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Droits d'inscription des étudiants étrangers, bourses, grand débat… Les avis de la Fage et de l'Unef

Propos recueillis par Guillaume Mollaret
Publié le
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Mélanie Luce (à gauche) et Orlane François (à droite) président l'Unef et la Fage.
Mélanie Luce (à gauche) et Orlane François (à droite) président l'Unef et la Fage. // ©  Unef/La Fage
Mélanie Luce, étudiante en L3 de droit à l’université Paris 2, prendra ses fonctions de présidente de l’Unef le 8 février 2019. Orlane François, étudiante en L3 Staps à l’université de Lorraine, préside la Fage depuis le 29 septembre 2018. Pour EducPros, elles reviennent sur l'actualité de l'enseignement supérieur.

Vos syndicats prendront-ils part au grand débat national ?

Mélanie Luce : Nous tenons bien évidemment à y participer, d’autant que, jusqu’à présent, les jeunes en ont été écartés. Aucune thématique ne concerne la vie étudiante. Les jeunes ne sont pas non plus particulièrement inclus dans les débats sur les questions qui les concernent pourtant, comme la transition écologique.

Nous nous en étions d’ailleurs entretenus avec la présidente de la Commission nationale du débat public, Chantal Jouanno, avant qu’elle ne passe la main sur ce dossier. Il faut espérer que nous pourrons assister aux grandes conférences, mais comme elles ne sont accessibles que sur tirage au sort, rien ne garantit que nous y soyons représentés.

Orlane François : Nous avons transmis à l’ensemble de nos adhérents nos arguments afin qu’ils les relaient lors des débats locaux. Ces positions, notamment sur l’attachement à un service public de l’éducation accessible à tous, ne sont pas nouvelles. Par ailleurs, nous prévoyons d'organiser des débats sur la citoyenneté sur les campus. Trop de jeunes s’abstiennent lors des élections, étudiantes ou non.

Vous avez pris position contre l'augmentation des droits d'inscriptions pour les étrangers. En quoi est-ce une mauvaise idée ?

M.L. : Cette sélection par l’argent est injuste ; 50 % des étudiants étrangers vivant en France sont originaires du continent africain. Beaucoup d’entre eux ne pourraient pas suivre des études en France si l’accès à l’université devenait payant. Selon Campus France, les étudiants étrangers rapportent 4,65 milliards d’euros à la France, pour un coût de 3 milliards. La balance est donc positive.

Une augmentation des frais d’inscription pour ces étudiants serait contreproductive et attirerait moins de candidats. D’une manière générale, à l’Unef, nous pensons que ce n’est pas aux étudiants de payer le désengagement de l’État dans le financement des universités.

O.F. : Plusieurs milliers d’étudiants ne pourront plus venir étudier en France parce que leurs familles, qui consentent déjà beaucoup d’efforts, ne pourront pas leur offrir le luxe d’étudier dans notre pays. C’est d’autant plus dommageable que beaucoup de jeunes mûrissent leur choix de venir en France depuis de nombreuses années.

Il est certes question de revaloriser les bourses au mérite pour compenser. Malheureusement, le critère social est complètement écarté de la mesure. Cette ouverture d’un financement de l’éducation par l’individu remet en cause le service public d’éducation, et c’est inacceptable. En agissant ainsi, la France balaie une politique historique d’aide aux pays en voie de développement. Elle risque par cette mesure de perdre de son "soft power".

Lire aussi : Quelles sont les universités françaises qui accueillent le plus d'étudiants étrangers ?

Les élections au Cnous se déroulent jusqu'à la fin de janvier. Quels sont les enjeux pour vos organisations ?

M.L. : C’est une élection nationale importante puisque c’est durant ce mandat que doit être mis en place le Plan étudiant avec notamment la réforme des bourses. Plusieurs zones d'ombres restent à éclaircir, comme la question d’un rapprochement entre les bourses et les APL, mentionnée dans les textes.

La moitié des étudiants sont obligés de travailler en parallèle de leurs études. Nous arrivons à un point de craquage. L'accès aux bourses doit être élargi. La dernière augmentation remonte à 2016… et elle s’élevait à 50 centimes par mois alors que, dans le même temps, les aides au logement ont diminué.

