Crise sanitaire : la majorité des établissements du supérieur ont anticipé la jauge à 50%

Clément Rocher, Amélie Petitdemange, Dahvia Ouadia
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Crise sanitaire : la majorité des établissements du supérieur ont anticipé la jauge à 50%
Les amphithéâtres, comme ici à la faculté des sciences de Nancy, devront respecter la jauge de 50%. // ©  Fred MARVAUX/REA
Alors que la crise sanitaire se poursuit, les établissements d'enseignement supérieur doivent respecter une jauge maximum de 50% de leur capacité d'accueil depuis mardi 6 octobre. Une norme qui a été anticipée par de nombreuses universités et écoles.

Les établissements d'enseignement supérieur situés en zone d’alerte renforcée et en zone d’alerte maximale en raison de l'épidémie de coronavirus, doivent instaurer une jauge à 50% maximum de leur capacité d'accueil depuis le 6 octobre.

Cette jauge s'applique à tous les espaces d’accueil : espaces d’enseignement, espaces de restauration et bibliothèques universitaires. Les villes concernées sont Aix-Marseille, Paris, Bordeaux, Nice, Lyon, Grenoble, Saint-Etienne, Toulouse, Rouen, Rennes, Dijon, Clermont-Ferrand, Montpellier et Lille, ainsi que la Guadeloupe, la Réunion, Mayotte, la Martinique et la Guyane.

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Une anticipation depuis l'été

La majorité des établissements du supérieur ont anticipé cette mesure sanitaire. "Nous sommes à cette jauge depuis le 20 septembre", assure Isabelle Demachy, vice-présidente Formation, innovation pédagogique et vie étudiante à l'université Paris-Saclay. Dans certaines filières, la rentrée s'est faite en présentiel pour les premières années, mais le distanciel s'est progressivement imposé.

"Nous travaillons depuis juillet pour atteindre cette jauge, avec notamment de l'investissement en matériel. Ce ne sont plus les solutions d'urgence de mars dernier", explique Isabelle Demachy.

Même constat du côté école d'ingénieurs. "Nous avons imaginé ce schéma de fonctionnement depuis le mois de mai. Dès le mois de juin, nous avons investi au niveau du matériel mais aussi autour de la conception de la maquette", affirme Carole Deumié, directrice générale de Centrale Marseille. A Télécom Paris, les grands amphis accueillent un tiers des étudiants. "Nous avons mis en place un enseignement hybride pour les étudiants de première année avec un système de rotations", explique Bertrand David, directeur des études à Télécom Paris.

En écoles de commerce, cet abaissement de la jauge "n’est pas un sujet", estime Thomas Froehlicher, directeur de Rennes School of Business. La plupart des business schools, comme Neoma, EM Strasbourg ou l’Edhec, ont réfléchi et anticipé au maximum la rentrée en "mode hybride". "Tout le système de pédagogique de la rentrée a été conçu pour accueillir 50% des étudiants sur le campus et dans chaque salle", précise le directeur de Rennes SB.

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Favoriser le mode hybride

Pour organiser le mode présentiel/distanciel, les établissements sont nombreux à avoir profité de l’été pour équiper leurs salles de systèmes de captation, pour former les professeurs et les personnels à l’enseignement bi-modal mais aussi recruter parfois des ingénieurs pédagogiques. "Ce qui représente plusieurs millions d’euros d’investissement", indique Emmanuel Métais, directeur de l’Edhec, sans préciser le montant.

A l'Université de Bordeaux, ce sont ainsi deux millions d'euros qui ont été investis afin d'équiper les salles de système de captation et de financer des équipements portatifs. Les jauges des salles ont été abaissées, les étudiants alternent entre cours en présentiel et à distance et doivent respecter les gestes barrières. Des consignes strictes, indispensables pour un campus qui compte 56.000 étudiants.

A Neoma, les étudiants viennent sur le campus par promotion une semaine sur deux. "Nous avons souhaité préserver l’esprit de promo qui est essentiel. Donc, quand ils sont présents, les étudiants d’une promotion occupent tout le campus", précise Delphine Manceau, la directrice de l’école. L'école a aussi investi dans la création d'un campus virtuel.

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Privilégier les cours à distance

A l'université d'Aix-Marseille, ces mesures sont aussi appliquées depuis fin septembre, lorsque la métropole est passée en zone d'alerte maximale. "Dès la rentrée, quand les étudiants pouvaient suivre à distance, c'est ce qui était privilégié. Quand la ville est passée en zone d'alerte maximale, j'ai renforcé les mesures de distanciation en donnant la possibilité aux directeurs de facultés de passer les grands amphis en distanciel. En licence, seuls les étudiants en fracture numérique et les TP sont accueillis sur le campus. En master, nous pouvons faire du présentiel quand les promos sont plus petites, d'autant que les grandes salles sont disponibles", explique Eric Berton, président d'Aix-Marseille Université.

Même situation à Toulouse, où les établissements d'enseignement supérieur ont pour la plupart mis en place des mesures. "La règle n'était pas posée de manière aussi claire, donc toutes les composantes de l'université ne la respectaient pas, mais c'était le cas pour la majorité", affirme Philippe Raimbault, président de l'Université fédérale Toulouse-Midi-Pyrénées. "A la fac de droit, nous avions commencé en tout présentiel, mais nous sommes passés au distanciel depuis que des cas ont été signalés", ajoute-t-il.

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Point quotidien avec le recteur

En plus de la jauge de 50%, la ministre de l'Enseignement supérieur a demandé aux établissements des zones d'alerte renforcée et maximale de réaliser un point de situation quotidien avec leur recteur de région académique.

Là aussi, certains établissements étaient déjà arrivés à ce stade. "Nous faisions déjà un point quotidien afin de suivre l'évolution de l'épidémie", réagit Eric Berton, président de l'Aix-Marseille Université, qui envoie chaque jour au rectorat le nombre de contaminations.

Malgré cette anticipation, les universités et les écoles font face à des fermetures partielles de campus pour les étudiants. En Ile-de-France par exemple, 40% des 203 clusters identifiés sont dans le milieu scolaire et universitaire, selon l'ARS.


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