer des formations. Et ce, massivement, car celles-ci ne coûtent pas cher, comme l'a bien montré l'audit", s'énerve la présidente, qui s'achemine vers la mise en place du plan de réduction drastique validé par son conseil d'administration.

Quel avenir pour l'antenne de Béziers ?

"Soit le ministère nous apporte une solution, soit nous sommes obligés de mettre en œuvre le plan. Sans aide, nous n'avons pas d'autre choix", estime-t-elle. La fermeture de l'antenne de Béziers reste donc à l'ordre du jour, même si les experts ont évalué les économies en découlant moins importantes que celles annoncées par l'université.

"La mission ne peut se prononcer sur ces mesures qui comportent un volet politique évident, préviennent les experts. La fermeture de Béziers lui paraît cependant délicate à mettre en oeuvre politiquement et être surévaluée quant aux effets financiers attendus. En outre, cette décision ne mesure pas les conséquences induites sur les effectifs étudiants qui devront poursuivre à Montpellier les cursus qu’ils ont entamés à Béziers." Sans compter que cette "hypothèse" ne "permettra pas un retour à l'équilibre", à elle seule, ajoutent-ils.

"Dire que ça ne suffit pas ne règle pas le problème", lâche Anne Fraïsse, qui dit attendre la réponse concrète de l'Etat. "Tout dépend s'ils veulent, ou non, sauver Béziers. Car ce qui les dérange, c'est qu'un site soit menacé ; mais fermer ici et là des formations discrètement ne gêne personne, c'est même ce qui est préconisé ! C'est une aberration."

D'ores et déjà, la présidente doit rencontrer, en fin de semaine, le recteur. Au programme : les restrictions à venir sur les capacités d'accueil.


Camille Stromboni | Publié le

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retourna michel.

ce dossier résume parfaitement tout le problème des critères de nomination de la gouvernance des universités et du niveau qualitatif de l'encadrement administratif Michel Retourna ancien délégué régional du CNRS à Montpellier