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Diplômés des universités : comment les entreprises les recrutent (ou pas)

Marie-Anne Nourry
Publié le
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Stages intégrés aux cursus, ateliers de recherche d'emploi au sein de BAIP (bureaux d’aide à l’insertion professionnelle) et multiplication des forums de recrutement… Les universités prennent de plus en plus leur mission d’insertion professionnelle des étudiants au sérieux. Si elles ont franchi un pas vers le monde de l’emploi, les entreprises ouvrent-elles davantage leurs portes aux diplômés des universités ? Enquête sur des représentations tenaces.

"Nous ne sommes pas élitistes et nous recherchons avant tout des compétences, affirme Nathalie Rauhoff, responsable du recrutement du groupe Crédit Agricole. Les meilleurs profils ne vont pas tous en classes prépas et l'université regorge de pépites. Il ne tient qu’à nous de savoir les repérer."

Si un tel discours peut sembler ordinaire aujourd'hui, l'entreprise a pourtant longtemps perçu l'université comme un monde clos. Et c'est par pur pragmatisme qu'elle a commencé à s'intéresser à ses étudiants. Principales raisons affichées pour expliquer ce changement d’attitude : des difficultés pour recruter certains profils, de gros besoins de recrutement, ou encore une volonté de mixer les équipes. Le train est enfin en marche, comme le prouve la RATP. L’entreprise a recruté 40 % de diplômés universitaires sur les postes cadres en 2010.

Diversifier les recrutements : du discours à la réalité

"Depuis la fusion de Gaz de France et de Suez, nous avons affiché notre volonté d'ouvrir nos recrutements aux universités, explique Philippe Lazzarotto, responsable des relations grandes écoles et universités de GDF SUEZ. C'est ce qui fait la richesse d'un groupe. Par chance, ce choix stratégique a coïncidé avec l'ouverture des universités au monde professionnel". Philippe Lazzarotto estime qu'un quart des nouvelle recrues de GDF Suez sont issues de l'université.

"Les entreprises se tournent vers l'université pour avoir une ouverture sociale car elle dispense un enseignement gratuit et public, complète Gilles Roussel, vice-président enseignements et professionnalisation à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée (UPEMLV). Ce n'est pas seulement pour leur image, c'est plus profond. Elles ne veulent pas avoir un public formaté et apprécient les méthodes de travail des universitaires."

"Certaines grandes entreprises ont mis en place un service égalité des chances parce que c'est à la mode, met en garde Marie-Louise Azzoug, responsable du SCUIO-IP de Paris 8. Elles ont un discours de faire-valoir, un peu comme avec la question du handicap, et durant les forums organisés par les universités, c'est ce service qui vient les représenter. Mais quand il s'agit de recruter, ce n'est pas aussi évident".

Les grandes entreprises privilégient quelques universités

"Toutes les universités ont leur chance, pas seulement les universités de pointe", estime Jacky Chatelain, directeur de l'Apec. Cependant, il reconnaît que les universités "très techniques et très ciblées" sont plus faciles à cerner pour les entreprises. Avec en tête, les meilleures universités parisiennes.

Le témoignage du responsable des relations grandes écoles et universités de GDF SUEZ, le confirme : "Nous sommes déjà particulièrement présents à Dauphine, La Sorbonne et l’UPMC, mais nous élargissons notre présence sur d’autres campus, notamment à Lyon et Bordeaux, grâce aux rencontres organisées par La Manu ".

Cette agence qui « fabrique le lien étudiants entreprises » comme elle se définit a été fondée en 2008 par Julie Coudry, une ancienne de l'université. "Nous sommes partis d'un constat : les étudiants et les entreprises ont du mal à se rencontrer mais ont envie de mieux se connaître". Après deux années d'action, la jeune femme dresse un bilan encourageant, tout en précisant que les rapprochements sont encore surtout "de nature symbolique" : "Les entreprises s'intéressent de plus en plus aux universités mais nous ne sommes pas encore entrés dans une phase de recrutement massif". Quatre entreprises ont soutenu la création de la Manu : Crédit Agricole, GDF Suez, Vivendi et SFR. Depuis, une dizaine d'autres ont rejoint la cause, parmi lesquelles EDF, La Poste, Altran ou encore IBM.