O.F. : Ces élections doivent nous permettre de conforter notre position de leader, acquise pour la première fois lors des élections de 2017. Si, au niveau des Crous, les étudiants nous ont renouvelé leur confiance récemment, l’élection en cours doit pouvoir élargir cette confiance sur le plan national. L’enjeu est d’accompagner la réforme sociale des bourses.

Par ailleurs, nous déplorons encore trop d'étudiants ayant cours dans des antennes locales délaissés par les services de santé, de restauration et de logement. Il est évident que, pour nous, les universités doivent investir les territoires, sans que cela soit au détriment des services aux étudiants. Nous devons porter des partenariats avec les collectivités locales pour qu'ils aient accès à des cantines au prix du Resto U et à des services de soins, pourquoi pas en partenariat avec la médecine scolaire.

Les universités doivent investir les territoires, sans que cela soit au détriment des services aux étudiants.
(O. François)

Quelles missions vous êtes-vous fixées pour vos mandats ?

M.L. : Mon objectif est de me battre pour un accès universel à l’enseignement supérieur. À l’Unef, nous voulons lutter contre les différentes formes de discriminations qu’elles soient d’ordre social, culturel ou sexuel.

O.F. : Nous voulons sensibiliser à la citoyenneté et à l’importance de voter, pour empêcher l’arrivée au pouvoir de partis extrêmes. Ce sera l'enjeu des prochaines élections européennes. Par ailleurs, alors que, d’une manière générale, on observe en France une défiance vis-à-vis des syndicats, nous devons interroger notre modèle représentatif.

Vous sentez-vous concernées par la réforme des Comue ?

M.L. : Cela pose la question de la représentativité étudiante dans les instances. Dans certains établissements pouvant compter 30.000 à 40.000 étudiants, seulement deux d'entre eux siégeront dans les différents conseils. Les regroupements ne doivent pas s’opérer au détriment du service aux étudiants.

O.F. : Cela nous préoccupe beaucoup car les présidents d’université ont désormais le pouvoir de nommer 70 % de leur conseil d’administration ; 30 % de membres élus, c’est trop peu. Nous devons, sur chaque campus, nous montrer vigilants sur la représentativité étudiante.

Les regroupements ne doivent pas s’opérer au détriment du service aux étudiants.
(M. Luce)

Avec le recul, que pensez-vous de Parcoursup ?

M.L. : L’un des problèmes de Parcoursup, c’est la sélection sur des critères inconnus des étudiants. En début de semaine, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, nous a donné partiellement raison en demandant que les critères de tri soient rendus publics. Cela n'enlèvera cependant pas l'aspect anxiogène du système.

O.F. : Parcoursup est un outil perfectible. Certains défauts ont été améliorés par rapport à la session de l’an dernier, mais cela ne résout pas le fond du problème : le manque de places dans les formations en tension. Il manque 1 milliard d’euros de financement en plus pour l'enseignement supérieur. L’État ne peut pas tout financer seul.

Les universités doivent mieux valoriser la formation continue, qui rapporte. Cela permettrait d’ouvrir des places supplémentaires dans les filières en tension. Il faut également mettre un point d'honneur à aider les lycéens à mieux s'orienter et plus tôt, afin qu'ils optent pour des études supérieures conformes à leurs attentes.

Que pensez-vous de la réforme du bac qui pose petit à petit ses jalons ?

M.L. : Nous ne voulons pas parler à la place des organisations lycéennes, mais, à nos yeux, cette réforme casse le caractère national et égalitaire du bac. Tous les modules ne seront pas disponibles dans tous les établissements. Or, l’accès à certaines filières universitaires dépendra de ces modules. Il n’est pas juste qu’un étudiant ne puisse pas intégrer la filière universitaire de son choix parce que le lycée le plus proche de chez lui ne propose pas un module valant sésame.

O.F. : Sur la forme, nous sommes heureux que le contrôle continu tienne plus de place dans l'examen. En revanche, la façon dont les programmes ont été construits ne permettra pas à chaque lycée de proposer toutes les spécialités. Cela posera des problèmes d’égalité sur les territoires.

Lire aussi :
– La biographie EducPros d'Orlane François
– La biographie EducPros de Mélanie François


Propos recueillis par Guillaume Mollaret | Publié le

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