Des postes à prendre dans les PME

Si certaines grandes entreprises vont à l'université seulement pour communiquer sur leur marque employeur, il n'y a aucun doute concernant les intentions des PME. "Nous avons de vrais besoins et recherchons des profils polyvalents", confirme Cyril Amprino, secrétaire général de la CGPME (confédération générale des petites et moyennes entreprises) Rhône-Alpes et partenaire privilégié de l'université Lyon 1. Pour cette seule région, le réseau compte 10.000 PME et des branches professionnelles (plasturgie, travaux publics, agroalimentaire…) représentant des milliers d'autres entreprises.

Même constat en Bourgogne, où le tissu économique est composé à 95% de PME. "L'université doit être à l'écoute de ces entreprises, insiste Sébastien Chevalier, vice-président délégué à la formation, réussite et insertion professionnelle de l'université de Bourgogne. Nous travaillons beaucoup avec la Fédération française du bâtiment de Bourgogne, Dijon Céréale ou encore avec les nombreuses entreprises viticoles de la région."

L'expérience des IUT a souvent fourni un modèle, une "tête de pont du rapprochement" entre université et entreprises, selon le secrétaire général de la CGPME. Au-delà des discours, ce sont bien des besoins réciproques qui ont poussé ces deux mondes l'un vers l'autre.

Les entreprises ont leurs entrées à l’université

Au-delà des vitrines de l'Opération Phénix ou du dispositif Elsa, destinés au recrutement d'étudiants en lettres et sciences humaines, les entreprises tissent de plus en plus de liens avec les universités. En amont et en aval des recrutements

"Quand l'université Lyon 1 réfléchit à une nouvelle formation, elle vérifie avec nous la réalité du besoin", déclare Cyril Amprino, secrétaire général de la CGPME (confédération générale des petites et moyennes entreprises) Rhône-Alpes. Un partenariat gagnant puisque des professionnels enseignent dans ces formations.

A l’université de Bourgogne, la proportion d’intervenants professionnels est même montée à 25% du total de ses enseignants dans les formations professionnalisantes. Des rapprochements d’autant plus féconds lorsque les formations sont montées en alternance.

Les grandes entreprises doivent aussi faire évoluer leurs représentations de l’université au moment du recrutement pour éviter l’effet clonage : des polytechniciens recrutant de préférence des Polytechniciens. « Nous venons de mettre en place un réseau d’ambassadeurs de GDF Suez, composés d'anciens des grandes écoles et universités, et nous insistons particulièrement pour diffuser leurs témoignages auprès des jeunes universitaires", affirme Philippe Lazzarotto, responsable des relations grandes écoles et universités de GDF SUEZ. Un changement de représentation nécessaire de part et d’autre. "Je suis convaincue que certains de nos anciens, bien placés dans les entreprises, peuvent influer sur les recrutements", commente Chloé Lemeunier, chef de cabinet du président de Paris 8.

Les universités se mettent aux forums de recrutement

Les forums de recrutement que certaines universités organisent en invitant des entreprises sur leur campus sont aussi propices aux changements de représentations, surtout quand d’autres universités que Dauphine et Assas s’y mettent. "On voit que c'est encore récent alors que dans les écoles d'ingénieurs, les forums sont souvent organisés par les élèves eux-mêmes", remarque Dominique Laousse, chargé de mission à la RATP, qui parie sur la systématisation des stages en licence pour rattraper ce retard.

Autre créneau fertile pour les entreprises : les partenariats de recherche au cours desquels les enseignants-chercheurs essaient de faire recruter leurs meilleurs étudiants. Comme dans les grandes écoles. 


Marie-Anne Nourry | Publié le

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